Pour que le monde croie...

Pour que le monde croie…

Je n’étais pas petite souris au Vatican pour entendre et voir ce qui s’est passé entre les deux François. L’un et l’autre se savaient épiés, en particulier par les catholiques de France d’abord, par les autres Français aussi. Depuis un an, des camps se sont affrontés, recréant une guerre de religion qui n’aurait jamais dû exister. Nous sommes bien loin de la proposition de la foi, telle que les évêques ont essayé d’en parler dans leur “Lettre aux catholiques de France” en 1996.

 

Une expression peut résumer ce qui cause tant de divergences : les questions de société. Que sont-elles, lesquelles intéressent l’Eglise, desquelles l’Eglise –c’est-à-dire nous- se désintéresse-t-elle ? Quels chiffres, quels pourcentages pourraient honnêtement rendre compte des interrogations et des souffrances portées par les chrétiens ou leurs voisins dans leur quotidien, quand ils sont en situation : mariage d’un fils gai, interruption volontaire de grossesse, fin de vie, etc. De quels débats, chrétiens, sommes-nous les témoins et les membres actifs ? De quoi cause-t-on ?

 

En quelques semaines tout arrive sur la place publique : l’antisémitisme, la christianophobie, le mariage gai, l’IVG, les guerres ethniques et économiques, la place des religions dans les conflits, Davos, la fin de vie, les licenciements qui, chaque semaine, mettent des centaines de personnes au ban de la société, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Pour beaucoup de sujets, la passion ne l’emporte-t-elle pas sur la raison ? Y a-t-il débat ou simplement opposition de clan à clan ? De quels éléments de formation et d’information disposons-nous pour affiner notre propre analyse et arguments pour et contre ?

 

Le synode convoqué par les évêques des trois diocèses ne répondra pas à toutes ces questions, mais il est à vivre au sein d’une société en mutation. Des hommes et des femmes d’origines différentes sont invités à entrer en dialogue pour voir, discerner comment les paroisses serviront au mieux le dialogue que Dieu veut entretenir avec chaque homme et chaque femme pour qui son Fils a donné sa vie. La paroisse n’est pas l’unique institution évangélisatrice. Bien d’autres institutions ecclésiales sont aussi richesse de l’Eglise et suscitées par le même Esprit (Evangelii Gaudium §28-29).

 

Dans les débats actuels n’y a-t-il pas la tentation de réduire l’Evangile à un modèle de société, à un modèle de réponse élaboré hier, pour des questions que la vie fait surgir aujourd’hui ? A l’occasion de la journée de la santé, nous mesurons combien est différent le discours quand on disserte de la santé en général et quand on rencontre une personne marquée par la maladie, l’âge ou le handicap.

Il est intéressant aussi de voir comment des solutions économiques, hier rejetées, redeviennent défendables aujourd’hui (ou, inversement) : la place de l’Etat dans la gestion des économies, la thèse de la main invisible qui rendrait le monde meilleur : “Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché”, etc.

 

Comment comprendre et mettre en œuvre l’appel au dialogue du pape François, entre nous d’abord, avec la société aussi, dialogue en vue de l’évangélisation : “L’évangélisation implique un chemin de dialogue pour un meilleur service de l’humain, du social : dialogue avec les Etats, avec la société (cultures et sciences), dialogue avec les autres croyants (d’autres Eglises, d’autres religions) Evangelii Gaudium 238. Peut-être faut-il apprendre à s’asseoir à côté des hommes et des femmes de notre temps afin qu’ils puissent rencontrer le Seigneur, plutôt que de se lever les uns contre les autres, en adversaires déterminés, l’un sachant ce qui est à enseigner à l’autre, l’autre n’étant qu’un mécréant “qui ne connait pas la Loi” (cf. Jean7, 49).

 

Nous devons nous convaincre que la charité « est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques ». (Evangelii gaudium 205)

Abbé Emile Hennart

Pour que le monde croie…

Je n’étais pas petite souris au Vatican pour entendre et voir ce qui s’est passé entre les deux François. L’un et l’autre se savaient épiés, en particulier par les catholiques de France d’abord, par les autres Français aussi. Depuis un an, des camps se sont affrontés, recréant une guerre de religion qui n’aurait jamais dû exister. Nous sommes bien loin de la proposition de la foi, telle que les évêques ont essayé d’en parler dans leur “Lettre aux catholiques de France” en 1996.

 

Une expression peut résumer ce qui cause tant de divergences : les questions de société. Que sont-elles, lesquelles intéressent l’Eglise, desquelles l’Eglise –c’est-à-dire nous- se désintéresse-t-elle ? Quels chiffres, quels pourcentages pourraient honnêtement rendre compte des interrogations et des souffrances portées par les chrétiens ou leurs voisins dans leur quotidien, quand ils sont en situation : mariage d’un fils gai, interruption volontaire de grossesse, fin de vie, etc. De quels débats, chrétiens, sommes-nous les témoins et les membres actifs ? De quoi cause-t-on ?

 

En quelques semaines tout arrive sur la place publique : l’antisémitisme, la christianophobie, le mariage gai, l’IVG, les guerres ethniques et économiques, la place des religions dans les conflits, Davos, la fin de vie, les licenciements qui, chaque semaine, mettent des centaines de personnes au ban de la société, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Pour beaucoup de sujets, la passion ne l’emporte-t-elle pas sur la raison ? Y a-t-il débat ou simplement opposition de clan à clan ? De quels éléments de formation et d’information disposons-nous pour affiner notre propre analyse et arguments pour et contre ?

 

Le synode convoqué par les évêques des trois diocèses ne répondra pas à toutes ces questions, mais il est à vivre au sein d’une société en mutation. Des hommes et des femmes d’origines différentes sont invités à entrer en dialogue pour voir, discerner comment les paroisses serviront au mieux le dialogue que Dieu veut entretenir avec chaque homme et chaque femme pour qui son Fils a donné sa vie. La paroisse n’est pas l’unique institution évangélisatrice. Bien d’autres institutions ecclésiales sont aussi richesse de l’Eglise et suscitées par le même Esprit (Evangelii Gaudium §28-29).

 

Dans les débats actuels n’y a-t-il pas la tentation de réduire l’Evangile à un modèle de société, à un modèle de réponse élaboré hier, pour des questions que la vie fait surgir aujourd’hui ? A l’occasion de la journée de la santé, nous mesurons combien est différent le discours quand on disserte de la santé en général et quand on rencontre une personne marquée par la maladie, l’âge ou le handicap.

Il est intéressant aussi de voir comment des solutions économiques, hier rejetées, redeviennent défendables aujourd’hui (ou, inversement) : la place de l’Etat dans la gestion des économies, la thèse de la main invisible qui rendrait le monde meilleur : “Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché”, etc.

 

Comment comprendre et mettre en œuvre l’appel au dialogue du pape François, entre nous d’abord, avec la société aussi, dialogue en vue de l’évangélisation : “L’évangélisation implique un chemin de dialogue pour un meilleur service de l’humain, du social : dialogue avec les Etats, avec la société (cultures et sciences), dialogue avec les autres croyants (d’autres Eglises, d’autres religions) Evangelii Gaudium 238. Peut-être faut-il apprendre à s’asseoir à côté des hommes et des femmes de notre temps afin qu’ils puissent rencontrer le Seigneur, plutôt que de se lever les uns contre les autres, en adversaires déterminés, l’un sachant ce qui est à enseigner à l’autre, l’autre n’étant qu’un mécréant “qui ne connait pas la Loi” (cf. Jean7, 49).

 

Nous devons nous convaincre que la charité « est le principe non seulement des micro-relations : rapports amicaux, familiaux, en petits groupes, mais également des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques ». (Evangelii gaudium 205)

 

Abbé Emile Hennart

Fermer