De quoi faut-il nous inquiéter ?

8ème dimanche ordinaire

Isaïe 49, 14-15 ; 1 Corinthiens 4, 1-5 ; Matthieu 6, 24-34

 

En quelques semaines, le lectionnaire des dimanches nous propose une lecture en diagonale des chapitres 5 à 7 de Matthieu (le sermon sur la montagne), c’est-à-dire en pièces détachées. Nous pouvons y trouver des consignes intéressantes pour guider notre vie. En particulier ce dimanche, avec la répétition de “Ne vous faites pas tant de souci !” Pour piquer l’auditeur de son temps, et nous-mêmes  leur suite, Matthieu propose, à titre de comparaison l’oiseau, le lis des champs et même Salomon le magnifique. Au-delà de la comparaison, nous pouvons percevoir une invitation à regarder vers nous-mêmes : De quoi nous soucions-nous ? A quoi portons-nous attention ? Est-ce que nous ne nous laissons pas accaparer par bien des centres d’intérêts fort secondaires ? Jésus ne dit pas que nos inquiétudes sont illégitimes, il invite à ne pas se laisser encombrer par elles : “Ne vous inquiétez donc pas !”

 

Serait-ce que le Seigneur nous invite à vivre comme au temps des hippies, ou à la manière des sagesses d’Orient, où le sage ne se laisse atteindre par aucun élément extérieur à lui-même. Comprendre ainsi le cœur de l’enseignement de Jésus serait une erreur grave. La semaine dernière nous avions eu une présentation de ce que peut être le souci du frère, la manière de le porter dans son cœur… guidés par l’amour et pas seulement par l’obéissance à la Loi. Ne vous inquiétez pas pour n’importe quoi, apprenez à vous soucier de ce qui a du prix aux yeux de Dieu, tel serait plutôt le message de Jésus… Cette affirmation est accompagnée d’une mise en garde : “Nul ne peut servir deux maîtres”. C’est une conséquence du choix qui nous est proposé non plus l’obéissance à la Loi, mais aimer… Le ch. 5 invite à dépasser la Loi pour choisir d’aimer autant que cela est possible… C’est un appel au discernement. Cela ne serait pas s’il suffisait de suive les articles de la Loi.

 

Chacun va son chemin, mais qu’en est-il du Royaume de Dieu et de sa perfection ? Le discours en paraboles (Matthieu 13) viendra donner quelques explications sur ce royaume et en particulier la patience à son égard : il pousse ! Pour mieux comprendre ce que peut être l’attention au Royaume il suffit de relire et méditer la manière dont Jésus remplit sa vie, fait les œuvres du Père. Les chapitres 7 et 8 sont remplis d’attitudes concrètes de Jésus envers les personnes rencontrées au bord du chemin : le lépreux, le centurion et sa demande de guérison, bientôt ce sera des possédés au milieu des tombes, puis le  publicain et ses amis, appelé à devenir membre du groupe des disciples… La caractéristique première, c’est qu’il accepte la rencontre de l’autre et le fait entrer à nouveau dans un groupe dont ils étaient considérés -pour divers motifs- exclus. Une autre manière de parler du souci pour le Royaume, c’est elle présentée par l’apôtre Paul aux Corinthiens : se considérer comme serviteur, comme celui qui n’a pas de souci pour lui-même, mais pour son maître.

 

Quant à la première lecture, les deux versets du ch.49 sont un peu courts pour mesurer la passion et la tendresse avec lesquelles Isaïe parle de l’intérêt que Dieu porte envers ceux qu’il s’est choisis. Même si parfois nous avons l’impression que Dieu nous a abandonnés, non, Dieu ne nous abandonne pas. C’était la réponse d’Isaïe à la désespérance du peuple juif au temps de l’Exil sous Nabuchodonosor. “Même si une femme oubliait son enfant, moi, je ne t'oublierai pas”. N’avons-nous pas besoin de nous redire notre propre confiance en ce Dieu qui nous a donné Jésus ? E.H.

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