Fiche 4 Jean 5 Le paralysé de Bezatha

Le début de la contestation contre Jésus qui fait découvrir sa relation à Dieu

 Jean chapitre 5


Piscine de Bezatha Jérusalem Piscine de Bezatha Jérusalem  Le paralysé de la piscine de Bezatha, 3ème signe.

 

Il est conseillé de lire d'abord le texte de l'Evangile, ch. 5 de Jean, avant de lire cette fiche. Le texte ci-dessous est proposé en format pdf en bas de page pour être imprimé en recto-verso.

La guérison d'un paralysé à quelques pas des réserves d'eau du Temple est l'occasion d'une discussion avec les Juifs sur l'identité de Jésus et sa légitimité à intervenir. La photo ci-contre présente les fouilles des immenses citernes de Bazatha

 

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Cana, Nicodème, la Samaritaine, l’officier royal… autant de rencontres où Jésus révèle peu à peu qui il est. Pour l’évangéliste, le récit de chaque rencontre est aussi l’occasion de préciser pour chacun le chemin de foi (et de non-foi pour certains, présents). Au-delà du récit, nous sommes invités à penser aux personnes et groupes humains appelés à faire ce chemin de rencontre avec le Christ. Nicodème représente ces croyants, enracinés dans le judaïsme qui, non sans difficultés, découvrent la proposition de Jésus et acceptent le dialogue. Les chrétiens –pas seulement Jésus- ont beaucoup de discussions avec les Juifs pour les convaincre de croire en Christ. La Samaritaine représente les foules immenses qui ne font pas partie du peuple élu et qui accéderont à la foi. L’affirmation de foi des Samaritains est explicite et immédiate : “Nous savons qu’il est le Sauveur du monde”. Et nous, comment exprimons-nous la foi en Christ venu pour nous et pour tous ? Retenons que la Samaritaine, quand elle a compris, n’est pas restée auprès de Jésus, elle est allée le dire aux gens du village. Il revient donc à chacun de faire en sorte que notre entourage accède au désir d’aller à la rencontre de Jésus (Cf. Projet diocésain de catéchèse). On ne peut pas dire que les apôtres soient très actifs dans ce récit, ni dans le récit qui va suivre.

 

Lecture d’ensemble.


Dans les prochains chapitres, plusieurs fois il est précisé que cela se passe au moment d’une fête ; c’est donc en période d’affluence de pèlerins que Jésus intervient. Au ch.5, le nom de la fête n’est pas précisé. Au ch.6, (comme en 2,13), c’est au moment de la Pâque ; au ch. 7, lors de la fête des Tentes ; au ch. 10, lors de la dédicace du Temple.


Parmi les personnages de ce chapitre 5 : Jésus, l’infirme, les Juifs, auxquels il faut ajouter le Père, Jean-B. et Moïse. On ne parle pas des apôtres ! Le paralysé fait partie des anonymes de l’Evangile dont on ne sait rien, si ce n’est qu’il a 38 ans. Il ne demande rien à Jésus. Quand il saura d’où vient sa guérison, il le fait savoir aussitôt, il devient témoin de Jésus. C’est comme la Samaritaine, quand elle a compris, elle va le communiquer.

 

Ce récit de guérison (ou signe) est l’origine du long discours sur l’identité de Jésus et le rejet juif. Cela commence par une succession de rencontres/dialogues. Dans son développement, le récit fait apparaître le conflit profond entre “les Juifs” (c’est-à-dire les autorités religieuses juives) et Jésus. Le conflit semble reposer sur une appréciation différente des valeurs, “conflit de valeurs” dirions-nous aujourd’hui. Pour les Juifs, la Loi -et ses 613 préceptes- doit primer sur l’homme. Pour Jésus, remettre un homme debout passe avant tout le reste, y compris la Loi.


Jésus entre en dialogue avec l’infirme et se fait reconnaître. L’infirme est interrogé. On découvre que ce paralysé ne connaît rien de Jésus. Jésus lui révèle que la guérison ne concerne pas que le physique, mais d’abord et surtout, la relation à Dieu. Dès lors l’infirme guéri devient porteur de révélation, témoin de Jésus. C’est le début des ennuis pour Jésus.
 

Les dialogues deviennent alors monologue de Jésus devant les Juifs. Le conflit porte sur tout autre chose que la guérison ou le sabbat : c’est le rejet de l’identité de Jésus. Connaissant l’auteur de la guérison, les Juifs s’en prennent à Jésus au sujet du sabbat (v.18). Mais le dialogue proposé par Jésus glisse immédiatement sur l’œuvre du Père dont il se dit le représentant (“celui qui accomplit les œuvres”). L’enseignement de Jésus ne porte pas sur le ‘permis-défendu’ le jour du Sabbat, mais sur son autorité et la relation affirmée entre Dieu et lui. Appeler Dieu son Père, où va-t-on ?

 

Cette intimité entre Jésus et Dieu ne convient pas aux autorités juives (c’est un blasphème). D’accusé, Jésus devient accusateur. C’est le début d’un monologue qui précise d’abord l’identité de Jésus en termes de relations Père-Fils, mais aussi relation avec celui qui reçoit la parole de Jésus. En reconnaissant Jésus comme l’envoyé de Dieu, celui-là est passé de la mort à la vie.

 

Ensuite le discours dénonce avec virulence le refus des Juifs de reconnaître Jésus, l’envoyé et celui qui l’a envoyé (voir Zoom, 31-47). “L’heure du jugement c’est maintenant”, au moment même où on entend la Parole et l’accueille ou, au contraire, la refuse : “Vous ne voulez pas venir à moi !”. Cette compréhension de l’heure du jugement “maintenant” diffère de la pensée des synoptiques, pour qui le Jugement, c’était à la fin des temps.

 

Ecouter la voix… recevoir le témoignage. Au-delà de ce qui s’est passé au temps de Jésus et de Jean-Baptiste, c’est aux disciples chrétiens en fin de siècle que s’adressent ces expressions. Eux aussi sont confrontés au refus des Juifs de leur temps, qui rejettent l’identité de Jésus, envoyé du Père. La référence à Jean-Baptiste renvoie au ch.1 qui évoquait déjà le rejet : les siens qui ne l’ont pas reçu… (relire Jean 1, 1-18). Le ton de la fin du chapitre est incisif, accusateur, comme si, déjà, il était impossible que les Juifs reconnaissent Jésus comme l’envoyé… “Si vous ne croyez pas ce que Moïse a écrit, comment croiriez-vous ce que je dis ?”

 

Les Juifs. On pourrait avoir l’impression que Jésus et l’infirme ne font pas partie “des Juifs”. Le mot “les Juifs”, chez Jean, désigne habituellement les opposants à Jésus. Il suffit de se souvenir du contexte d’écriture dans les années 80-90. A cette époque, la scission entre Juifs restés juifs et Juifs devenus chrétiens était totale. Désormais il y a d’un côté les Chrétiens, de l’autre les Juifs, ceux qui majoritairement, refusent l’enseignement de Jésus. (Se rappeler les réflexions lors de notre lecture de Matthieu). C’est une difficulté, pour nous, de devoir penser à la fois au climat et aux mentalités des années 30 et des années 90. L’évangéliste ne cherche pas seulement à raconter ce qui s’est passé du temps de Jésus, mais aussi et surtout, à aider les chrétiens de son temps à vivre dans un contexte de rejet, tout comme pour Jésus, cinquante ans plus tôt.

 

Zoom : 5, 31-47. Controverse sur la légitimité de Jésus


Le zoom porte sur la dernière partie du discours de Jésus aux Juifs. Il n’y a pas débat, mais affirmation et accusation. Ce discours reprend aussi la pensée des chrétiens qui, dans les années 90, essaient encore de répondre aux Juifs. La relecture que les chrétiens font de l’Ecriture multiplie les motifs de condamner ces Juifs qui refusent la Parole de Jésus. Déjà les Actes des Apôtres (28, 26-28) avaient écrit : “Ils ont des yeux pour voir et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas…”, reprenant un texte d’Isaïe (Is 6, 9-10). Il nous faut accepter de comprendre que Jean a pu remanier des paroles de Jésus, déjà percutantes en son temps, pour les rendre encore plus percutantes dans la bouche des chrétiens en fin de premier siècle, quand ils répercutent la manière dont Jésus avait été “mal reçu” en son temps, et eux à la suite de Jésus.

 

La notion de témoin. Dans la culture juridique juive, il fallait au moins deux témoins pour étayer une affirmation (cf. lors du jugement de Jésus). Ici, le premier témoin appelé par Jésus est Jean Baptiste. Le second témoin, ce sont les œuvres accomplies ; le troisième témoin, c’est Dieu lui-même dont la voix retentit dans les Ecritures. Ces Ecritures auxquelles les Juifs se consacrent par l’étude et la prière accusent les Juifs et justifient Jésus (selon saint Jean) ! Jésus se fait alors accusateur de ceux qui le condamnent, au nom même des Ecritures. La charge est violente, puisque Moïse, dont se réclament les accusateurs de Jésus, devient leur propre accusateur : en refusant de croire Moïse (= les Ecritures), en rejetant Jésus, ils se condamnent eux-mêmes ! (Cela nous rappelle le prologue, ch 1 : “Il est venu chez les siens…”)

 

Pour aller plus loin
 

Côté archéologie, pendant longtemps on a douté que ce lieu, piscine aux cinq portiques ait existé. Les fouilles dans les années 1950 ont permis de découvrir, à proximité du Temple, deux bassins d’eau côte à côte, de 11 à 17m de profondeur et de plus de 60m de côté. C’était la réserve d’eau pour les nécessités de l’entretien du Temple… Adossé à ce bassin, il y avait un lieu de culte païen au dieu guérisseur Sérapis, avec piscines où les malades étaient plongés. On y a retrouvé des ex-voto. Aujourd’hui on peut encore voir plusieurs petits bassins où les malades pouvaient se plonger dans l’espoir de guérison. Un culte païen, à quelques mètres du Temple, cela peut faire désordre… et pourtant !

 

38 ans. Parmi les interprètes, certains évoquent Deutéronome 2,14, où les Hébreux se remettent en route vers la terre Promise “après avoir erré 38 ans au désert”. De même l’infirme galère depuis 38 ans. D’autres interprètes se contentent d’y voir une allusion à la très longue durée de l’attente, et pourtant l’infirme espérait encore.

 

Quelques mots du langage de Jean :
Les œuvres, la gloire, l’heure, la vérité, la vie.
Chez Jean le mot œuvres est presque toujours associé à “œuvres de Dieu” : Jésus accomplit les œuvres que Dieu lui a données de faire. L’heure chez Jean, renvoie à l’heure de la glorification, le moment où Jésus est élevé sur la croix (cf. ch.3). Ce mot jalonne l’Evangile jusqu’au moment où Jésus affirme : “Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme” 12, 27.

La gloire/glorification, c’est le moment où la vie de Jésus est reconnue comme ayant du poids, que ce n’est pas du vent, du vide. Pour Jean, la croix est l’heure de cette révélation. La vie est à comprendre comme relation avec Dieu, Dieu qui donne sa vie, c’est-à-dire qui désire la relation avec Lui. A Vatican II, les évêques écrivent : “Le Père éternel a décidé d'élever les hommes à la communion de sa vie divine” (Lumen Gentium n°s 1-3).

Les Juifs. L’expression est anachronique, puisque tous les interlocuteurs, Jésus, apôtres, infirme, etc. sont des Juifs. Cet indice trahit le temps de Jean où les chrétiens se distinguent désormais des Juifs. Au cours des siècles suivants, les chrétiens deviendront anti-juifs, à partir de cette expression mal comprise. La déclaration Nostra aetate n°4 de Vatican II rectifie le jugement des chrétiens à l’égard des Juifs : “Du fait d'un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l'estime mutuelles, qui naîtront surtout d'études bibliques et théologiques, ainsi que d'un dialogue fraternel”.

La guérison elle-même. Peu de lignes sont consacrées à ce sujet, comme si c’était quelque chose de normal pour l’ensemble des témoins. C’est nous qui sommes étonnés de cette guérison, mais cela ne dérange pas les autorités religieuses. Ce qui dérange réellement les autorités, ce sera la relation affirmée entre Jésus et son Père, “celui qui m’a envoyé…”. Les évangiles de Marc, Luc et Matthieu avaient très vite signalé les conflits nés du comportement de Jésus, de sa manière d’être au monde : il fréquente les pécheurs, les étrangers (les païens), les femmes de mauvaise vie… En Jean, ce sont les œuvres qui scandalisent. Jésus invite les Juifs à les recevoir comme témoignages de sa relation avec Dieu, en conformité avec les Ecritures. C’est là-dessus que les paroles, en fin de discours (37-47), sont percutantes : “Vous refusez de me recevoir !”

 

Prier la Parole

 

Tu nous attends, Seigneur Dieu, notre Père.
Il Te tarde de nous voir attentifs à ta parole.
Nous attendons la parole qui nous rende réceptifs.
Accorde-nous à ta voix, à ton silence,
Prononce vers nous ta parole de paix, ton fils, Jésus Christ.

 

Proche est ta parole, Seigneur, Dieu notre Père ; proche est ta grâce.
Viens au-devant de nous, avec ta puissance et ta miséricorde.
Ne permets pas que nous soyons sourds à ta parole,
Mais ouvre notre cœur à Jésus-Christ, ton fils,
Lui qui viendra nous chercher et nous sauver,
Aujourd’hui et tous les jours jusque dans l'éternité.

 

Qui que nous soyons, Seigneur, Tu suscites la foi en nos cœurs,
Quoi qu'ils pensent de Toi, Tu connais et acceptes les hommes.
Prononce ta parole sur le monde, envoie ton ciel parmi nous,
Fais luire ton soleil à jamais sur les bons et les méchants.

 

Faites parvenir vos questions ou découvertes à :
Lire l’Evangile Maison diocésaine BP 1016 – 62008 Arras cedex
ou à hennart-eh@orange.fr  
Dossier des évangiles : http://arras.catholique.fr/jean  
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 2474 visites

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