Fiche 7 Jean 8, 12 à 59

La lumière du monde.... Je Suis

Jean chapitre 8,12-59

Je suis la lumière. Les fils d’Abraham “Je suis”.

 

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Cette section est la suite du débat, commencé au ch.7, entre Jésus et les Juifs, à Jérusalem, dans l’enceinte du Temple, lors de la fête des Tentes. Nous avons pu voir Jésus passer du secret à la proclamation de qui il est. Des gens ont exprimé des opinions différentes à son sujet. Les autorités juives ont choisi l’opposition radicale à Jésus et projeté sa mort. Nicodème a pris la défense de Jésus. En présentant une femme prise en flagrant délit d’adultère (ch.8), les autorités juives espéraient mettre Jésus en contradiction avec la Loi de Moïse ou l’obliger à mettre des limites à l’esprit de miséricorde. Or Jésus n’est pas venu pour condamner mais pour que tout homme (et toute femme) ait la vie (cf. 3, 17 et 12, 47). Entre le légalisme des autorités juives et la miséricorde de Jésus, il semble n’y avoir aucune entente possible. Avant de condamner quiconque, chacun des accusateurs est invité à faire retour sur soi. “Personne ne t’a condamnée ? Moi non plus !”, conclut le paragraphe inséré au milieu des discussions sur l’identité de Jésus. L’expression “Je suis” apparaît ; l’accusation des Juifs sur leur refus de croire va se développer dans la suite du récit.

 

Lecture d’ensemble

Temple de Jérusalem Temple de Jérusalem  
Maquette à Jérusalem. Le Temple, parvis des païens, parvis des juifs, ,(non visible: le saint des saints).
Maquette à Jérusalem. Le Temple, parvis des païens, parvis des juifs, ,(non visible: le saint des saints).
C’est la suite des discussions avec Jésus, dans le Temple. Jésus n’en sortira qu’à la fin du ch.8, après avoir réaffirmé qui il est. Plusieurs fois revient l’expression “Je suis”. Saint Jean n’a pas pu associer cette expression biblique à Jésus, s’il ne l’avait entendu de Jésus lui-même. Mais Jean organise son récit de manière à ce que le questionnement sur l’identité de Jésus, qui progresse depuis plusieurs chapitres, trouve enfin réponse : elle réside dans l‘affirmation du lien au Père. Une telle prétention équivaut à un blasphème et la sanction dans le judaïsme en est la lapidation.

L’annonce de la mort. Au cours de la lecture nous pouvons repérer le climat qui annonce, de manière plus ou moins explicite, la séparation de Jésus d’avec les siens, sa mort. Ici encore un quiproquo survient sur le, lieu où il va (8,22 rappelle 7, 35) : va-t-il aller prêcher dans la diaspora (au milieu des nations païennes), ou se suicider ? Mais Jésus parle de sa relation au Père vers qui il va.

 

Le nom d’Abraham. Une particularité dans ce récit : dix fois le nom d’Abraham est cité, et c’est la seule évocation en Jean. Dans le Nouveau Testament, il est plusieurs fois fait référence à Abraham, souvent au sujet des vrais fils d’Abraham. En Jean, la discussion porte sur la vraie filiation à Abraham en référence aux œuvres bonnes ou mauvaises. Les Juifs sont considérés par Jésus comme exclus de la descendance parce que leurs œuvres sont mauvaises. Il ne suffit donc pas d’être de la race d’Abraham, encore faut-il se comporter comme lui et accomplir les œuvres du Père.

 

Le contexte des années 80. Ne pas oublier que l’écriture de l’Evangile vers 80-90, se fait, alors qu’historiquement la rupture entre Juifs et chrétiens est toute récente, et le récit de Jean en porte la trace. Le temps chronologique, chez Jean et les anciens, n’est pas le nôtre, devenu trop rationnel. Jean mélange les trois temps : d’Abraham, de Moïse et de Jésus. C’est une conséquence de l’affirmation de la préexistence de Jésus (Jn, 1,1) qui abolit (ou plutôt comprime) les notions de durée dans le temps des hommes et de Jésus ; notre esprit peut avoir du mal à accepter cette manière de comprendre le temps selon Jean.

 

De nombreux mots appartiennent au langage de la justice : loi, juger, jugement, témoignage, accuser, arrêter. Autant de raisons pour se rappeler que le “livre des signes” (ch. 1 à 12) est aussi l’accumulation des pièces d’un procès qui aboutira à la condamnation et à l’exécution de Jésus. L’appel à croire et à suivre Jésus trouve un début de réponse en 8,30 : “Alors qu’il parlait ainsi, beaucoup crurent en lui.” Foi de beaucoup et incompréhension dans l’auditoire sont ainsi conjointes dans le même récit.

12-20 Validité du témoignage de Jésus.
21-30 Origine et destination divine de Jésus.
31-59 La vérité libératrice et la descendance d’Abraham. (A ceux qui ont cru, Jésus rappelle qu’en Abraham ils ont déjà été élus et ont reçu la foi. Cependant ce n’est pas ‘l’identité héritée’ qui est décisive, mais celle qui est donnée par le Fils et ses œuvres.)

 

S’il faut tenter une explication aux incompréhensions des adversaires de Jésus, il faut peut-être la chercher dans leur vision toujours terre à terre, où le seul horizon est le monde immédiat. Le monde de Dieu auquel Jésus appartient leur est inaccessible. Penser à la manière des hommes (selon la chair) ou penser à la manière de Dieu (selon l’esprit), tel est le choix à opérer, Jean le disait dans le prologue : recevoir ou ne pas recevoir le Verbe de Dieu.

 

En affirmant “Je suis”, Jésus pose son existence parmi les hommes, au milieu d’eux et non en dehors, une existence qui révèle Dieu. Jésus invite à entrer en sa présence, à s’inscrire dans le présent d’une adresse directe, d’une “inter-locution vive” et à y engager sa propre voix. Les lecteurs de l’Evangile, et nous à leur suite, nous sommes appelés à devenir interlocuteurs de “Je suis”, après avoir été interloqués par tant d’audace. En affirmant “Je suis”, c’est comme si Dieu disait : “Me voici”. En sa personne, Jésus donne à voir Dieu, à connaître Dieu. Cf. “Au commencement le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu.” Jn 1,1. Mais il ne sera pas reçu.

 

 Zoom : 8, 12-20 controverses entre Jésus et les pharisiens

C’est le premier temps du débat. Il porte sur la validité du témoignage de Jésus. La suite constitue le développement et la justification de l’affirmation. Le zoom n’aborde que le premier temps de l’échange entre Jésus et la foule. Ce sont les pharisiens qui répliquent à la parole de Jésus : “Je suis la lumière du monde”. Cette parole est un transfert de sens à propos de la fête de la Lumière au dernier jour de la fête des Tentes. Ce dernier jour étaient rappelés les épisodes de l’Exode où Dieu est présenté comme une colonne de feu, une nuée lumineuse pour guider le peuple au désert. Les adversaires refusent d’entrer dans le langage de Jésus qui affirme “Je suis la lumière du monde”. Ils mettent en doute la légitimité de sa parole, la légitimité du témoignage qu’il porte sur lui-même.

 

Jésus fait alors appel à un autre témoin : “Celui qui m’a envoyé”, qu’il qualifie ensuite de “mon Père”. Là encore, quiproquo certes légitime, entre père terrestre et père céleste, qui se termine par une accusation : “Vous ne me connaissez pas”. On a déjà vu ce type de débat avec semblable accusation à la fin du ch. 5, à propos du témoignage, des Ecritures et du refus des Juifs. Déjà au ch.3 avec Nicodème, le début de l’échange portait sur la notion de témoignage, reçu ou non reçu, du ciel ou des hommes… Entre l’appel à témoin (Jean-Baptiste) au ch. 1 et l’appel à Témoin ici (le Père), il y a durcissement sur l’accusation des opposants à Jésus. Cela sera plus précis et plus accusateur encore par la suite (8, 21-29) et plus encore avec la fin du débat, après les propos sur la descendance d’Abraham (8, 52-59).

 

[La lecture de Matthieu nous avait fait découvrir la méditation de la figure de Moïse et de Jésus, nouveau Moïse. La lecture en continu de l’Evangile de Jean nous fait découvrir une autre méditation, cette fois sur l’ensemble de l’Exode (sortie d’Egypte et temps au désert). Les évènements de l’Exode servent à présenter et comprendre qui est Jésus (cf. la manne, l’eau, la lumière, le serpent, “Je suis”, etc.). Pour nous, c’est l’occasion de découvrir par petits morceaux un peu de l’Ancien Testament, mais il ne faudrait pas chosifier ce dont parlent les récits de l’Exode, car l’Ecriture évoque davantage une expérience spirituelle et donc symbolique, à partir d’évènements concrets. En rester au concret des situations, c’est oublier l’expérience spirituelle de la rencontre du peuple hébreu avec le Dieu de l’Alliance.]

 

 

Pour aller plus loin

“Je suis” (en grec ego eimi, c’est moi), revient 24 fois dans l’Evangile de Jean. C’est significatif de la compréhension que les chrétiens ont eue de Jésus. (“Je suis” est le nom révélé par Yahvé à Moïse, Ex.3,14). Le dévoilement divin culminera dans l’élévation sur la Croix : “Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, vous saurez que ‘Je suis’ ” 8,28. Les chrétiens, éclairés par la résurrection, feront le lien entre le Nom révélé à Moïse et Jésus-Christ. Ce qui a commencé dans la rencontre de Dieu avec son peuple s’est poursuivi au long de l’histoire d’Israël et s’accomplit en la personne de Jésus. Plus que “envoyé du Père”, Jésus est reçu comme Dieu lui-même : “Je suis”. (ch.5, v.19, puis ch. 8,28 et 8, 58). Les Juifs l’ont bien compris qui ramassent des pierres pour le lapider.

 

Le Temple et Jésus.

Dès le début de l’Evangile, le Temple est associé à la personne de Jésus : “Détruisez-le et en trois jours je le rebâtirai. Il parlait de son corps…” 2, 14-15 et 19-21). Pour l’eau vive, c’est le Christ qui devient source d’eau vive, à la place du Temple. Ici, tout à la fois, Jésus enseigne dans le Temple, affirme être celui qui donne en plénitude ce que le Temple ne peut donner qu’imparfaitement : “Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ” Jn 1, 17.

 

Abraham. Aux v. 31-59, troisième temps de la discussion, Jésus invite les Juifs à adhérer à ses paroles, à être ses disciples et ainsi, connaître la vérité de Dieu et devenir des hommes libres. Les Juifs en appellent alors à Abraham dont ils se disent les descendants. En bon dialecticien, Jésus s’engage dans la brèche ouverte par les Juifs pour leur faire remarquer qu’ils ne sont même pas de vrais fils d’Abraham, sinon ils ne chercheraient pas la mort de celui qui leur parle de Dieu. “Notre père c’est Abraham”, disent-ils.

De même qu’au ch.5 et en 6,32, Jésus avait fait comprendre aux Juifs la distance entre eux et Moïse, de même ici, il manifeste la distance entre Abraham et eux : la filiation n’est pas seulement un titre hérité, la filiation se manifeste par les œuvres accomplies dans le même esprit, par la foi en la Promesse donnée à Abraham. On peut dire qu’à partir de ce moments fusent les “noms d’oiseaux” : diable, fils du mensonge, Samaritain, possédé. Inutile de préciser que désormais, les ponts sont coupés, comme l’affirmera le dernier verset du ch.8 : “ils ramassent des pierres pour les lancer contre Jésus”.

L’Evangile de Jean est le seul texte du Nouveau Testament à insister sur Jésus fils d’Abraham : Abraham et Jésus sont dans le même sillage. La promesse faite à Abraham ne s’arrête pas à une descendance charnelle… elle culmine dans la venue de Jésus. Or les Juifs refusent de reconnaître les œuvres que le Fils accomplit : ils n’écoutent pas les paroles de Dieu.

 

Je suis. L’insistance à dire “Je suis” (8, 28, 58) est une volonté manifeste d’exprimer qui est Jésus. Cette expression est une manière d’affirmer que Jésus est le visage de Dieu pour les êtres humains. A côté de la forme absolue “Je suis”, se trouvent sept paroles avec un complément : Je suis le pain de Vie ; je suis la Lumière du monde ; je suis la porte ; je suis le bon berger ; je suis la résurrection et la vie ; je suis le chemin, la vérité et la vie ; je suis la vigne. Ces formulations expriment le sens profond de la révélation, ce que l’homme cherche et trouve en Jésus : le pain, la lumière, le berger, etc.

 

Prier la Parole

 

        Peuple de lumière

Peuple de lumière, baptisé pour témoigner,

Peuple d’Evangile, appelé pour annoncer

Les merveilles de Dieu pour tous les vivants.

 

Vous êtes l'Evangile pour vos frères, si vous suivez mon exemple,
Pour demeurer dans la charité : Bonne nouvelle pour la terre !
Vous êtes l'Evangile pour vos frères, si vous gardez ma parole,
Pour avancer dans la vérité : Bonne nouvelle pour la terre !
Vous êtes l'Evangile pour vos frères, si vous marchez à ma suite,
Pour inventer le don et la joie : Bonne nouvelle pour la terre !
Vous êtes l'Evangile pour vos frères, si vous laissez vos offenses,
Pour déclarer à tous le pardon : Bonne nouvelle pour la terre !
Vous êtes l'Evangile pour vos frères, si vous luttez dans le monde,
Pour apporter le droit et la paix : Bonne nouvelle pour la terre !
Vous êtes l'Evangile pour vos frères, si vous chantez ma promesse,
De m'établir au milieu de vous : Bonne nouvelle pour la terre !

 

Charles Singer, T 601

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