Vous avez appris… et moi, je vous dis

7ème dimanche ordinaire

Lévitique 19, 1-2 et 17-18 ; 1 Corinthiens 3, 16-23 ; Matthieu 5, 38-48

 

Il se fait que, ces dernières semaines, les maisons d’Evangile et les participants des formations Saint Jean ont pu lire et mieux comprendre le chapitre 4 de Jean, dont le titre habituellement donné est “la Samaritaine”. Chacun ensuite se forge son image sur l’épisode et retient l’un ou l’autre aspect de ce que Jean a essayé de transmettre. Jésus y est reconnu comme Messie, comme sauveur du monde par les Samaritains qui l’invitent chez eux… Une question, au milieu du récit, rend compte de l’évolution dans la compréhension de la foi : c’est la question du lieu où adorer : “Où faut-il adorer Dieu, ici, au temple de Garizim ou là-bas, sur la montagne de Jérusalem ?” Ezéchiel et Jérémie avaient bien pu parler de “cœur nouveau, d’esprit nouveau”, cinq siècles plus tôt, mais les hommes du culte avaient repris leur pouvoir et assigné à Dieu un lieu de résidence : dans le saint des saints au Temple de Jérusalem. Et voici que Jésus introduit (ré-introduit) une fracture : ni à Jérusalem, ni ici au mont Garizim, mais au fond de votre cœur, en esprit et vérité.

 

C’est cette même rupture que Matthieu tente de présenter quand il rassemble les éléments de la loi nouvelle au ch. 5, lu partiellement aujourd’hui) : “Vous avez appris… et bien moi je vous dis”. La rupture n’est pas entre un enseignement et un autre auquel nous garderions la même attitude d’obéissance. La manière dont le Christ pousse la logique de son enseignement oblige à passer de l’obéissance à l’amour : ce n’est pas parce que c’est écrit qu’il ne faut pas tuer, ou faire du “œil pour œil…” Désormais la logique est celle de l’amour envers celui qui est en face de soi. Le philosophe Lévinas aurait parlé du respect de l’autre, parce qu’il est autre, et non parce qu’il est comme moi. Il y a bien une rupture introduite par Jésus dans la compréhension de la Loi entre hier et aujourd’hui, entre la religion juive et la suivance de Jésus.

 

C’est sur un tout autre plan que se situe l’apôtre Paul quand il parle de sagesse et folie. Paul vient de fustiger les chrétiens qui sèment la division entre eux, chacun se référant à celui qui l’a baptisé (Pierre, Paul, Jacques etc.) oubliant que nous appartenons tous au même Seigneur Jésus le Christ et que c’est par son Esprit que nous sommes devenus Temples de Dieu. A sa manière il vient confirmer que le Temple de Dieu n’est pas un édifice de pierre où l’on vient se recueillir. Le Temple de Dieu c’est d’abord chacun de nous. C’est encore Paul qui nous rappelle combien nous sommes fragiles, comme des vases (2 Co 4,7), pour porter la lumière de Dieu.

 

Qui sommes-nous pour que nous ayons été appelés à porter le Christ en nous et pour nos frères. Ce peut être le début de notre prière pour que nous soyons dignes de la confiance que Dieu nous fait. E.H.

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