Voir et observer

faire l’expérience de la rencontre

A la lecture des mails qui me parviennent, à l’écoute des réflexions émises lors des lectures d’Evangile, je découvre un étonnement souvent exprimé, concernant le nombre de miracles accumulés dans certaines sections d’Evangile. L’habitude s’est prise de dire “miracle”, même là où les évangélistes emploient le mot “guérison”, ce qui augmente l’impression de spectaculaire.
 
Je n’ai guère entendu de remarques concernant les nombreuses rencontres de Jésus avec les gens, en particulier les gens rendus peu fréquentables par leur condition d’humanité (d’inhumanité ?). Aussi, je m’étonne à mon tour devant cette absence d’attention aux innombrables rencontres ordinaires de Jésus : avec un lépreux, un aveugle, un centurion, une femme malade ou alitée, un esprit dérangé, un muet ou un paralysé…, et le dialogue qui s’ensuit. Qu’elles sont nombreuses ces rencontres au point que Jésus s’exclame devant ces foules harassées : mon cœur et mon esprit sont tout émus devant ces gens, car ils sont comme des brebis qui n’ont pas de berger… Mt 9,37
 
Je me souviens d’une homélie sur l’étoile des Mages où rien n’était dit sur la rencontre, au cœur de Jérusalem, entre des chercheurs d’étoile, représentés par des païens, et les connaisseurs de la science religieuse que sont les scribes et les grands prêtres… Matthieu fait de cette rencontre dans la capitale Jérusalem, un symbole de ce que seront les rencontres de Jésus, positives quand il rencontre des égarés du Royaume, mais ô combien exacerbées, quand ces rencontres se font avec les hommes de religion, symbole de ce qui se passera au grand Sanhedrin lors de la condamnation de Jésus.
 
Enfin, je m’étonne aujourd’hui devant la difficile mise en œuvre du projet Diaconia2013, quand chacun est invité simplement à voir les fragilités et les merveilles autour de soi, à les écrire sur le livre des fragilités et des merveilles, que ce soit lors d’une réunion d’EAP, dans les groupes de service ou de mouvement… Peut-être nous manque-t-il d’avoir appris simplement à voir ce qui est l’ordinaire d’une vie, comme le faisait Jésus au bord du lac et sur les routes de Galilée. Nous sommes davantage attentifs à l’extraordinaire des évangiles, mais l’ordinaire de la vie de Jésus, son quotidien, sa rencontre des gens avec leurs fragilités, avec leur richesse de cœur, c’est trop ordinaire pour y porter attention. Là où les interlocuteurs de Jésus ne voyaient que péché ou civilisation étrangère, Jésus découvre au contraire des trésors de foi. N’oublions pas l’étonnement, lors du renouvellement de l’Eglise (aggiornamento), quand Jean XXIII a osé ouvrir portes et fenêtres de l’Eglise sur le monde et qu’il y a vu un lieu d’espérance et de joie, pas seulement de tristesse et d’angoisse.
 
Abbé Emile Hennart
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