Emmaüs: alors leurs yeux s'ouvrirent

3ème dimanche de Pâques

Actes 2, 14-33 ; 1 Pierre 1, 17-21 ; Luc 24 13-35

 

Comment les disciples et, avec eux les premiers chrétiens, ont-ils pu transformer la condamnation de Jésus et leur propre déception en confiance et certitude que ce Jésus qu’ils avaient suivi n’était pas un moins que rien, condamné comme blasphémateur et hors la Loi, ainsi que l’avaient décrété leurs grands prêtres et scribes, contre l‘avis de Pilate, qui, selon Luc, affirmait par trois fois qu’il ne trouvait rien de condamnable chez cet homme ?

 

On a beau avoir la foi chevillée au corps, on a beau avoir entendu un beau prophète chauffer les cœurs. Tout cela était devenu brutalement du passé, dépassé, trépassé. L’espérance morte ! Voici deux disciples dont on ne sait pas grand-chose. L’un d’eux s’appelait Cléophas. Ce n’est pas l’un des Douze. Il devait faire partir du second cercle, les soixante-douze dont il est parfois question. Tous deux s’en retournent chez eux, dans leur village. Et voici qu’avec le premier venu, ils entament une conversation… sur ce qui les touche au plus profond d’eux-mêmes : la mort horrible de leur ami, la fin de leur espérance. Qui de nous n’a éprouvé le besoin, un jour, de parler avec le premier venu tant la souffrance était profonde en lui ?

 

En écho à leurs paroles, ce ne sont pas des mots de réconforts, comme on le ferait habituellement, mais simplement des paroles pour signifier que l’histoire des hommes est pleine de ces morts injustes, de ces innocents supliciés. Même Brassens a su chanter de telles tragédies. Cet invité dans la conversation rappelle quelques-unes des histoires de la Bible où il est question du juste souffrant, humilié, condamné par les hommes… Isaïe ne l’appelait-il pas serviteur de Yahvé ? Chemin faisant, leur cœur se réchauffe.Cette tragédie n’est pas unique dans l’histoire de la foi juive…

 

Le soir tombe, il faut bien arrêter là cette belle conversation. "Reste avec nous!", demandent-il au troisième personnage de l’histoire… "Reste avec nous !", avons-nous, nous aussi, envie de crier au Seigneur Jésus lorsque la route est trop longue et la croix trop lourde à porter !

 

Alors ils s’arrêtent tous trois, on ne sait où : à l’auberge ? À la maison du disciple ? Luc ne le dit pas… ce peut-être aussi chez moi, dans ma maison ou dans la maison commune des baptisés qu’Il s’arrête. Et, à la tombée de la nuit, le voici qui prend le pain, le bénit et le partage aux disciples. Alors leurs yeux s’ouvrent enfin. Celui qu’ils avaient cru disparu à jamais est avec eux, aujourd’hui et pour toujours. Ils l’ont reconnu dans la fraction et le partage du pain.

 

Aujourd’hui encore, à la fraction et au partage du pain, nous reconnaissons qu’il nous accompagne sur le chemin de la vie, de notre vie. Pour qu’arrive cette reconnaissance il leur a fallu d’abord se redire le poids de leur vie, avec ses espoirs et ses souffrances, relire en même temps les paroles de l’Ecriture et y trouver des correspondances. Ainsi l’histoire des disciples d’Emmaüs est devenue la figure de toute communauté de croyants qui partage la vie, l’Ecriture et le pain… Et aussitôt ils se remirent en route pour annoncer la Bonne Nouvelle, Alléluia !
Abbé Emile Hennart
 

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