Vous avez appris... et moi je vous dis

6ème dimanche ordinaire

Ben Sirac 15, 15-20 ; 1 Corinthiens 2, 6-10 ; Matthieu 5, 17-37.

 

Nous aurons en lecture d’Evangile un très long passage de ce qu’il est convenu d’appeler le sermon sur la Montagne. Dans l’organisation de son Evangile, Matthieu place en tête (ch. 5 à 7) ce qui est une reprise de l’ensemble des enseignements de Jésus au cours de sa vie publique. En les rassemblant en une unité très construite, cela donne plus de poids aux paroles que Jésus a pu prononcer ici et là. Cette technique de reconstruire le discours d’un homme illustre n’est pas propre aux évangélistes. Les écrivains latins du premier siècle en faisant autant quand ils reconstruisaient les discours d’un orateur, d’un tribun, d’un général à son armée… Ce sont des méthodes d’écriture de cette époque alors que bien souvent nous, nous nous imaginons que Jésus a rédigé tel quel ce long discours… L’introduction comme la conclusion du discours comportent des mises en garde redoublées envers ceux qui écoutent (ou n’écoutent pas) et pour ceux qui ne mettent pas en pratique les propos de Jésus. Faut-il lire ces paroles come des commandements ?

 

C’est le reproche qu’on avait fait à Jésus, de ne pas respecter les commandements de Moïse. D’où une première réflexion parfois mal comprise : non pas abolir, mais accomplir…. Jésus ne se présente pas ici sous le régime de l’obéissance aveugle, mais  de la perfection… Or cette perfection, c’est la règle de l’amour… Agir par obéissance ou agir par amour de Dieu et du prochain, tel est le bouleversement que Jésus vient inaugurer. Chacune des propositions (ou plutôt des interdits) est retournée par un appel à plus d’amour, envers le frère, envers la femme. En conclusion Jésus invite à avoir un langage clair, “transparent” dirait-on aujourd’hui.  

 

Le besoin que nous rencontrons souvent est celui de "savoir ce qu’il faut faire…", d’où la multiplication des règles et commandements auxquels il ne restait qu’à obéir, pour être dans le droit chemin. Une sorte d'assurance qui éviterait d'avoir à réflechir et à choisir. Or, le Christ appelle au discernement, à la liberté, au choix libre, et non à l’exécution comme le ferait un esclave de Dieu. La question du discernement est signalée dans le livre du sage Ben Sirac (1ère lecture). La question du discernement a été développée dans les écrits de bien des saints au cours des siècles qui nous ont précédé, et le pape François rappelait très récemment l’importance du discernement dans l’Esprit. (Voir le discernement évangélique, ch. 2 de l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium). L’évangélisation éclaire les nouvelles manières de se mettre en relation avec Dieu, avec les autres et avec l’environnement. C’est donc tout autre chose que des commandements, que vient apporter l’Evangile, c’est une nouvelle compréhension du rapport au Dieu, aux frères, à l’environnement.  

 

Quand Paul aux Corinthiens joue sur l’opposition sagesse et folie, il faut comprendre que c'est une une méditation sur sa propre expérience, suite au discours tenu à Athènes : il ne suffit pas d’avoir les belles paroles, le beau langage pour convaincre. Cette humiliation l’a entrainé à plus d’humilité, un peu comme si Dieu jouait à cache-cache avec lui ... comme avec chacun de nous…

 

Il nous faut donc chercher le Seigneur, discerner ses attentes pour le monde et chacun de nous. Il ne nous dicte pas notre conduite. Il invite simplement à marcher à la suite du Christ Jésus, un Christ crucifié. E.H.

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