Fiche 6 Jean ch.7 à 8,11

Rejet de Jésus lors de la fête des tentes

Jean chapitre 7 à 8,11

Rejet lors de la fête des tentes. La femme adultère.

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Fête ds tentes à Arad Fête ds tentes à Arad  Chez Jean, le temps des conflits a commencé très vite, dès la fin du ch.2 quand Jésus a chassé les vendeurs du Temple. Les Juifs lui avaient alors demandé des signes. Après Nicodème et la Samari-taine, à partir du ch. 5, Jean développe les motifs des conflits : Jésus, envoyé du Père, accomplit les œuvres du Père et l’Ecriture confirme l’autorité de Jésus. Autre motif de conflit au ch. 6 : le discours du pain de vie invitait à croire en Jésus qui se fait l’égal de Dieu, qui donne le pain de la Vie, comme Yahvé au désert. La plupart abandonnent alors Jésus. Chaque rencontre de Jésus avec les Juifs rend plus explicite le conflit entre Jésus et les autorités juives.

 

Lecture d’ensemble

Le ch.7 est l’occasion d’une nouvelle confrontation Juifs/Jésus, au cours de la fête des Tentes. A la lecture, il n’est pas difficile de comprendre que le climat est tendu entre Jésus et les adversaires : ‘J’y vais ? J’y vais pas ?’ “Mon temps n’est pas encore venu !” L’attitude des frères de Jésus ou les opinions exprimées par les gens sont autant d’indices : le climat est lourd. Le débat mené par les Juifs sur l’autorité de Jésus, se précise : à quel titre peut-il enseigner ? D’où lui viennent ses connaissances ? D’où vient-il ? Tous les rabbis, scribes et pharisiens enseignaient la Torah, tandis que Jésus enseigne une révélation reçue directement de Dieu. Nous avions le pain venu de Dieu au ch.6, ici Jésus devient source d’eau vive : “Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi et qu’il boive”.

 

Notre lecture est partiellement déformée parce que nous connaissons les réponses… Elles n’étaient pas évidentes pour les interlocuteurs de Jésus. La technique du quiproquo utilisée par Jean est encore à l’œuvre ici : le lieu où va Jésus, l’eau de la piscine et l’eau spirituelle. De cet épisode on retiendra que les gens sont divisés au sujet de Jésus et que, du côté des Juifs (les autorités religieuses) l’hostilité est claire : un pas supplémentaire est franchi avec l’envoi de gardes pour arrêter Jésus, mais sans succès.

 

Les personnes et groupes présents dans le récit

Multiplicité des personnages. Jésus, dont on se demandera s’il n’est pas le Christ. Les frères (selon l’usage habituel, cela signifie les jeunes de la famille, de la même génération que Jésus). Le monde, ici présenté comme haïssant Jésus (ce n’est pas toujours le cas). Les Juifs (ou autorités : parmi elles, des grands prêtres, des pharisiens, Nicodème). Ils sont divisés au sujet de Jésus. La foule avec sa diversité d’opinions sur Jésus, mais les gens ont en commun la crainte des autorités.

 

Du côté de Jésus : Celui qui m’a envoyé, Moïse, l’Ecriture, l’Esprit, les disciples de Judée. Enfin, plusieurs formules impersonnelles, ‘si quelqu’un…’ Nous retrouvons aussi un personnage, Nicodème, qui ose prendre la défense de Jésus sur la base de principes juridiques. Il se fait lourdement remettre en place.

 

Ce chapitre fait apparaître la diversité des opinions à propos de Jésus, sans en choisir aucune : nous sommes en présence d’un espace de points de vues. Cependant les menaces contre Jésus se précisent. On notera le changement de tonalité : Jésus proclame… ce n’est plus un monologue, ni un dialogue avec les gens mais une proclamation. Les gens s’expriment entre eux à propos de Jésus. Aux paroles de Jésus, on oppose les paroles de l’Ecriture. Nicodème essaie d’exprimer une opinion. On retrouvera la forme du dialogue/discussion entre Jésus et les autorités, au cours du chapitre 8.

 

37-52. Jésus debout proclame : “Si quelqu’un a soif”. Ces paroles se réfèrent aux textes de la liturgie juive de la fête des Tentes (voir ci-dessous). Pour Jean, Jésus passe du secret au dévoilement. Il avait dit ne pas venir à la fête, puis était monté en secret ; maintenant il proclame (il crie…). Toute la vie de Jésus semble se nouer ici. Jésus passe de la discussion à l’affirmation, les gens s’interrogent. A la fin du ch.9 la décision de le mettre à mort est prise, avec un début d’exécution. Mais le temps n’est pas encore venu.

 

Le récit de la femme adultère, qui termine la section, semble une rupture entre les discussions du ch.7 et celles du ch. 8 qui commencent par l’affirmation “Je suis la lumière du monde”. 8, 12. Ce sera le sujet de la fiche n°7. De nouvelles discussions se termineront par : “Alors ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter”. Les ch. 7-9 ne forment qu’un seul sujet, en un seul lieu, mais nous avons préféré les présenter en deux sections à cause de leur longueur.

 

Zoom : 7, 11-24. L’enseignement de Jésus

L’enseignement de Jésus intrigue les contemporains. Jésus ou Moïse ? Les premiers versets exposent en quelques mots en quoi la personne de Jésus crée le trouble. Les gens essaient de le référer à Dieu. Mais quelque chose les indispose. C’est quelqu’un de bien, mais d’où vient son enseignement ? La réponse de Jésus est invitation à apprécier ce qu’ils voient, à ‘discerner les signes des temps’ comme on disait avec Jean XXIII, et non à continuer à disserter en intellectuels sur la qualité des diplômes de Jésus. (Au grand prêtre Caïphe, Jésus répondra : “Si j’ai mal parlé, montre en quoi !” Jn 18, 23). En même temps, Jésus les accuse de ne pas agir selon la Loi de Moïse : ‘Vouloir rejeter Jésus et le mettre à mort est, selon Jésus et les chrétiens à sa suite, le signe de leur infidélité à la Loi (cf. fin du ch. 5, 44-47 ou 8, 37-41). S’ils pratiquent la circoncision le jour du sabbat, pourquoi refusent-il la guérison d’un paralysé le sabbat ?

 

En affirmant qu’il cherche uniquement la gloire de Dieu, Jésus invite à comprendre ce pour quoi il est venu, il invite à comprendre le pourquoi des œuvres qu’il fait : pour la gloire de Dieu. Si les gens de la foule restent indécis, les autorités, elles, elles ont déjà choisi et depuis longtemps. Leur critère c’est la Loi. Ils récusent et condamnent Jésus au nom de l’autorité de Moïse, par exemple quand il guérit le jour du sabbat. Jésus prend donc Moïse comme témoin, rappelant qu’on procède bien à la circoncision le jour sabbat. Les Juifs sont donc invités à mettre Jésus et Moïse du même côté, non à les opposer. (cf. 5, 39-47). Ce conflit va réapparaître avec la guérison de l’aveugle-né, 9,14. En fait, deux visions de l’histoire du salut s’affrontent : l’une qui considère la Loi dans son interprétation légaliste, l’autre qui ouvre à la nouveauté devant les situations concrètes qui attendent un geste de bienfait. Ainsi apparaît le visage de Jésus que l’on retrouve dans les expressions comme “Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ”. Jean 3, 19. Le récit de la femme adultère qui suit, constitue un bon exemple.

 

Légalisme et ouverture. Il faudrait sans doute appliquer à notre compréhension de l’Eglise l’attitude du Christ présenté dans l’Evangile. Lors de l’ouverture du Concile Vatican II, Jean XXIII avait insisté pour que ce concile ne soit pas émetteur de condamnations mais qu’il ait un regard bienveillant sur le monde. Par la suite, on parlera de cette époque comme le temps de la réconciliation de l’Eglise avec le monde. C’est en ce sens aussi que le pape François s’est adressé aux jeunes et au monde lors des JMJ à Rio de Janeiro.

 

Pour aller plus loin

 

La femme adultère 8, 1-11.

Ce récit est un cas particulier dans les Evangiles, au sens où les plus anciens manuscrits de Jean ne comportent pas ce récit. Il aurait été rattaché à l’Evangile au cours du 3ème siècle, mais appartient aux plus anciennes traditions sur Jésus. Cette introduction n’a jamais été remise en cause. Pendant un de ses enseignements au cours de la fête, Jésus est interrompu par les scribes et les pharisiens. Ils lui soumettent le cas d’une femme surprise en délit d’adultère. Le dilemme où les autorités enferment Jésus est simple : ou il respecte la Torah (se rappeler le débat ci-dessus) et condamne, ou il laisse parler sa miséricorde envers les petites gens.

Le silence de Jésus montre qu’il n’est pas dupe du piège tendu. Il s’appuie alors sur une prescription de la Torah (Dt 13, 10-11 et 17, 5-7) et affirme que seul le témoin d’un adultère, s’il est lui-même sans péché, peut initier la lapidation. (Sous-entendu, si quelqu’un a péché, il doit d’abord s’appliquer à lui-même la sentence !). On connaît la suite, à savoir la disparition des contradicteurs et donc la levée de l’accusation. Jésus invite alors la femme à choisir un nouveau chemin de vie qui ne compromette pas sa relation avec Dieu. “Va et ne pèche plus” : un avenir est donc offert à cette femme promise à la mort par les légalistes. Jésus n’a pas effacé la Loi, il l’a rendue humaine. Ainsi en est-il de toute rencontre avec Jésus : elle devient une ouverture vers la vie et non enfermement dans la mort. A entendre certaines réflexions du pape François, il semble qu’il ait été à l’école de Jésus.

 

La fête des Tentes (Soukkot)

C’est une fête de pèlerinage qui a lieu à l’automne. Elle est liée aux vendanges et destinée à remercier Dieu en offrant une corbeille de fruits. La fête rappelait le temps où les Hébreux au désert habitaient des tentes. Aujourd’hui encore, les familles religieuses installent des tentes dans leur jardin ou sur le balcon. La fête était aussi en relation avec la dédicace du Temple de Salomon. Chaque jour de la fête, une procession partait de la piscine de Siloé pour amener de l’eau dans un vase d’or jusqu’au Temple. L’eau était versée sur l’autel. On demandait alors au Seigneur que viennent les pluies d’automne indispensables à la fécondité des moissons à venir. Les paroles de Jésus correspondent au cadre liturgique de la fête et aux textes lus à cette occasion : récits des miracles au désert, prophétie d’Ezéchiel 47, où l’eau jaillit du Temple et irrigue toute la région jusqu’à purifier la mer Morte. Ou encore Zacharie 13 et 14. Le huitième jour était l’annonce du renouvellement de Sion à la fin des temps. Dans le récit de saint Jean, l’eau promise ne vient ni de la piscine de Siloé, ni du Temple, mais de Jésus lui-même : “Venez à moi…”. Jésus se présente ainsi comme celui qui peut désaltérer. Quelques lignes plus loin, il proclame “Je suis la lumière du monde” : c’est une allusion au rite de la lumière, le soir de la fête, accompagné de danses et de chants.

 

On retrouve plusieurs mots du langage particulier de Jean : le temps, l’heure, le monde, l’Esprit, glorifié.

 

Prier la Parole

Nous aimons notre Eglise

Nous aimons notre Eglise, avec ses limites et ses richesses,

c'est notre Mère. C'est pourquoi nous la respectons,

tout en rêvant qu'elle soit toujours plus belle :

 

Une Eglise où il fait bon vivre,

où l’on peut respirer, dire ce que l'on pense.

Une Eglise de liberté.

 

Une Eglise qui écoute avant de parler,

qui accueille au lieu de juger,

qui pardonne sans vouloir condamner,

qui annonce plutôt que de dénoncer.

Une Eglise de miséricorde.

 

Une Eglise où le plus simple des frères

comprendra ce que l'autre dira,

où le plus savant des chefs saura qu'il ne sait pas,

où tout le peuple se manifestera : une Eglise de sagesse.

 

Une Eglise où l'Esprit-Saint pourra s'inviter

parce que tout n'aura pas été prévu,

réglé et décidé à l'avance… Une Eglise ouverte.

 

Une Eglise où l'audace de faire du neuf

sera plus forte que l'habitude de faire comme avant.

 

Une Eglise où chacun pourra prier dans sa langue,

s'exprimer dans sa culture, et exister avec son histoire.

Une Eglise dont le peuple dira non pas :

“voyez comme ils sont organisés",

mais “voyez comme ils s'aiment”.

 

Eglise de chez nous,

Eglise des banlieues, des rues et des cités,

Tu es encore petite, mais tu avances.

Tu es encore fragile, mais tu espères.

Lève la tête et regarde : le Seigneur est avec toi.

 

Mgr Guy Deroubaix.

 

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Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 1729 visites