Donnez-leur vous-même à manger

18ème dimanche ordinaire

Isaïe 55, 1-3 ; Romains 8, 35-39 ; Matthieu 14, 13-21

 

Le texte de ce dimanche est l’un des six récits appelés multiplication des pains. Laissons-nous interroger aujourd’hui sur l’attitude et la place des disciples. Ils sont présents du début à la fin : tout d’abord c’est eux qui signalent au Maître que l’heure est avancée : c’est un début de compassion vite mise au rancart “Qu’ils aillent dans les villages s’acheter de quoi manger !”. Ils se défaussent ainsi de suite d’une responsabilité qui leur semble démesurée : Ils constatent alors leurs propres limites le peu qu’ils ont pour répondre à la demande de Jésus, et cependant ils exécutent la parole de Jésus. “Donnez-leur vous-même à manger”. Rien ne nous est dit sur le comment, aucune réaction d’aucun participant, par même un émerveillement ou un merci de qui que ce soit. Le rédacteur signale alors qu’il y eut des restes : douze paniers, douze, selon le nombre symbolique des tribus d‘Israël.

 

Nous serons toujours handicapés pour retrouver l’exacte réalité de ce qui s’est passé. Il faut nous arrêter davantage sur le sens que pouvait avoir de récit de Matthieu auprès des communautés chrétiennes recevant ce texte. Tout d’abord ils se posaient moins de questions de type historique que nous. Ensuite cela les renvoyait au récit d’Exode où Dieu lui-même nourrissait le peuple libéré de l’esclavage d’Egypte. Ce faisant ils se considéraient comme le nouveau peuple dont Dieu prenait soin, avec largesse, tout comme autrefois.

 

Dans ce récit, plutôt que d’inventer des explications et des commentaires qui ne sont pas écrits, regardons qui est concerné : d’une part Jésus, d’autre part les disciples et la foule. Que Jésus se mette à l’écart est logique, puisqu’on vient de parler de l’exécution de Jean-Baptiste par Hérode. Mais les foules le cherchent, et le retrouvent. L’expression “saisi de pitié” est la même que précédemment, quand Jésus compare ces gens à des brebis sans bergers. Les disciples sont plus réalistes en prêchant le renvoi. Pourtant Jésus invite à une autre attitude qui les provoque à devenir responsables de ces brebis abandonnées. Les paroles de bénédiction ressemblent fort à celles de repas eucharistique… dont les disciples deviennent les serviteurs en distribuant à chacun le pain de Dieu.

 

Les premiers chrétiens ont vu dans l’Eucharistie le lieu privilégié où le Christ nourrissait son peuple et en prenait soin avec ses disciples à qui il confie mission de leur donner eux-mêmes à manger. Les deux derniers papes, Jean-Paul II et Benoit XVI, ont insisté sur l’eucharistie lieu de la communion et de la nourriture au Corps et au Sang du Christ et source de communion solidarité avec les hommes de ce temps (relire leurs documents sur l’eucharistie). Aujourd’hui ce peuple de Dieu est à nouveau affamé et personne pour dire aux responsables de communauté : “donnez-leur vous-mêmes à manger”. Prions donc le maitre de la moisson et ses représentant afin qu’ils aient pitié de ces foules sans pasteur… “A la vue des foules il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n'ont pas de berger. Alors il dit à ses disciples : "La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson.” Mt 9,35 E.H.

 

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