"Mais lui il n'a rien fait de mal"

Temps de permanence et de prière : lettre du mois d'avril

2ème lettre de Saint Théodore

 

Vendredi 18 avril

« Mais lui, il n'a rien fait de mal » Luc 23-41

 

 

3ème vendredi du mois. Jour de permanence à l'église Saint Théodore. C'est le Vendredi Saint. Personne ne viendra cet après-midi.

 

J'étais seul dans le temps de visite comme dans le temps d'adoration. Pourquoi ? Est-ce un jour qui ne convient pas ? Est-ce le temps ? Est-ce parce qu'il y a un office religieux dans la soirée ? Je crois plutôt que c'est devenu une journée normale pour la plupart des gens.

 

Sur l'autel, aujourd'hui, j'ai mis la grande croix qui vient de l'église Saint Pierre, «abattue » il y a une trentaine d'années. Nous avons récupéré quelques objets dont cette croix en même temps douloureuse et glorieuse : le Christ est digne, comme majestueusement exposé à notre regard. La tête est inclinée, le visage est douloureux mais il porte une couronne qui n'est pas d'épines, signe qu'il est beaucoup plus que ce crucifié. Aux quatre extrémités de la croix, un petit médaillon qui représente le symbole des quatre évangélistes : l'aigle, en haut, sur les côtés, le taureau et le lion et en bas, l'ange. La croix a été restaurée et nettoyée. Elle est très belle. Elle donne envie de s'arrêter, de regarder, d'écouter quelques bribes du témoignage des quatre évangélistes évoqués dans les quatre médaillons.

 

Mais le regard se porte plus loin et plus haut ; vers le grand Christ en bois dressé au milieu de l'abside et qui domine toute l'église. Il a été restauré, lui aussi, il y a quelques dizaines d'années par un menuisier du quartier. De chaque côté de l'entrée de l'abside ont été placés deux projecteurs pour éclairer cette croix et les ombres se portent sur le mur du fond : deux profils de la croix. En s'avançant lentement vers elle, on dirait les deux malfaiteurs « l'un à droite et l'autre à gauche » Luc 23-33, qui ont été crucifiés avec Jésus. « on emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter avec lui. Lorsqu'on fut arrivé au lieu dit le crâne ou calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs » Luc 23-32.

 

Jésus remet toute sa vie à son Père, le peuple regarde sans intervenir, les chefs et les soldats se moquent de lui, et puis, voilà ce magnifique dialogue entre l'un des deux malfaiteurs et Jésus. C'est un sommet : quelle compréhension ce malfaiteur a-t-il de Jésus ! « Mais lui, il n'a rien fait de mal », comme l'avaient déclaré quelques heures avant, Pilate et Hérode, et quelle miséricorde chez Jésus : « Aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». Ce dialogue est unique. Mathieu, Marc et Jean se contentent de signaler la présence de ces deux malfaiteurs mais sans évoquer un quelconque échange.

 

En ce vendredi Saint, ici, plusieurs fois, je lis ce texte de Luc, pour me « familiariser » avec lui comme nous le propose le pape François, si souvent.

 

 

Notre église Saint Théodore avec ce grand crucifix et ses deux ombres prend une tout autre dimension : offrir à tous ceux et celles qui s'y rassemblent ou même, qui y passent simplement, cette immense compassion de Jésus qui, à la toute extrémité de sa vie, pense encore à accueillir et à pardonner à celui qui reconnaît sa faute, exprime implicitement sa conversion et s'ajoute à la liste des témoins de l'innocence de Jésus.

 

Ce ne sont que des ombres quand les lumières sont allumées. N'y aurait-il pas un artiste pour fixer sur le mur derrière la croix ce dialogue qui rejoint et qu'attendent beaucoup d'entre nous ?

 

Mbecquart@sfr.fr

 

 

 

Article publié par Chantal Erouart - Délégué Communication de Lens-Liévin • Publié • 580 visites