Lier/délier. Ouvrir/fermer la communauté

23ème dimanche ordinaire

Ezéchiel 33, 7-9 ; Romains 13, 8-10 ; Matthieu 18, 15-20


Si nous n’avons pas la mémoire trop endormie, l’évangile lu ce dimanche devrait nous rappeler celui entendu il y a quinze jours : Ce jour-là, Jésus disait à Pierre : “tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, etc.” Et aujourd’hui nous retrouvons semblable formulation, sauf qu’elle s’adresse à la multitude des croyants,  Jésus emploie pouor tous les mêmes mots que pour Pierre : "ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel et ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel".

 

Ce qui précède les paroles de Jésus concerne la vie communautaire, et même la relation interpersonnelle eu sein de la communauté, ce que nous appelons “la correction fraternelle”. Ce n’est pas un appel à fouiner dans les recoins de notre conscience intérieure. C’est porter attention à la relation à l’autre comme membre de l’Eglise qui sous-tend la réflexion de Jésus. Nous en retenons l’appel au pardon, la remise de dette et, semble-t-il, dans le contexte, c’est l’appartenance même à la communauté Eglise qui peut être en cause : appartenir ou ne pas appartenir à la communauté dépend du jugement que chacun portera sur l’autre. En ce sens notre jugement lie ou délie de l’appartenance à la communauté. Ainsi, les auditeurs de Jésus, ce jour-là, reçoivent mission de favoriser ou de refuser l’accès dans la maison de Dieu à celles et ceux avec qui il est en lien.

 

Le don du pardon, dont il est ici question s’applique à des choses importantes, au-delà des faits de notre quotidien. Il concerne notre responsabilité dans l’accès ou non à la vie dans la communauté d’Eglise, ici et dans l’au-delà. Une déformation dans la présentation populaire de la papauté a fait oublier que tout disciple est responsable de favoriser l’accès à l’amour de Dieu rendu visible dans l’Eglise (signe et sacrement du salut). Benoit XVI l’a rappelé aux prêtres du diocèse de Rome en mars 2009 : “…le ministère fondamental du Successeur de Pierre : garantir cette catholicité qui implique la multiplicité, la diversité, la richesse de cultures, le respect des diversités et qui, dans le même temps exclut l’absolutisation et les unit toutes, les oblige à s’ouvrir, à sortir de l’absolutisation de soi pour se trouver dans l’unité de la famille de Dieu que le Seigneur a voulue et pour laquelle il garantit le Successeur de Pierre, comme unité dans la diversité”.

 

Benoit XVI poursuit la réflexion en rappelant que toute l’Eglise de Rome partage cette responsabilité : fidélité et ouverture à cause de l’eucharistie qui nous est donnée, non pour exclure l’un ou l’autre, mais bien plutôt pour accueillir. “L’Eucharistie est agapè, elle doit toujours être charité, signe et cause de charité dans l’ouverture vers les autres, de ce don de soi aux autres, de cette responsabilité envers les plus démunis, les plus pauvres, les oubliés. C’est là une grande responsabilité".


Comme Benoit VI s’adresse aux prêtres de Rome, il précise encore que ministres ordonnés et l’ensemble des baptisés ont cette mission-responsabilité : “Présider dans l’Eucharistie conduit à présider dans la charité, qui ne peut être témoignée que par la communauté elle-même. Tel me semble le grand devoir, la grande question posée à l’Eglise de Rome : être réellement un exemple et un point de départ de la charité. En ce sens elle est une citadelle de la charité”.

 

Ainsi, pour revenir à l‘Evangile de ce jour, la mission confiée à Pierre est confiée à tous. Serons-nous de ceux qui favorisent l’accès à Jésus ou de ceux qui mettent des distances, des barrières ? Serons-nous de ceux qui favorisent la vie en communauté. Méfions-nous de l’expression lier et délier qui laisserait croire que nous recevons mission dans les deux sens. Nous recevons mission de favoriser la communion et l’entrée dans cette communion, mais gare à, nous si nous provoquons le contraire, à savoir le rejet de la communion. Una autre image sans doute plus parlante est celle de la porte de la bergerie : le pasteur peut l’ouvrir pour permettre l’accès à l’enclos ; il peu aussi refuser de l’ouvrir.


La méditation sur la vie de Jésus permet de comprendre ce qu’il fait de sa vie : il la donne pour que tous puissent vivre de sa vie, et non pour en être écartés. Benoit XVI aux JMJ rappelait notre mission d’aller vers, de proposer la rencontre de Jésus. Notre évêque rappelait encore ce jeudi à Longuenesse : ne vous contentez pas d’inviter ceux qui sont déjà dans l’Eglise, mais invitez ceux que vous rencontrez en toutes occasions. Maisons d’Evangile, Dimanche Parole en fête ne sont pas réservés à ceux qui sont déjà, dans la maison, mais à ceux à qui nous ouvrirons les portes EH
 

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