Rancune et colère, choses abominables

24ème dimanche ordinaire

Livre de Ben Sirac le sage, 27,30 à 8, 7 ; Romains 14, 7-9 ; Matthieu 18, 21-35

 

Quand j’ai commencé à lire, en début de semaine, les textes proposés par la liturgie pour ce dimanche 11 septembre, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec tout ce qui est véhiculé ces temps-ci dans nos mémoires, pour fêter l’anniversaire du 11 septembre 2001. Comment ne pas mettre en résonnance la guerre déclarée et sa justification par le président des Etats-Unis, (allant même jusqu'à parler de croisade contre l’Islam) et ces paroles de la Bible: “Rancune et colère, voilà des choses abominables”. Il vaut sans doute la peine de relire les paroles du Sage Ben Sirac et de puiser aux racines de la Sagesse.

 

Que l’on s’emporte sous le coup d’une action terroriste soit, mais que cela devienne source d’un discours de colère et de haine envenimant les relations déjà bien délicates entre l’Occident et l’Islam, il y avait un pas à ne pas franchir. Tant pis si  je fais aujourd’hui des rapprochements hasardeux entre Parole de Dieu et parole d’homme. Mais n’est-ce pas notre mission de revoir nos propres jugements au regard du jugement de Dieu et d’en tirer les conséquences.

 

Que l’on se réjouisse ces dernières semaines de la libération des peuple du Proche-Orient, certes oui, mais en même temps l’on découvre combien les “occidentaux” par le biais de la CIA et de leurs contrats économiques ont soutenu les dictateurs, en Lybie, en Egypte, en Tunisie et en Syrie. Chacun devrait interroger la manière dont notre compréhension des faits depuis 40 ans est tributaire des opinions véhiculées par les grands de ce monde. Il y a 20 ans, c’était la même opinion qui était manipulée contre les peuples d’Argentine, du Brésil, du Chili ou du Nicaragua, etc. tout cela avec le soutien de la théologie du père Maciel, de ses légionnaires et de ceux qui les ont écoutés.

 

L’esprit des dirigeants n’a-t-il pas été égaré par la haine de la démocratie, quand celle-ci proposait un meilleur partage des richesses ? Une logique de peur s’est alors emparé d’une partie du monde occidental : la peur, consécutive à la colère et la rancune. Ces sentiments ont guidé les politiques des Nations. Ajoutons les intérêts économiques comme cause de conflits, et nous pourrons relire nos histoires personnelles et collectives avec plus de décence.

 

C’est ainsi que fait Jésus dans l’Evangile de ce dimanche, quand il relit l’histoire peu édifiante d’un grand de son temps qui, à peine a-ton dénoncé son déficit comptable colossal, qu’il se retourne contre une petite gens qu’il prend à la gorge pour se faire rembourser, séance tenante, une dette légère. Cette fable pourrait être actualisée avec l’histoire de la dette de la Grèce comparée à celle des Etats-Unis. Combien faudra-t-il de récriminations des petites gens pour que soient enfin entendus les appels à la raison, au partage pour transformer les relations humaines, non pas au gré des haines et des colères, mais dans le souci d’une fraternité toujours à construire.

 

Ainsi au moment où l’on calcule en centaines de milliards les trous dans la sphère économico-financière, on oublie qu’il suffirait de quelques dizaines de millions pour soulager les Somaliens aux portes de la mort par famine. Il n’est jusqu’à Benoit XVI qui appelle à un élan de vérité dans la charité, au service de la pólis, de la cité : “ Dans les domaines social, juridique, culturel, politique, économique, il n’est pas rare qu’elle soit déclarée incapable d’interpréter et d’orienter les responsabilités morales”, écrit-il. Il associe justice et pardon comme conditions nécessaire pour faire la vérité dans la charité in re sociali (dans la chose sociale) Caritas in veritate n°4 et 7. Il serait trop long de relire Populorum Progressio qui a inspiré l’actuel pape.


au moment où le monde espère trouver les moyens d’un vivre-ensemble, rejeter les sagesses anciennes, qu’elles soient juives ou hindoues, chrétiennes ou chinoises, ce serait se couper de l’expérience multi-centenaire qui a inspiré des peuples. Ne laissons donc pas la colère et la haine envahir nos sociétés, sous quelque prétexte que ce soit. Encore faudra-t-il accepter de ne pas vivre que pour son propre intérêt. Ce qui est dit au niveau des peuples est vrai aussi au niveau des personnes. EH.
 

Fermer