Pour que les hommes aient la vie

Edito n°2

 

 
L’annonce de la prochaine visite du pape en Terre sainte, associée à la rencontre avec le patriarche Bartholoméos 1er de Constantinople réveille en nous une autre visite, celle de Paul VI en 1964. Il y a cinquante ans. Les aînés se souviendront de l’accolade de Paul VI avec le patriarche Athénagoras de Constantinople, mettant fin à un millénaire de séparation et d’excommunications réciproques. Peut-être cette annonce sera-t-elle source d’une plus grande ferveur à l’occasion de la semaine annuelle de prière pour l’unité des chrétiens.
 
Des congrès, des colloques chercheront à rendre plus compréhensibles les origines des séparations et les moyens de les dépasser, mais cela ne suffira pas tant que ne s’inscrit pas au cœur de chacun le désir de se reconnaître fils d’un même Père. Nous pourrons nous réjouir de voir progresser le souci de se rencontrer, de se parler, de grandir en fraternité… ce progrès passera par la reconnaissance mutuelle, car nous sommes appelés par Dieu-Père à une même destinée, “puisqu’il a décidé d'élever les hommes à la communion de sa vie divine” (Lumen Gentium 2)
 
Fraternité entre chrétiens, fraternité au sein d’une humanité déchirée, fraternité à développer au moment où quelques histrions préfèrent rire de tout et de tous, qu’ils soient handicapés, jaunes, noirs ou tout simplement réduits en cendres par des barbares. Nous sommes descendants de ces hominiens qui, il y a un million et demi d’années quittèrent le rift africain pour établir des campements à proximité du lac de Tibériade à Oubeidiyeh. La tradition chrétienne a gardé la certitude, à cause de Jésus de Nazareth, qu’il ne peut désormais y avoir de différences entre les hommes, car tous sont appelés à la même fraternité. Paul écrivait aux Ephésiens pour qu’ils se supportent les uns les autres avec charité ; conservant l'unité de l'Esprit par le lien qu'est la paix. Car il n’y a qu’un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous. (Ephésiens 4,6).
 
La 100ème journée du réfugié et du migrant vient opportunément rappeler que la reconnaissance de l’autre est toujours à faire. Ce n’est pas acquis, c’est à développer. Heureux ceux qui se donnent pour mission de travailler au rapprochement des peuples. La mission n’est pas facile quand des idéologies ou des intérêts divergents entretiennent des rejets et des guerres fratricides. L’actualité des guerres, en Afrique, au Mali, au Soudan ou en RCA ; en Asie, en Afghanistan, en Irak ou en Syrie rappelle la capacité de haine que l’homme est capable de développer. Les funérailles de Nelson Mandela auront été un temps de ferveur communautaire… pour combien de temps, si chacun laisse retomber l’émotion, oubliant de mettre en œuvre ce qu’on vient de célébrer.
 
Le temps de Noël fut un temps où ont été mises en avant quelques unes des actions pour devenir un peu plus frères : à Saint-Léonard, en Morinie, à Bully ou en mission ouvrière... Nous croyons que chacune de ces actions participe à rendre présent et vivant l’amour du Christ pour tous. Dans notre prière, nous n’oublierons pas les communautés religieuses dont les membres renouvellent leurs vœux le 2 février, fête de la Présentation du Seigneur.
 
La première session du synode, la préparation des formations pour les EAP viennent rappeler aux paroisses l’importance de faire communauté, non seulement pour la gloire de Dieu, mais aussi pour le salut du monde, signe que la liturgie n’est pas seulement céleste, mais qu’elle prend chair dans le pain et le vin offerts et partagés, pour que les hommes aient la vie.
 
Abbé Emile Hennart
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