Oser être soi

Eglise d'Arras N°5

soeur oblate soeur oblate   Tante Denise est religieuse, oblate de l’assomption. Dans la famille, nous sommes tous à l’affût de ses coups de fils et de ses lettres Quelle joie de la retrouver une fois l’an, l’été, au milieu de nous dans le Pas-de-Calais ! Le temps de carême qui s’ouvre bientôt est l’occasion de vivre un temps de retour sur soi pour démêler nos vies parfois bien compliquées… Une invitation à faire la vérité en nous… Tante Denise nous en parle
 
 
Derrière les apparences : être ou paraître ?
Voilà un sujet sur lequel on pourrait écrire 10 pages… Qu’en pensez-vous ?
 
« Qu’est-ce que la vérité ? » Vérité intérieure ? Vérité extérieure ? Difficile d’être vrai toujours. Jésus seul peut nous aider à voir, à vivre la vérité, cette clarté qui transparaît quand on ose être vraiment « soi », malgré tous nos travers, nos erreurs et nos péchés. Cela suppose : droiture, simplicité, respect de l’autre, attention, don et oubli de soi… mais peut-être pourrions-nous voir d’abord ce qu’est la vérité opposée au mensonge.
 
Pour nous y aider, une petite histoire vraie (comme Tante Denise aime en raconter !)
Pendant la guerre 39-45 – que vous n’avez pas connu bien sûr – tout le monde avait faim.
Dans la famille, nous, les quatre enfants, essayions par tous les moyens de chaparder au plus vite ce qui pouvait être mangé. Hélas, maman mettait tout sous clef pour un partage équitable.
Un jour, j’ai essayé d’ouvrir la fameuse armoire aux provisions en tirant par-dessous (j’avais 9 ans). Quelle joie ! Devant mon nez, une barre de chocolat, denrée rare s’il en était. Je croque dedans… délice ! A ce moment-là, du bruit… vite ! Je la repose, referme l’armoire le cœur battant, et me sauve. Dans les 10 minutes qui suivent, maman nous appelle tous les 4 : « Qui a pris du chocolat dans l’armoire ? » « C’est pas moi … c’est pas moi… c’est pas moi … c’est pas moi ! » J’avais chaud ! Je le dis ou pas ? Quand tout à coup, mon frère a une idée de génie ! « Attends maman, je vais te le dire : ouvrez tous la bouche ! » « C’est Denise ! » Confuse, je ne pouvais nier, mais pleurer à chaudes larmes, ce que je savais bien faire ! Maman ne m’a pas grondée pour le chapardage, mais elle m’a bien fait comprendre ce qu’était le « mensonge »… et depuis ce jour, je ne l’ai jamais oublié. J’ai gardé quand même quelque regret : si j’avais su, j’aurai chipé toute la barre de chocolat !
 
Si on se laisse peu à peu habiter par le mensonge, cela devient un engrenage terrible dont on a du mal à se dépêtrer. Par le mensonge, on se fabrique une apparence, souvent trompeuse : l’habit ne fait pas le moine !
 
Tous, nous aspirons à nous sentir aimé, apprécié… c’est normal, on ne peut vivre sans amour. Mais il faut d’abord s’aimer soi-même, s’accepter tel qu’on est sans se vêtir d’une carapace qui nous empêcherait d’être vrai.
Derrière le paraître, le faux-semblant, il y a souvent la peur : peur de ne pas être reconnu, peur de ne pas être aimé pour nous-mêmes. Si l’on n’y prend pas garde, on s’exhibe de façon outrancière. La jalousie, les coups bas, l’égoïsme, la vantardise, … tout est bon pour se faire remarquer.
Et c’est là qu’un véritable ami (ou plusieurs), c’est un trésor à garder précieusement.
 
Pour oser « être soi », il faut se regarder de l’intérieur, vivre dans un minimum de silence et de calme, prendre du recul, savoir faire le point, être joyeux mais surtout, « s’oublier » : ne pas se croire le nombril du monde, regarder et donner… donner toujours, penser aux autres et les aimer tels qu’ils sont. C’est tellement plus facile de laisser glisser, « je n’ai pas envie, celle-là, elle ne m’intéresse pas, on verra plus tard, je veux profiter de ma jeunesse - elle passe vite, je vous l’assure ! - mes jeux vidéo, mon ordinateur, mon profil sur facebook… Et les études ? Bof ! De toute façon, ça sert à quoi ? »
 
Courage ! Il en faut beaucoup, ainsi que de la persévérance pour réussir à regarder l’autre comme un semblable à aimer, pour réussir à ME regarder comme quelqu’un qui a du prix … si ce n’est aux yeux des autres, au moins à ceux du Seigneur.
 
Comme disait sœur Emmanuelle, dont vous avez entendu parler sûrement - quelle énergie, quel courage … elle m’époustoufle ! – il suffit de (ou il faut ?) :
« Garder l’émerveillement de se savoir aimer de Dieu. Ce qui est merveilleux, c’est que Dieu fait dans MA VIE et dans celle des AUTRES ! Jésus-Christ, c’est le seul qu’on peut regarder sans cesser de voir les autres. Dieu donne à chacun en permanence, « TOUT ».
 
Pour aller plus loin :
  • Qui suis-je en vérité ? Ai-je le sentiment de bien ME connaître ?
  • Qu’y a-t-il à changer dans ma vie pour « oser vivre vrai »  avec moi et les autres ?
  • Ets-ce que j’ose être moi, vivre en vérité… ou est-ce que je me laisse guider par la peur, le regard des autres ? Pourquoi ?