Routes des hommes, chemin de Dieu

Eglise d'Arras

L’anniversaire du concile est l’occasion de se réapproprier l’histoire de ce temps fort de l’Eglise : que s’est-il passé, commet, avec qui ? Ce parcours d’histoire fait émerger les modes de réflexion, les tensions, les compromis et surtout les chances pour l’Eglise d’être de son temps, en prise avec les réalités du monde et la manière dont les sociétés y sont confrontées.

L’Eglise, experte en humanité, mère et éducatrice comme le rappelait l’encyclique de Jean XXIII, l’Eglise apportait sa contribution propre en vue d’une organisation d’un monde plus juste et fraternel. La présence de Paul VI à l’ONU en est une illustration.
La relecture de l’histoire de ce temps favorable fait ressortir les tensions inévitables et, avec le recul, il est plus aisé de discerner les pôles de cristallisation entre les tendances majoritaires et minoritaires : autour de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, de la place de l’Eglise dans le monde.
Eglise dans le monde ou Eglise hors du monde, face au monde ? Cette évolution théologique est affirmée dans la constitution Gaudium et Spes.
 
Depuis cinquante ans, les chrétiens portent en eux les blessures provoquées par quelques irrésistibles défenseurs d’une catholicité hors du temps. Que ce soit à propos de Diaconia 2013 ou a propos de la crise économique (voir dossier), il est toujours demandé de justifier pourquoi porter intérêt à ces questions, comme si les acquis de Vatican II n’étaient pas réellement acquis. Pourquoi s’intéresser aux fragilités et merveilles autour de nous ? Nous laisserons au père Luc Dubrulle le soin de répondre à cette question lors des journées EAP, les 23 et 24 mars prochain. Pourquoi s’intéresser à la crise, ses causes, ses conséquences et les structures qui favorisent ou inhibent le vivre ensemble ?
La journée Enjeux et Question, avec ses trois témoins et monsieur Philippe Duez comme intervenant, vient rappeler aux chrétiens qu’il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur (Gaudium et Spes §1). Ce n’est pas par intérêt ou curiosité que le croyant y porte attention. C’est la mise en œuvre de ce que nous proclamons de l’Incarnation, de la dynamique inaugurée par le Christ, lui qui ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu… lui, de condition divine qui s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur (Philippiens 2, 6-8). Saint Jean l’exprime à sa manière dans le prologue de l’Evangile : il a planté sa tente au milieu de nous. Le Christ s’est uni à l’humanité pour renouer l’Alliance entre l’humanité et Dieu, alliance rappelée ce premier dimanche de carême avec la conclusion du récit sur Noé. Le Christ a confié à ses apôtres et disciples de poursuivre son œuvre au souffle de l’Esprit, non en quittant le monde mais en allant sur les chemins et les carrefours appeler tout homme à entrer dans la famille des enfants de Dieu (Lumen Gentium § 1-5).
Devant les difficultés actuelles, devant la lourdeur des dossiers politiques et économiques qui nous dépassent, la tentation existe de se réfugier hors du monde, dans les questions liturgiques ou artistiques… loin des bruits du monde. Or, les bruits du monde évoqués en octobre 2010 ne sont pas une simple étape avant la rencontre de Dieu, ils sont le lieu même de la rencontre de Dieu, là où le Seigneur nous attend.
 
Abbé Emile Hennart
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