Fiche 5 Jean ch.6 Le Pain de vie

Le Verbe s'est fait chair. Vous aussi, voulez-vous me quitter?

Jésus nourrit les foules (4ème signe) ;

Le discours sur le pain de Vie

 

Lac de Capharnaüm Lac de Capharnaüm  Il est conseillé de lire d'abord le texte de l'Evangile, ch. 6 de Jean avant de lire cette fiche. Le texte ci-dessous est proposé en format pdf en bas de page pour être imprimé en recto-verso.

 

Commencé de l'autre côté du lac, le récit se termine dans la synagogue de Capharnaüm par une confrontation et l'abandon de la plupart des gens.

 

Section précédente
 

La guérison de l’infirme à la piscine de Bézatha avait été le point de départ d’une longue explication où Jésus a précisé que le Père et lui ne font qu’un, qu’il fait les œuvres du Père, tandis que les Juifs refusent son témoignage. Leur interprétation de l’Ecriture ne leur a pas permis de reconnaître en Jésus l’envoyé de Dieu. Or, recourir aux Ecritures est une constante dans les quatre Evangiles, pour affirmer que Jésus est bien l’envoyé dont les Ecritures ont parlé (cf. Emmaüs, le serviteur souffrant et Isaïe, les psaumes, etc.). “Si vous croyiez en Moïse, vous croiriez en moi !” L’effort missionnaire des premiers chrétiens s’est heurté au refus des Juifs. Même saint Paul en a fait l’amère expérience (Actes 13, 46 ; Romains 9).

 

Mosaïque de Tabga Mosaïque de Tabga  

 

Lecture d’ensemble
 

Le ch.6, comme plusieurs chapitres, commence par “un signe” qui sert de point de départ à un discours. Le partage du pain trouve un développement avec “le discours du pain de Vie” (pain : ce qui est le plus nécessaire à l’existence humaine). Il est nécessaire de ne pas séparer l’un de l’autre : le signe et la suite voulue par saint Jean. Trois étapes se succèdent :
- Deux miracles : le pain abondant et la marche sur la mer (1-21)
- Un enseignement dialogué, en cinq échanges (22-59)
- Une finale où apparaît l’effet contrasté de l’enseignement (60-71)

 

De nombreux personnages interviennent : Jésus ; quelques proches nommément désignés ; les disciples, les Douze dont Pierre et Judas, la foule ; les Juifs ; le Père ; l’Esprit ; les pères (Hébreux au désert). Trois lieux : la montagne, le lac, la synagogue de Capharnaüm. (Faire le repérage des personnages, lieux ou temps, ne donne pas la solution à nos questions, mais cela nous rend plus attentifs à ce qui est écrit.). On n’oubliera pas le projet de Jean, affirmé en fin d’évangile (20,31) : donner les éléments qui aident à découvrir les liens de Jésus au Père, à croire en sa Parole et ainsi obtenir la vie.

 

Pour respecter les intuitions des maisons d’Evangile
Selon les connaissances que nous avons déjà, nous pourrions multiplier des réflexions autour de la manne au désert, du lien avec l’Eucharistie, du corps mystique, du festin sur la montagne ou festin messianique annoncé dans l’Ancien Testament. Des formules propres à Jean devraient être étudiées comme “Je suis”, ou “Je suis le pain de la vie”, (“Je suis la vigne, la porte, le chemin, la lumière, la vérité, la vie”). De même les quiproquos à propos du pain matériel et du pain du ciel (comme l’eau pour la Samaritaine ou la nourriture proposée par deux disciples, 4,31-34) ; ou “manger la chair du Fils de l’homme”. Méprise entre le prophète ou la royauté selon les Juifs et selon Jésus.

 

L’objectif d’une maison d’Evangile est de faire une lecture d’ensemble, de relier entre eux des éléments de la pensée de Jean, et non de disserter sur chaque élément comme on le ferait au cours d’une formation. Objectif : donner le désir d’aller plus loin dans la compréhension des Ecritures pour en vivre. Comment retentit pour nous la question de Jésus aux Douze : “Et vous, allez-vous me quitter ?” (6,67). Puissions-nous donc être davantage en communion avec Jésus, avec les chrétiens d’hier et d’aujourd’hui, conscients des multiples approches de Jésus offertes par les Ecritures. Trois temps de la foi sont sous-entendus dans ce récit : comment croire en Dieu dans le désert, au temps de la manne ? Comment croire en Dieu au temps de Jésus, Verbe incarné ? Comment croire en Dieu dans l’Eglise par la médiation de l’Eucharistie ?

 

Récits et dimensions symboliques. Pour Jean, il y a une volonté d’aller au-delà des faits racontés vers des significations symboliques multiples. Ainsi, vouloir fixer à Tabga le lieu du miracle risque de faire oublier que cela se passe sur la montagne où Jésus s’assied (montagne comme lieu de révélation, lieu d’enseignement. Cf. discours sur la montagne en Matthieu 5,1-2). C’est “de l’autre côté du lac”, sous-entendu en territoire païen, donc un “Evangile pour tous”. Dans l’Ecriture, la manne, le repas sur la montagne, évoquent l’initiative de Dieu pour tous (cf. le repas messianique Isaïe 25 ou 66, 18-22). L’évocation de la Pâque et de la sortie d’Egypte renvoient à la future Pâque de Jésus. Les v. 54-59 font allusion à la mort/résurrection et ne peuvent être compris sans se référer à l’évènement pascal. Nous sommes donc obligés de “prendre ce que nous pouvons”, dans la multiplicité des sens qui nous sont offerts !!! Ne soyons pas étonnés si nous n’avons pas tout vu ni tout retenu ni tout compris ! Aux v.6-9 les apôtres sont confrontés à l’impuissance de nourrir la foule… n’est-ce pas aussi l’impuissance des chrétiens d’hier comme d’aujourd’hui, de donner accès à la communion à Jésus, pain de la vie ? L’essentiel est d’avoir pu faire un bout de chemin en communautés de croyants, et de reconnaître que celui qui donne le pain n’est pas Moïse, mais Dieu lui-même et Jésus son envoyé. Les Juifs (les adversaires de Jésus) ne feront pas ce passage.

Lac de Capharnaüm Lac de Capharnaüm  

 

La méprise sur le grand prophète qui doit venir (14-15) reflète l’incompréhension. Quelle est exactement la quête des Juifs quand ils suivent Jésus… jusque dans la synagogue ? N’en restent-ils pas à une quête terrestre et possessive, d’où l’échec de leur rencontre avec Jésus. En ne voyant en Jésus que le fils de Joseph, en n’attendant de lui que le dispensateur de biens matériels, leurs yeux ne peuvent pas voir plus loin : Jésus, le pain qui donne vie au monde. La rupture, c’est d’attendre que cela nous “tombe tout cuit dans le bec”, alors que Jésus invite ceux qui le suivent à se nourrir de lui et à devenir pain de vie avec lui (v. 53-59).

 

Ne voir que le fils de Joseph c’est aussi une manière de refuser l’incarnation, le Verbe venu en notre chair : manger le corps et reconnaître Dieu fait proche. La “chair et le sang”, l’un et l’autre ensemble, signifie “c’est moi tout entier”, objection à ceux qui ne retiennent de Jésus que ce qui les intéresse et non l’entièreté de son enseignement et de sa proposition de vie.

 

Zoom : 6, 60-71. La décision de la foi


Epreuve de vérité et rupture, comme dans les synoptiques. Le langage cru des versets 51-59 n’a pas aidé ! Il y a peut-être aussi une réaction de la première Eglise face aux courants gnostiques qui se développaient (négation que Jésus soit vraiment incarné, fait chair). Cette finale évoque les défections : de la part des Juifs et dans le groupe des disciples et même chez les Douze. C’est aussi la trace des tensions et départs au sein de l’Eglise de saint Jean, pas seulement au temps de Jésus.

 

Si la première génération de chrétiens a pu se rassembler autour du repas eucharistique comme mémoire vivante et communion au Seigneur, il n’est pas sûr que la génération suivante (vers 60-80), dont beaucoup n’avaient pas l’expérience du judaïsme, aient maintenu la fidélité à cette assemblée. Même aujourd’hui ne dit-on pas : “Je suis chrétien mais je ne vais pas à la messe…” Que devient le signe de la communion au Christ et aux frères ?

 

Aux versets 60-71, Jean rend compte de ce que produit l’enseignement de Jésus : “Et vous… ?” au temps de Jésus, dans les années 80, mais aussi aujourd’hui encore auprès des croyants. Beaucoup quittent, d’autres sont encore là que Jésus interroge. Pierre répond au nom du petit reste (les Douze). On ne peut pas dire que la réponse soit enthousiaste (beaucoup moins qu’à Césarée, selon Matthieu 16,16).

Relation et désaffection. Plus la relation de Jésus au Père (sa dimension divine) est explicite, plus la désaffection à son égard grandit. Maintenant, ce dont il est question, c’est bien la suivance de Jésus.
 

L’épreuve porte sur l’identité, reconnue ou non, de Jésus avec le Dieu révélé au Sinaï. L’expression “Je suis” évoque le nom révélé à Moïse ; or ce nom “Je suis”, Jésus se l’attribue à plusieurs reprises. Ceci est considéré comme un blasphème puni de lapidation, cf. 10, 33-36 : “Nous te lapidons pour un blasphème et parce que toi, n'étant qu'un homme, tu te fais Dieu.” Simon-Pierre et ses compagnons ont fait l’expérience qu’il y avait du divin en Jésus, le Saint de Dieu, et découvert sa très grande proximité et intimité avec Dieu.

 

Pour aller plus loin

 

Amen, amen, ou en vérité, en vérité… Cette expression, rencontrée de temps à autre dans les Evangiles, est un signal d’alerte de la part de l’auteur, sur l’importance de ce qui va suivre… Les scribes de ce temps-là n’avaient à disposition ni mot souligné, ni caractère gras, ni encadré ou autre technique. “Amen, Amen” n’a d’autre intérêt que d’éveiller l’attention de l’auditeur !

 

Satan, diable. Cf. Pierre traité de Satan à Césarée, en Matthieu 16, 23. L’épreuve est de reconnaître un messie humilié, crucifié. Pierre ne l’accepte pas. Plus tard, il passera aussi par l’épreuve du reniement… Dans ce chapitre, on est passé de la révélation glorieuse, mais extérieure, du pain multiplié comme au temps de l’Exode, à la Révélation d’un Jésus envoyé du Père, mais dont on s’éloigne. La fin de la section précédente avait montré la rupture entre les Juifs et Jésus. Ici, se dévoile la rupture à l’intérieur même du cercle des proches disciples… et laisse entrevoir Judas et Pierre au moment crucial de la Passion.

 

 

Synagogue 3ème s. Capharnaüm Synagogue 3ème s. Capharnaüm  Le court épisode sur la mer (16-21) diffère des synoptiques. Au milieu de la mer et dans l’obscurité, les disciples (et l’Eglise) sont affrontés aux forces hostiles. Avec la présence de Jésus, ils arrivent à destination.

 

Entre la manne et la Cène. Le ch. 6 est à interpréter d’abord en référence à l’Exode et à la manne, qui font partie de la tradition juive, selon laquelle Dieu donne la vie à son peuple. Nous sommes plus sensibles au rapprochement avec la Cène et le pain rompu. Or le sens de la Cène s’enracine dans l’Exode. Notre plus faible connaissance de l’Ancien Testament oriente notre interprétation vers l’Eucharistie. Jean a écrit bien après le temps de la Cène, alors que les chrétiens avaient une longue pratique de l’Eucharistie. A nous de percevoir la triple épaisseur du récit : l’enracinement dans l’Ancien Testament ; l’histoire de Jésus ; la relecture chrétienne.

 

Moïse et Jésus. Moïse était considéré comme le médiateur entre Dieu et son peuple. Désormais, Jésus est l’unique médiateur entre son Père et les hommes (cf. 1,1). L’homme-Jésus se désigne comme le Fils de l’homme et Dieu lui-même, en reprenant à son compte l’expression “Je suis”. Or, c’est le nom sous lequel Dieu se révèle à Moïse. La manne est le moment où se vérifient la foi ou l’infidélité du peuple. Le discours sur le pain de vie est le moment où se vérifient la foi ou l’incrédulité des gens au contact de Jésus (60-71). Le récit de la manne, comme le discours du pain de vie, affirment la présence de Dieu, malgré le péché et le rejet. Le péché de la foule est de n’avoir pas compris que la rencontre avec Jésus est le don de Dieu pour eux.

 

Le ‘Verbe qui se fait chair’, le ‘pain qui est à manger’… expriment que le Christ n’est pas un pur esprit, un monde des idées, mais qu’il a consistance humaine. Tel est le motif du réalisme des expressions ‘manger mon corps’, ‘boire mon sang’. De fait, le corps du Christ sera livré, crucifié pour la vie du monde. La nourriture sacramentelle (pain-vin) devient un moyen nécessaire pour atteindre la communion personnelle avec Lui. Il est aussi significatif que Jean situe, au ch. 13, en lieu et place de la Cène, le service du frère (Diaconia) qu’est le lavement des pieds Le pain fait chair ne nous éloigne pas du frère, bien au contraire, il nous en rend proche… Cela aussi a pu éloigner les gens qui trouvaient le langage de Jésus trop cru… tout autant que laver les pieds d’une jeune musulmane (le pape François le Jeudi saint dans une prison à Rome).

 

Prier la Parole
 

Pain rompu pour un monde nouveau,
Gloire à toi, Jésus Christ !
Pain de Dieu, viens ouvrir nos tombeaux,
Fais-nous vivre de l’Esprit !

 

1 - Tu as donné ton corps pour la vie du monde.
Tu as offert ta mort pour la paix du monde.

2 - Tu as rompu le pain qui restaure l’homme,
A tous ceux qui ont faim s’ouvre ton Royaume.

3 - Ton corps est un levain de vie éternelle.
Tu sèmes dans nos mains ta Bonne Nouvelle.

4 - Quand retentit pour toi l’heure du passage,
Tu donnes sur la croix ta vie en partage.

5 - Tu changes l’eau en vin pour la multitude.
Tu viens briser les liens de nos servitudes.

6 - Les pauvres sont comblés de l’amour du Père.
Son règne peut germer dans nos cœurs de pierre.

7 - Ton corps brisé unit le ciel à la terre.
Dieu nous promet la vie en ce grand mystère.

8 - Nous proclamons ta mort, pour que vive l’homme ;
Seigneur ressuscité, vienne ton royaume !
Claude Bernard. D283


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Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 4661 visites