Avoir la foi...

Edito 4-2011

Qui n’a pas déjà entendu l’expression avoir la foi, ou son contraire, ne pas avoir la foi. Un récent sondage national révèle que 36% des sondés affirment croire en Dieu, 30% avouent “ne pas savoir s’ils croient” et 34% se disent athées. En 2009 pourtant une enquête révélait que 2/3 des français se disaient catholiques… On pourrait ainsi s’enfermer à nouveau dans un débat de chiffres à propos des statistiques. Demandons-nous plutôt ce que signifie : j’ai la foi, je n’ai pas la foi. La foi serait-elle un paquet, une somme d’affirmations à prendre ou à laisser. Aujourd’hui bien des “croyants” élaborent eux-mêmes leurs croyances en faisant leur marché dans les livres ou sur le Net ; le “marché du religieux” est lui-même en nette progression, mais cela ne suffit pas à donner la foi.

 

La foi chrétienne commence avec la rencontre de quelqu’un, de quelques-uns pour qui Jésus est quelqu’un, rencontré sur le chemin de la vie. Les chemins de rencontre sont multiples et divers. La lecture de la Bible présente une multiplicité de rencontres, sur le chemin, ou au bord du chemin, sur la margelle d’un puits en plein midi, ou de nuit sur la terrasse d’une maison; parfois bien des intermédiaires forment comme une chaîne, ainsi entre Nathanaël et le Christ Jésus. Aucun ne dit “J’ai la foi”, tout au plus “j’ai rencontré quelqu’un”.


A la suite de cette rencontre, de ces rencontres, une réponse est née, qui manifeste le désir de continuer la route avec celui que l’on a rencontré. L’aveugle sur le chemin, la Samaritaine au bord du puits, les deux premiers disciples selon saint Jean. Il arrive qu’il n’y ait pas de réponse, ainsi en est-il de Nicodème ou du jeune homme riche. La foi n’est pas quelque chose que l’on possède, mais quelque chose qui se donne. Il n’est pas étonnant que les mots foi et confiance aient même étymologie. Je lui fais confiance, je lui donne ma foi !

 

Chaque année à l’occasion du carême et de la veillée pascale, les communautés chrétiennes peuvent entendre le témoignage de quelques catéchumènes qui répondent à celui qu’ils ont rencontré. Une réponse qui a eu besoin d’être étayée par la rencontre et le dialogue avec d’autres croyants, d’autres accompagnateurs, d’autres communautés. Ainsi naît et grandit l’Eglise. En maison d’Evangile, avec les Actes des apôtres, force est de constater que des communautés accueillent la parole, elles font leur la parole de Pierre ou de Philippe, ou de Paul… La réponse n’est pas automatique, car en chaque lieu se dressent des refus, des oppositions. Il suffit que le nom de Jésus soit prononcé pour que se lèvent des allergies. Hier comme aujourd’hui, quoiqu’on dise, le nom de Jésus ne laisse pas indifférents.

 

L’actuel projet d’orientation catéchétique développe le souci de l’accueil, de la proposition, de l’accompagnement… Notre époque est toute autre que celle où l’on assénait des vérités, exposait les preuves de l’existence de Dieu, parfois même à l’aide du glaive ou du bucher. La rigidité n’était pas du côté de Jésus et de son Evangile. Marc, Luc Matthieu ou Jean présentent un visage de Jésus qui se laisse rencontrer.
 

Plutôt que de dire “j’ai ou n’ai pas la foi”, ne vaut-il pas mieux se demander : où en suis-je de ma réponse à Jésus?
Abbé Emile Hennart.

 

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