Vatican II, c’est aujourd’hui

Eglise d'Arras n°16

Dans quelques jours l’Eglise célèbrera l’anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II… Tant et tant de choses ont été dites, pour ou contre, qu’il vaut la peine de relire le projet du concile, de voir en quoi l’Eglise de Jésus-Christ et chacun de nous avons pu grandir dans la foi.

La place première accordée à l’Ecriture mérite toute notre attention : “L’ignorance des Ecritures, c'est l'ignorance du Christ ; ... Il faut que l'accès à la Sainte Ecriture soit largement ouvert aux chrétiens... l'Eglise, avec une sollicitude maternelle, veille à ce que des traductions appropriées et exactes soient faites dans les diverses langues.” (Dei Verbum) Sans doute avons-nous oublié que, jusqu’alors, la seule traduction officielle était celle de saint Jérôme appelée Vulgate. Dans la liturgie et les édifices, la Bible est remise en honneur, pour qu’on lise la Parole. Dès lors, la lecture continue des Ecritures a été valorisée. A la demande de Mgr Jaeger, de nombreuses Maisons d’Evangile ont vu le jour et les nombreux participants désirent fortement que cette richesse soit mieux partagée dans le diocèse, à condition qu’on en parle.
 
Un récent article intitulé “Vatican II ou la réconciliation de l’Eglise avec le monde” rappelle combien le souci du dialogue l’a emporté sur l’appel à condamnation. Dialogue avec le monde, intérêt porté avec ce que vivent les hommes et les femmes de ce temps. Devant les critiques jaillies durant le concile, Paul VI éprouvait la nécessité de mettre les points sur les i lors de la clôture : “Non, affirmait-il, l’Eglise n’a pas dévié vers des positions anthropologiques prises par la culture moderne, elle s’est tournée vers l’homme. La religion catholique et la vie humaine réaffirment ainsi leur alliance, leur convergence… Connaître Dieu et connaître l’homme.”
 
Il est possible qu’il ait été mal entendu, il est possible aussi que nous nous soyons assoupis ou repliés sur nous-mêmes et nos lieux de célébration. Il est remarquable que Jésus ait choisi d’aller au large, au milieu des foules qu’il a pris en pitié “parce qu’elles étaient comme des brebis sans berger” (Mt 9, 36). Il est vrai qu’il est plus dangereux de fréquenter les places, les chemins creux et les carrefours à la rencontre de ceux qui ne méritaient rien… C’est pourtant ceux-là qui prirent la première place, au grand dam des fils aînés de la maison. Où sommes-nous ?
 
Une autre intuition de Jean XXIII était de se tourner vers les confessions chrétiennes, vers le Judaïsme et l’Islam. Tous n’ont pas apprécié que l’Eglise se tourner vers les hommes de bonne volonté même s’ils ne partagent pas notre propre foi en Jésus-Christ et en la Bonne Nouvelle que “tous aient la vie et qu’ils l’aient en abondance”.
Le décret sur les religions non chrétiennes précise : “L'Eglise réprouve, en tant que contraire à l'esprit du Christ, toute discrimination ou vexation opérée envers des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe ou de leur religion. En conséquence, le Concile, suivant les traces des saints apôtres Pierre et Paul, adjure ardemment les fidèles du Christ "d'avoir au milieu des nations une belle conduite", si c'est possible, et de vivre en paix, pour autant qu'il dépend d'eux, avec tous les hommes, de manière à être vraiment les fils du Père qui est dans les cieux”.
 
Les extrémistes de tout bord, ceux qui refusent la présence de l’autre, différent de soi, devraient aujourd’hui encore s’inspirer de ces paroles plutôt que de développer des partitions haineuses multipliant les cacophonies au cœur des hommes, lesquels ignorent souvent comment et par qui ils sont manipulés. C’est bien aujourd’hui, qu’il faut vivre le Concile.
 
Bonne fête et bonne mise en œuvre !
 
Abbé Emile Hennart