On vous a dit... Moi je vous dis...

6ème dimanche ordinaire

Ben Sirac 15, 15-20 ; 1 Corinthiens 2, 6-10 ; Matthieu 5, 17-37


L’accumulation de phrases sous le même format “on vous a dit… moi je vous dit” peut ressembler à un catalogue, un aggiornamento par Jésus de la Loi de Moïse. Sans doute. Mais il vaut la peine de considérer l’attitude des premières communautés dans leurs débats avec les religieux juifs de leur temps. Ils devaient justifier de l’identité de Jésus comme celui qui respecte la Loi mosaïque. Le grand Sanhédrin l’avait condamné comme blasphémateur, comme hostile au temple de Jérusalem, bref, comme le trublion-révolutionnaire par excellence. La réflexion de Nathanaël “que peut-il sortir de bon de Nazareth ?” illustre cette attitude de tout bon juif de tout ce qui ne provient pas de la haute autorité.

 

Cela explique que Matthieu prenne le temps de s’en expliquer, au début de son évangile, en ouverture au grand discours appelé “le sermon sur la montagne“. Matthieu rédige son évangile à l’intention des judaïsants, et il lui tient à cœur de montrer que l’enseignement de Jésus respecte la Loi juive, que Jésus n’est pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir ; disons que Jésus pousse la Loi au-delà de la simple observance.

 

Ce faisant, Matthieu reprend bon nombre de réflexions des rabbis du temps de Jésus qui, à la suite de prophètes comme Isaïe ou Jérémie, souhaitent une religion du cœur et non une religion de pierre (c’est-à-dire gravée dans le marbre). Combien de fois verra-ton reprocher à Jésus ses infidélités à la Loi (à propos de la règle de lapidation, à propos de la fréquentation des gens de peu et des pécheurs, à propos des guérisons le jour du sabbat, à propos de… Même Jean-Baptiste ne comprend pas tout et s’étonne des comportements trop “ouverts” de Jésus. L’Evangile est plein de ces reproches contre Jésus. Alors Matthieu s’en explique au début de l’enseignement.

 

On a pu intituler ce chapitre “la loi de perfection”. Ce n’est pas faux, à condition de ne pas le comprendre comme une observance jusqu’à l’outrance. Dieu nous a créés libres et non esclaves, dira Paul dans son long combat pour l’ouverture aux païens. Jésus place au-dessus du respect de la Loi l’attention aux relations avec le frère et avec Dieu : quand tu pries… commence par te réconcilier avec ton frère ! Et quand tu pries, rentre dans ta chambre, au lieu de faire des salamalecs en public ! Tout cela a pu surprendre les gens respectables qui faisaient de la visibilité extérieure un gage de la fidélité intérieure.

En quoi cela nous concerne-t-il aujourd’hui ? Il suffit de lire la littérature qui reproche à l’Eglise issue de Vatican II sa permissivité, son non-respect des règlements précédemment établis. Il suffit de parcourir les sites web et les blogs des anti-aggiornamentos pour constater qu’au nom du respect des traditions et observances, on en vient à ignorer la vraie Tradition que Jésus nous a donnée : une confiance en Dieu qui nous aime et nous accueille le premier, avant même que nous ayons bougé le petit doigt.
E.H.
 

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