L’aujourd’hui de Dieu

Editos Eglise d'Arras n°15

“Ils ont Moïse et les prophètes !” Qui ne connait cette réplique du Tout-Puissant à la prière du riche qui appelle pour avertir les siens de changer de vie ? “Ils ont Moïse et les prophètes !” Ils ne pouvaient donc pas dire qu’ils ne savaient pas ! Depuis deux ans, des hommes, leurs femmes et leurs enfants sont massacrés ou exilés. On ne peut plus dire qu’on ne savait pas. Une journée de prières et de jeûne, universellement répercutée, aura fait que les derniers à ne pas savoir, désormais sont au courant.

 
Depuis le début de l’année dans notre diocèse, des réfugiés Syriens tentent de fuir la misère et la mort. On ne savait pas. Depuis, le pape est allé à Lampedusa, quelques-uns se sont éveillés devant le drame des réfugiés. Mais on ignore tout du nombre des décédés sur le chemin ou dans la mer. Début septembre, d’importantes forces de police, à Calais, ont vidé des squats de leurs occupants. Il semble que les Syriens aient été particulièrement visés. Dans quelle église a-t-on entendu les échos de ces drames à notre porte ? Un indigné a élevé une protestation : “Pourquoi le pape ne viendrait-il pas à Calais ?” Seul le silence de l’été lui a répondu. Au même moment, cet été, des journalistes d’éditions locales et nationales téléphonaient en vue de faire un reportage sur les vidéosurveillances dans les églises. Il leur a été demandé s’ils étaient informés de l’insécurité des Syriens à Calais… Leur seule réponse a été le silence : cela ne les concernait pas.
 
Au cœur de l’été encore, un journaliste espagnol, Jorge Oesterheld, reprenait les paroles du pape François au Brésil. Pour lui, le pape veut éveiller l’attention des chrétiens et de leurs pasteurs à l’actualité, à l’aujourd’hui de Dieu. Cela peut inspirer les chrétiens pour leurs intentions de prière universelle, ou les rédacteurs de la presse paroissiale pour le choix de leurs sujets : « Dieu est réel et se manifeste dans « l’aujourd'hui » (...) « L’aujourd'hui » est le plus proche de l'éternité ; plus encore : « l’aujourd'hui » est l’étincelle d'éternité. Dans « l’aujourd'hui »  se joue la vie éternelle.” »
 
Ainsi, s’intéresser à l’aujourd’hui, à l’actualité, ce n’est pas se distraire dans l’anecdotique ou le superficiel. Jésus se rendait proche des êtres humains qu’il rencontrait. Dans “leur aujourd’hui de ce temps-là”, il témoignait de l’amour de Dieu pour eux. C’est à nous aujourd’hui, d’aller à la rencontre d’hommes et de femmes, dans le concret de leur vie, attentif à leurs joies et leurs peines, à leurs maladies et à leurs attentes.
Dieu s’est révélé proche parce qu’il est sorti à la rencontre des gens de Galilée ou de Judée, et même de Samarie. Dieu s’est inscrit dans notre histoire…. Non pas en général mais dans le concret. C’est cette veuve qui met une pièce dans un tronc, cette autre qui enterre son fils unique, ou cette femme de péché, rencontrée sur la place publique, à qui Il dit “Va en paix”, se refusant à la condamner. C’est aussi cet aveugle qu’on veut écarter de son passage, ou cet handicapé qui attend depuis 38 ans, ou ce publicain à la table des comptes qu’il ose appeler comme disciple.
 
Lire les Evangiles, attentifs aux détails de chaque rencontre, attentifs au cœur à cœur qui se joue, comme pour la Samaritaine, cela peut devenir le moyen de notre propre évangélisation. Au moment d’écrire les premières lignes du synode, puissions-nous, souhaiter une Eglise renouvelée, qui aille à la rencontre d’une humanité toujours en recherche. Comme Jésus, soyons capables de nous asseoir à côté d’elle pour entrer en dialogue. Comme l’affirmait François : “Il y a des pastorales organisées avec une telle dose de distance qu’elles sont incapables d’arriver à la rencontre : rencontre avec Jésus Christ, rencontre avec les frères”. Soyons imaginatifs.
 
Abbé Emile Hennart.
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