Moi, je suis la Résurrection et la Vie

5ème dimanche de carême

 Ezéchiel 37,12-14 ; Romains 8, 8-11 ; Jean 11, 1-45


L’évangile lu ce dimanche est souvent défini par un titre : “la résurrection de Lazare…” Ce titre est simple et facile à retenir. Ce titre risque cependant de nous faire oublier que Jean situe cet épisode comme un élément pour comprendre Jésus mort et ressuscité. Les exégètes pensent qu’il y eut un récit primitif beaucoup plus bref, dans le style des autres résurrections dans la Bible : Elie, et le fils de la veuve de Sarepta, Elisée et le fils de la Shunamite, Jésus et le fils de la veuve de Naïm ou la fille de Jaïre, Pierre et Tabitha…). Jean aurait, lors de la rédaction de son évangile, développé en forme de catéchèse pascale ce récit initial.

 

Nous sommes proches de Jérusalem et l’évocation des hostilités contre Jésus est claire. La maladie de Lazare qui le mène à la mort est à rapprocher de la persécution de Jésus qui mène aussi à la mort. Les débats sur le présent et l’avenir du mort Lazare sont aussi les débats concernant le mort Jésus dans la première communauté des disciples. La distinction entre l’aujourd’hui et la fin des temps semble bien logique dans le dialogue de Jésus avec Marthe. Or l’échange avec Jésus va amener le lecteur de l’Evangile à découvrir que la Vie, c’est pour aujourd’hui et non pour demain. Alors que les questions de Marthe et les nôtres sont : “au-delà de la mort, quels rapports avec Dieu ?”, les réponses qu’apporte Jésus sont une autre question-affirmation : “aujourd’hui, quels rapports avec Dieu ? !”.

 

Ce schéma qui fait passer les auditeurs, de la fin des temps à l’aujourd’hui de leur existence, nous le retrouvons en Mathieu avec la parabole du Jugement dernier. Interrogé sur ce qui se passe dans l’au-delà, Jésus répond en disant qu’au-delà, Dieu demandera ce qu’on aura fait avant cet au-delà. La vie aujourd’hui, est une vie avec Dieu et sa Parole. C’est donc d’abord une réponse à Marthe, mais aussi une réponse à chacun de nous : comment considérons-nous le présent. En quoi le Dieu d’amour et de miséricorde a pris place dans notre existence, en quoi notre présent est une Vie avec Dieu… En quoi vivons-nous une vie de Ressuscité avec Dieu qui est charité. C’est tellement peu évident pour beaucoup que Benoit XVI a du rédiger l’encyclique Deus Caritas est, où il développe longuement le rapport au frère, dans nos sociétés par trop portées sur le rapport à l’argent.

 

Pour l’évangéliste Jean et pour les premiers chrétiens, il est devenu évident que Dieu s’est réconcilié avec chacun de nous. En Jésus, la Vie est entrée dans le monde. En même temps persiste le combat de la lumière contre les ténèbres (Jean ch.1), mais ceux qui ont reçu le Christ ceux-là sont devenus Fils de Dieu, non pas demain, mais aujourd’hui. Reste alors à chacun des baptisés de manifester comment l’amour de Dieu irradie son existence concrète, son rapport aux frères.

 

Nous qui sommes les fils des rationalistes, nous avons du mal à entrer dans ce discours à deux niveaux de lecture. Parle-t-on de la Vie avec Dieu à la fin des temps, ou de la vie avec Dieu aujourd’hui ? Quant à savoir si Jésus est ressuscité, il n’y a pas, semble-t-il, discussion par les premières communautés. C’est une évidence pour elles que Dieu n’a pas pu abandonner son Fils bien-aimé dans la mort. Il en sera de même pour nous, comme l’affirme l’apôtre Paul : rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Christ. (Romains 8). Ne leur demandez pas comment cela se fera-t-il ? Jésus ne répond pas à la question, mais il est très pointilleux sur nos fréquentations et notre proximité avec le faible, le petit, le malade, l’étranger… à ce signe on reconnaîtra les amis de Dieu.
Abbé Emile Hennart