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Pâques, d'une résurrection à l'autre
Résurrection : selon les Evangiles et d’après les artistes, plus qu'une nuance


le Dimanche 08 avril 2012


La foi de Pâques, telle que l'expriment les Évangiles, nait paradoxalement dans le constat d'une absence: de la résurrection selon les Evangiles à la résurrection selon les artistes, il y a plus qu’une nuance ! 

  

Du Ressuscité, les peintres ont donné des images très fortes.

Celle des larmes du Christ qui vient chercher aux enfers Adam, Eve et toute l'humanité, celle de Piero della Francesca qui montre Jésus sortant d’un caveau, étendard en main, surplombant des gardes écroulés de sommeil, ou celle plus apocalyptique du retable d'Issenheim attribué à Matthias Grünewald, avec le Christ triomphant pris dans un halo de lumière, comme en lévitation au-dessus du tombeau. Et tant d'autres du même tonneau...


 

Pourtant, ces images, on ne les trouve pas dans les récits, assez différents les uns des autres, que les Evangiles font de l'événement. Et pour cause: lorsque les femmes viennent au petit matin embaumer le corps de Jésus de Nazareth, ainsi que le raconte Marc, elles font le constat radical d'une absence. Le tombeau est vide. Le cadavre de Jésus fait défaut. Les Evangiles synoptiques, avec leurs accents particuliers (Matthieu dans une tradition apocalyptique, Marc très sobrement, Luc de façon plus détaillée) indiquent qu'il faut chercher ailleurs la présence de celui qui s’est « réveillé » ou « levé ». Il n'y a d'abord rien à voir. « Pourquoi chercher le vivant parmi les morts ? » fait dire Luc à deux hommes en habits d'éclair.

 

Le quatrième évangile raconte les entrées successives de Pierre et de Jean dans le tombeau vide. C'est en pénétrant dans cette absence que Jean croit. Marie de Magdala, à cet instant, cherche encore à retrouver le corps manquant, demandant à un inconnu qu'elle voit là : « Si c'est toi qui l'as enlevé, dis-moi où tu l'as mis. »


Si les femmes croient et se réjouissent, dans le récit de Matthieu, courant porter la nouvelle aux disciples, Marc rapporte, lui, que cette absence suscite l'incrédulité. Tétanisées par la peur, les femmes ne disent rien. Son évangile s'arrêtait là, comme en témoignent plusieurs manuscrits, avant qu'on ne lui adjoigne une finale selon laquelle Jésus ressuscité est apparu à Marie de Magdala, puis à deux disciples qui «faisaient route pour se rendre dans la campagne », et enfin aux Onze, en leur reprochant leur incrédulité persistante.


Certes, croire à partir de l'absence n'est pas si facile. On peut tenter de se rassurer en évoquant les récits des apparitions du Ressuscité. Mais l'est-on tellement? Chez Matthieu, Jésus ne vient à la rencontre des femmes que pour les envoyer annoncer à ses « frères qu'il faut aller ailleurs, en Galilée. Pour le retrouver vivant, il faut se mettre en route... Jean est encore plus net dans le dialogue entre l’inconnu et Marie de Magdala : lorsque celle-ci entend, dans la voix de celui qu'elle prend pour un jardinier, un appel personnel qu'elle reconnait comme celui de Jésus, celui-ci la tient à distance : « ne me touche pas », ou «ne me retiens pas» (selon les traductions). Et la manifestation à Thomas qui voulait une expérience palpable pour croire est vraiment présentée comme un pis-aller: « Heureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru », dit le Christ.


Renouveler les promesses du baptême
Veillée de Pâques à Oignies  

Renouveler les promesses du baptême

Ce n'est donc pas parce que Thomas a vu, que nous sommes invités à croire, mais parce que d'autres ont cru sans avoir vu. Chez Luc, le récit des disciples qui se rendent à Emmaüs dit aussi que la foi en la résurrection confronte à une forme d’absence, à un insaisissable: quand l'homme rencontré sur le chemin est reconnu comme le Christ des Ecritures, après la fraction du pain, il sort du champ du visible. Le regard des disciples s'est ouvert à une autre présence. Et l'évangéliste, aussitôt, enchaine: « Aussitôt ils se lèvent et reviennent à Jérusalem. »

 

Ces hommes, désespérés et découragés quelques heures plus tôt, s'enfoncent dans la nuit pour aller porter la nouvelle. En eux, la peur est vaincue, comme la mort dans le Christ. Luc fait le parallèle, mot à mot, entre ce mouvement des disciples et la manière dont Jésus annonçait sa résurrection : « Le Fils de l’homme doit être livré aux mains d'hommes pécheurs, être mis à mort, et le troisième jour se lever. »

Ainsi, la résurrection du Christ se manifeste-t-elle tout autant par la résurrection de la foi de ses disciples.

 

Lectures du dimanche 8 avril: Actes 10, 34-43; Colossiens 3, 1-4;Jean 20, 1-9

Article mis en ligne par E.H. Communication Diocèse    Publié Mardi 03 avril 2012     - 1022 visites

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