Selon la Loi et selon le coeur de Dieu

5ème dimanche de carême

Isaïe 43, 16-21 ; Philippiens 3, 8-14 ; Jean 8, 1-11
Nous avons sans doute retenu, dans notre mémoire, la règle religieuse au temps du Christ où toute femme adultère devait être lapidée. Lorsque les pharisiens présentent à Jésus une femme ppour qu’il prononce la sentence, il semble bien qu’entre la règle et l’attention aux personnes, le Christ a choisi l’accueil des personnes. Sans doute la phrase “Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre” aura évité à ses opposants de discutailler et tous sont partis, en commençant par les plus âgés.

 

Jean 8 Jean 8   Chez les catholiques on n’envisage pas d’instaurer la charia… mais on aime bien les principes, un peut trop sans doute, et plus encore le respect dû à ces principes. C’est ainsi qu’il est devenu délicat de parler du mariage et des sacro-saints principes ancestraux. Chacun devient électrique à ce sujet. Pourtant le Christ n’a pas reproché à Moïse d’avoir toléré des billets de répudiation (Matthieu 19), et pourtant il connaissait les principes ancestraux, puisqu’il invite ses contradicteurs à aller lire dans leurs Ecritures.

 

Faut-il en conclure que le Christ n’est pas envoyé par le Père pour faire respecter les principes ? “En vertu des grands principes”, chantait un chansonnier du siècle dernier. C’est sur ce sujet précis que bien des chrétiens sont tiraillés. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Jean 3, 17. Le début du livre “Nous irons tous au paradis rappelle les attitudes du Christ et même du Dieu de l’Ancien Testament face aux élucubrations infernales des imaginaires du Moyen-âge.

 

Certes, aujourd’hui nous avons l’esprit suffisamment ouvert pour ne juger ni condamner personne. Pourtant il arrive que des chrétiens fassent peser le poids de la culpabilité sur les hommes, ou les femmes, qui ne vivraient pas selon le principe “un homme une femme”, et la Loi ne devraient pas s’intéresser à eux. Serions-nous plus chrétien que ne le fut Jésus en son temps, lui qui a pardonné à la femme adultère ? Au nom des principes respectables, des chrétiens ont jeté l’opprobre sur d’autres, qu’ils soient chrétiens ou non. Ceux-là ont été montrés du doigt, ceux-là se sont sentis jugés et condamnés par ceux qui se revendiquent de Jésus-sauveur.

 

Faut-il rappeler que les sacrosaintes croisades ont été prêchées au nom de principes qui méritent d’être revus et corrigés. La dureté de cœur dont parle Jésus en Matthieu 19 ne ressemble-t-elle pas à l’aridité de notre cœur, qui n’entend plus les plaintes et les souffrances, qui préfère humilier et condamner l’autre différend, plutôt que de lui accorder une oreille attentive. Mariages et séparations, familles monoparentales ou recomposées, autres… dont bien des conversations évoquent les conditions d’existence, n’avons-nous pas à leur porter attention plutôt que condamnation ?
 

 

La lecture de l’Ecriture devrait nous éclairer, si nous voulons mettre nos pas dans les pas de Jésus à la rencontre des brebis d’Israël. Le synode sur nouvelle évangélisation le redit à sa manière : “Notre monde est plein de contradictions et de défis, mais il reste création de Dieu, blessé certes par le mal, mais toujours aimé de Dieu, dans lequel peut germer à nouveau la semence de la Parole afin qu’elle donne un fruit neuf”.
 

La conversion à laquelle nous appelle ce temps de carême est invitation à changer notre cœur, notre regard. Comment pourrions-nous nous reconnaître frère, si nous commençons par penser que Jésus exclurait ces gens de rien au nom de grands principes ? Combien est différent du regard du pharisien, le regard de Jésus lorsqu’une femme s’approche de lui au cours d’un repas. Combien est différent ce regard de Jésus pour Zachée, alors que la peur de se montrer envahissait ce chef-publicain…


Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus ne dit pas si elle a raison, si elle à tort. Il conclut cette douloureuse rencontre par “Moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus”. EH
 

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