Fiche 1 Lecture Jean 1-2

Pour accompagner la lecture en Maison d'Evangile

Evangile de Jean fiche de lecture 1.

 

Luc  tétragramme Nazareth Luc tétragramme Nazareth   Il est préférable de lire d'abord le texte lui-même de l'Evangile selon Jean ch, 1 et 2, avant de lire la fiche ci-dessous qui accompagne le lecteur dans sa découverte de Jésus selon saint Jean. A distinguer le prologue (v. 1-18) comme oouverture, de la présentation autour de Jean-baptiste, puis Cana suivi du passage à Jérusalem. 

 

Lecture d’ensemble


L’Evangile selon Jean commence par un prologue où Symbole de l'évangéliste Jean Jean l'aigle  
Symbole de l'évangéliste Jean
Symbole de l'évangéliste Jean
Jean annonce le contenu de son ouvrage. En quelques expressions, il donne des clés de lecture pour comprendre l’Evangile : Jésus est Parole (ou Verbe), venu de Dieu, fait homme ; lumière et non ténèbres, reçu et non reçu, qui donne la Vie de Dieu à ceux qui le reçoivent.

 

Les chapitres 1 et 2 comportent plusieurs récits. Au cours d’une première lecture, chacun peut exprimer ce qui plaît, étonne ou choque, les questions qu’il se pose, mais sans vouloir à tout prix les réponses. On lira les commencements avec Jean-Baptiste, les premiers disciples, les noces à Cana, puis la purification du Temple. Ces deux chapitres présentent une multiplicité de relations : de Dieu à nous, avec le Verbe ; de Jean-Baptiste à Nathanaël ; relations amicales à Cana, tumultueuses à Jérusalem (déjà !).

 

Nous retrouvons Jean-Baptiste, déjà connu par la lecture de Matthieu, Marc ou Luc, sauf qu’ici, le baptême de Jésus est raconté par Jean-Baptiste, sauf que les disciples s’appellent les uns les autres, d’André jusqu’à Nathanaël, comme une chaîne inscrite dans la durée, exprimée par “le lendemain”. N’aurions-nous pas, nous aussi, à être interpelant les uns pour les autres, comme les premiers appelants, en vue de la rencontre avec Jésus le Christ ?

 

Zoom. Le prologue 1, 1-18


Le zoom est le tout début, 1, 1 à 18. Faisons à nouveau la lecture à l’aide des questions de la fiche 0 : De quels personnages est-il question ? Comment sont-ils décrits, quelles relations sont établies entre eux ?
Qui est-il, ce Jésus dont l’Evangile va parler ? Que vient-il faire ? Le prologue parle du Verbe. Plutôt que de chercher une explication au mot Verbe dans nos dictionnaires et nos notes, prenons les précisions que Jean donne de Lui, concernant ses relations à Dieu et aux hommes. Une précision est apportée : la Parole (de Dieu). On peut se souvenir qu’au début de la Bible, Dieu est celui qui parle, dont la parole est efficace : “Il dit et cela fut…”


Quels personnages sont nommés ? Le Verbe, Dieu, Fils, Lumière ; le Père ; tout, Jean-Baptiste, le monde, les siens, ceux qui…, Moïse, Jésus Christ, nous. En portant attention aux relations entre ces personnes ou sujets de verbe nommés dans le prologue, nous découvrons un condensé de la pensée de Jean sur Jésus et ce pour quoi il est venu. Son rapport avec Dieu et avec les hommes nous invite à entrer dans sa relation. Il était auprès de Dieu et il a habité parmi nous… (le mot “habité” signifie “il a planté sa tente au milieu de nous…”). Tous nous avons eu part à sa plénitude ; nous-mêmes y sommes associés… si nous le voulons !


Repérez les rapports positifs évoqués et les résistances signalées. Aux v. 16-18 sont présentés les fruits de la présence du Verbe dans le monde. “De sa plénitude, tous, nous avons reçu grâce après grâce. Dieu personne ne l’a jamais vu, Dieu, le Fils unique nous l’a fait connaître !” La fin de l’Evangile de Jean, 20, 30-31, fera écho à cette affirmation : “Ces signes ont été écrits pour que vous croyez et ayez la Vie en son nom”. Cet exercice demande du temps, mais c’est ainsi que nous pouvons découvrir la profondeur (ou la hauteur) de la pensée de Jean !

 

La place de Jean-Baptiste et de Moïse dans le prologue


• Quand l’Evangile est rédigé, dans les années 90-100, les chrétiens rencontrent fréquemment des groupes de disciples du Baptiste, car lui aussi a essaimé. Les rapports des chrétiens avec les baptistes n’étaient pas toujours sereins. Pour l’évangéliste, il était important de dire qui est Jean et, en même temps, d’inviter à ne pas se tromper de chemin, de ne pas mettre sur un pied d’égalité Jean et Jésus. Désormais, le chemin à suivre, c’est Jésus. Cela explique la prise de distance que l’évangéliste introduit, dès le prologue, entre Jésus et le Baptiste.


• Une autre distinction forte est affirmée à propos de Moïse. Prendre le chemin de Jésus est tout autre chose que suivre Moïse. Comme l’apôtre Paul, dans les années 45 à Antioche (Actes 13, 38-39), ou Matthieu (ch.5), Jean lui aussi rappelle que Moïse donne la Loi, mais que le Christ apporte grâce et vérité. C’est plus qu’une nuance. La grâce, c’est le don gratuit que Dieu nous fait de sa vie. L’affirmation du don gratuit de Dieu (grâce et vérité) servira de base pour plusieurs textes du Concile Vatican II (Lumen Gentium §1 et 2 ; Dei Verbum § 2). La gratuité est aussi signifiée par l’acte de foi : ils ne sont nés ni du sang, ni de la chair, ni du vouloir humain, mais “nés de Dieu”. 1, 13.


Reçu, non reçu. Saint Jean évoque “les siens qui ne l’ont pas reçu”. Cela renvoie aux nombreux rejets que subira Jésus au cours de l’Evangile, mais il faut lire, en filigrane, les tensions entre les chrétiens et les Juifs de la synagogue. Dans les années 80, les Juifs ont rejeté et exclu de la Synagogue les Juifs-chrétiens, ceux qui proclament Jésus comme Messie, envoyé de Dieu. Pour Jean, ceux-là ont refusé la Lumière. Lorsque nous lisons aujourd’hui, si nous incluons tous ceux qui refusent consciemment le nom de Jésus, cela demande un peu de prudence, le contexte n’est pas le même.
Retenons que le chemin incontournable vers le Père, c’est Jésus. Aujourd’hui comme hier, on peut toujours débattre, discuter, philosopher sur Dieu et la transcendance. Pour saint Jean, le chemin c’est de suivre Jésus, qui se rend proche de nous (incarnation) qui se fait serviteur (cf. lavement des pieds). A ceux qui voudraient un Jésus céleste, Jean affirme son chemin de proximité : il s’est fait chair, il a planté sa tente (il a habité) au milieu de nous.


Là aussi, il nous faut deviner le combat théologique qui commence déjà au temps de St Jean, où certains doutent que Jésus soit vraiment homme et vraiment Dieu. Le prologue est une entrée en matière où l’évangéliste confirme l’identité de Jésus : Qui est-il, ce Jésus dont l’Evangile va parler ?

 

Suite du ch 1 et ch. 2


Le témoignage de Jean 1, 19-34.
Il n’est pas interdit de lire le témoignage, ayant en mémoire les récits des autres Evangiles. Notre mémoire peut aider à repérer des différences. La principale différence avec les synoptiques est que, dès le début, le récit présente le conflit entre les Juifs venus de Jérusalem et Jean-Baptiste, le témoin de la Lumière. C’est une manière de faire comprendre que, dès le début l’Evangile est conflictuel ; les mots témoin et témoigner font partie du langage du tribunal qui se prépare au sujet de Jésus, le Fils de Dieu (v.34). Voici donc les premières pièces du procès qui viendra en son temps (ch. 18). Ce récit confirme aussi la distance entre Jésus et Jean-Baptiste, déjà signalée dans le prologue.


Parmi les ressemblances: le rapprochement entre Jésus et Elie. Déjà l’identité de Jésus l’associe aux prophètes, et non aux prêtres ou autorités religieuses.

Les premiers disciples. 1,35-51
La communauté johannique commence avec des disciples du Baptiste orientés vers Jésus, vers l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Cela rappelle Jérémie 11, 19 : agneau mené à l’abattoir, mais aussi le chant du serviteur en Isaïe 53,7. La liturgie de l’eucharistie a retenu cette expression. Si Jésus appelle, il y a aussi d’autres appelants qui transmettent de proche en proche l’annonce : “nous l’avons trouvé, le Messie…” Une expérience partagée ! Savons-nous faire de même ?

 

Le signe à Cana 2, 1-12

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 Voici la première des difficultés pour comprendre Jean. Il le dit lui-même :“Ceci est le premier signe de Jésus”. Jean nous invite à un second niveau de lecture, que nous appelons symbolique ou spirituelle. Le signe de Cana Le signe de Cana  Il s’est passé quelque chose à Cana, mais Jean utilise des mots à sens multiples. Quand nous lisons ‘époux’, il ne nous vient pas à l’idée que Dieu est l’époux de son peuple ni que Jésus vient renouer avec nous l’alliance voulue par Dieu avec l’humanité. Quand nous lisons ‘eau changée en vin’, nous cherchons la matérialité du fait, alors que Jésus invite à une autre vie… Quand il est écrit “Jésus manifeste sa gloire”, nous ne pensons pas à l’expression originelle : “épiphanie, manifestation de la gloire de Dieu” !
 

La purification du Temple. 2, 13-22


Jean place cet épisode en début d’Evangile. Ainsi les dimensions conflictuelles apparaissent dès le début. Jésus libère le Temple de tout ce qui l’encombre et éloigne de la prière. Sans doute faut-il ici se rappeler les conflits entre courants prophétiques et courants sacerdotaux qui parcourent l’Ancien Testament jusqu’à Jésus-Christ y compris, et même dans l’Eglise depuis 2.000 ans.

 

Pour aller plus loin.


Les mots choisis par Jean: ‘Au commencement ; Verbe ; connaître, habiter, demeurer, plein de grâce et de vérité’, sont chargés de signification et de relations. Voici quelques orientations pour continuer notre méditation :

Au commencement était le Verbe. Commencement renvoie au début de la Bible, Genèse 1, 1 où les mêmes mots sont employés : “Au commencement … la terre était informe et vide”. La suite de ce commencement est une succession de “Et Dieu dit… et cela fut”. C’est à cette attitude de Dieu qui crée par sa parole qu’il nous faut rattacher la signification du mot Verbe : une parole constructrice, créatrice. Au long de la Bible, Dieu est celui qui parle ; le Verbe, qui vient de Dieu, parle, révèle l’amour de Dieu, fait entrer dans cet amour. Jésus vient de Dieu et pour les hommes : il est venu chez les siens. La relation ‘Père et Fils’ est annoncée. Cela reviendra plus de 50 fois dans l’Evangile et, toujours, pour signifier que cette relation intime est tournée vers les hommes.

 

Connaître. Pour nous, connaître c’est avant tout une démarche intellectuelle, le monde des idées… Pour Jean, c’est d’abord “faire l’expérience de…” Telle sera la rencontre des premiers disciples, l’expérience d’une soirée dont on désire reparler le lendemain aux proches. Jésus, dans sa chair et sa vie d’homme, donne à comprendre quelle est la tendresse créatrice de Dieu et sa miséricorde. Ce n’est pas une miséricorde d’en haut, mais une miséricorde de proximité, exprimée par l’expression : “il a habité chez les siens”. Approcher Jésus, comme le fera la Samaritaine ou la femme adultère ou le disciple bien-aimé, fréquenter Jésus, Verbe fait chair, comme le feront les apôtres, c’est le plus sûr moyen pour parvenir à la connaissance du vrai Dieu. Cela suppose qu’on aille relire les lettres de Jean 1 et 2, où sont associés Dieu et aimer.

 

“Il a planté sa tente au milieu de nous" La traduction littérale est une allusion directe au livre de l’Exode 25, 8 :“Ils me feront un sanctuaire et je demeurerai parmi eux” ; c’est l’évocation de la Tente de la rencontre entre Yahvé, Moïse et des délégués du peuple hébreu, tente installée au milieu du camp (Nombres 11). Au verbe ‘habiter’, Jean associe “demeurer” ou “faire sa demeure au milieu de nous”… Demeurer évoque la “durée dans le temps”, au cœur de ceux qui ont reçu Jésus, par exemple : “Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons vers lui et nous viendrons demeurer chez lui.” Jn 14, 23.

 

Plein de grâce et de vérité. L’évangéliste insiste sur le don de Dieu à tous ceux qui se laissent approcher par le Verbe et qui l’ont reçu. L’expression est tirée de l’Exode, 34, 6 où Moïse appelle Yahvé “Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, riche en bonté et en vérité”. Jésus est grâce, don de la présence de Dieu ; la vérité signifie tout à la fois le vrai et la fidélité de Dieu à l’égard de ceux qui l’ont reçu.

 

 

Prier la Parole

 

Dieu qui viens dans notre monde, Seigneur Jésus,
Tu es venu dans notre chair et dans notre temps
Pour que la sagesse et la tendresse de Dieu
Règnent dans notre monde.

 

Viens maintenant parmi nous,
Viens t’enraciner dans tout notre être
Pour y produire des fruits de justice et de paix.
Viens brûler en nous la paille
Qui encombre notre désir et notre temps.


Viens abattre en nous ce qui est stérile pour que, tout entiers,
Nous soyons offerts à ton immense pouvoir de vie.

Alors seulement, la paix s’étendra sur notre terre,
Palpable et réelle, comme un édredon bien chaud.


La compassion s’installera dans nos villes,
Comme un grand feu de foyer qui nous rassemble pour chanter.
L’accueil brillera dans nos familles comme les étoiles qui habitent la nuit.
Viens Seigneur Jésus !
Georges Madore

 

N’oubliez pas de faire parvenir vos questions ou découvertes à :
Lire l’Evangile Maison diocésaine BP 1016 – 62008 Arras cedex
ou à hennart-eh@orange.fr  
Dossier des évangiles : http://arras.catholique.fr/jean  

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Note sur le mot Verbe: Verbe, logos, Parole. La traduction "Verbe de Dieu" est tributaire de la traduction latine faite par saint Jérôme : “In principio erat Verbum... Au commencement était le Verbe”, au lieu de Parole. Quand aujourd’hui, on parle de la constitution Dei Verbum, de Vatican II, on écrit en français: “La Parole de Dieu”. 

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Un commentaire du ch. 2 , Noces à Cana est visible dans le site diocésain.

Il reprend chacun des mots de l'évangile Jean ch.2 à Cana


 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3012 visites

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