FAQ03-Section 3 Jean 5

Le paralysé de la piscine de Bézatha

Guérison à Bezatha, un sabbat

Avec le ch. 5 commence une succession de discussion de plus en plus violentes entre Jésus et "les Juifs". Jésus insiste pour révéler son identité divine. Plus il insiste, plus il y a opposition de la partie officielle contre lui. Cette page est en complément à la fiche Jean 3 et répond à quelques questions posées par les lecteurs en maison d'Evangile.

Références: Jean ch.5

On remarquera que les versets consacrés au signe (que nous appelons miracle) sont trés courts. Jean écrit beaucoup plus de versets pour les explications entre Jésus et les foules. Ne nous trompons pas sur le centre d'intérêt: le nôtre, c'est la guérison, tandis que le centre d'intérêt de Jean, c'est de faire comprendre qui est Jésus, venu de Dieu.

 

Pourquoi y a-t-il 5 colonades? Quelle importance?

Bezatha citerne Bezatha 2  
La citerne piscine profondeur 11m.
La citerne piscine profondeur 11m.
 Longtemps on a cru que St Jean avait inventé ce détail pour faire allusion au chiffre 5 de l'Ancien Testament (le pentateuque) et que la référence à l'Ancien Testament n'avait pas guéri le paralysé. Occasion d'accuser Jean d'inventer pour sa cause. Or Jean sait ce dont il parle.

 

Le lieu est situé à 400 m à peine du Temple et les romains avaient tout détruit et rebouché en l'an 70. On ignorait tout de l'endroit. Il faut attendre les fouilles de 1950 pour découvrrir et comprendre. Les fouilles ont montré qu’il y avait une double citerne (50x80x10m. environ), séparée en son milieu par un mur de 3 m. de large. Il y avait donc deux bassins l’un servant de décantation pour les eaux de pluies… Sur les côtés on avait installé des protections contre le soleil(et un peu la pluie) pour les nombreux pèlerins. Ce sont les colonnades supportant une toiture légère sur les 4 côtés et le mur central.

 

Bezatha bassin piscine pour les malades Bezatha à Jérusalem  
Espace pour bains des pèlerins malades
Espace pour bains des pèlerins malades
L'eau des bassins servait de réserves pour le service du Temple : nettoyage et purification du Temple et des animaux de sacrifice… Les fouilles ont aussi permis de mettre à jour un lieu de dévotions dédié au dieu Esculape (Asclépios) dieu de la médecine et des malades venaient là dans l’espoir d’être guéris. On y a retrouvé nombre d’ex-voto. Tout cela à 400 m. du Temple! Jésus passe par là, au milieu d’une foule (parfois je pense aux piscines à Lourdes). Les pèlerins visitent ce lieu, à l’église sainte Anne à Jérusalem. Voilà  donc l’environnement d’une guérison, qui va servir de prétexte à un long débat entre Jésus et les Juifs (= les opposants) débat sur l’identité de Jésus comme “de Dieu” (Je suis) "Non seulement il fait une guérison le sabbat, mais en plus, il affirme que Dieu est son père et se fait l'égal de Dieu!!! (v.18).

 

L'eau qui bouillonne est-ce un phénomène miraculeux. ?

 

Les deux bassins recevaient l'eau de pluie qui avait descendu le terrain; il fallait donc un bassin pour la faire décanter. Ensuite par une trappe on faisait passer l'eau d'une citerne à l'autre. Pour les pèlerins qui ne connaissaient rien, une légende venait expliquer le phénomène: c'est un ange qui passe... Cela donnait un peu d'espérance en plus.

 

Ch5: il manque le verset 4, pourquoi?

Effectivement, dans nos traductions actuelles, il manque le v. 4 (voir la note dans les grosses Bibles) : en effet, au début du XXème siècle, les érudits faisant la comparaison entre les différents manuscrits anciens ont constaté que ce verset n’existait pas à l’origine, et qu’il a été ajouté par des copistes au 3ème/4ème siècle. Donc verset éliminé et mis en note.  Cela arrive une vingtaine de fois dans le N.T. Dans ce verset, il est fait allusion à un ange qui remue l’eau… belle légende mais le bouillonnement provenait en fait du transfert de l’eau décantée d’un bassin vers le second bassin, réserve pour les besoins du Temple (purification, lavage et nettoyages des lieux et des animaux de sacrifice) … Il n’y avait donc rien de miraculeux… mais cela attirait des gens !!!

 

Pourquoi "Ne peche plus, il t'arriverait pire encore" ?

 

 … Pire encore. N’y a-t-il pas, de notre part, une tendance morbide dans notre interprétation ?

A la fin de plusieurs miracles, dans les synoptiques, on trouve cette phrase : “va et ne pèche plus”, cet appel est le contraire de “Fais comme avant !”. Voudrions-nous qu'il continue comme avant? Cette phrase en conclusion d’une guérison est d’abord un appel à vivre la réconciliation en insistant sur le désir de marcher selon le cœur de Dieu. On retrouvera cette invitation à la fin du récit sur la femme adultère : "Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus." Jean 8,11.

 

Notre éducation et nombre de textes de la Bible ont associé mal (ou maladie) et punition de Dieu… Cette présentation de Dieu est-ce la bonne manière de parler de Dieu ? Par sa Parole Jésus a guéri et pardonné le malade. Le péché était interprété comme signe de punition ou d’exclusion par Dieu, et cela avait duré pour lui depuis une éternité (38 ans). Jésus se présente comme celui qui réintègre, qui guérit (mot qui revient 7 fois). Pire encore pourrait signifier la mort éternelle, c’est-à-dire l’éloignement définitif de Dieu. Certains ont interprété cette réflexion en l’appliquant aux chrétiens : ceux qui ont péché sont exclus de la communauté des chrétiens… Il faut être prudent, car ce faisant, nous remettons en cause la grande miséricorde de Dieu.

 

Pourquoi le chiffre 38?

Comme pour beaucoup de chifres dans les Ecritures, il faut être prudent pour les interpréter, car les écrivains sacrés ne nous ont pas laissé le mode d'emploi. Certains se contentent de dire: c'était son âge. D'autres ajoutent: çà fait longtemps, vraiment longtemps qu'il est malade, et sa présence là, à Bezatha n'a rien changé. D'autres enfin (des pères de l'Eglise)  se réfère aux Hébreux au désert: ils ont mis deux ans depuis l'Egypte jusqu'au Sinaï où ils ont fauté lors de la réception des tables de la Loi. Aussi il ont erré dans le désert (40-2 = 38). Le paralysé aurait erré comme les hébreux avant de trouver leui qui lui apporte le salut.

 

Et aujourd'hui, que voit-on à Jérusalem?

 

Sainte Anne icone nativité Jésus Sainte Anne icone nativité Jésus  Sainte Anne nativité de Marie Sainte Anne nativité de Marie  Les fouilles ont partiellement mis à jour les citernes. Les croisés ont construit une chapelle au dessus du mur central (ruines encore visibles). A quelques mètres existe toujours l'église sainte Anne, constrruite par les croisés, en l'honneur de la mère de Marie (supposée habiter là, car  proximité du Temple). L'espac est territoire français, car donné par Israël à la France. A l'entrée on peut voir une statue du cardinal de Lavigerie.

 

Pourquoi les témoignages?

Cela fait partie de la culture juridique juive: pour authentifier une vérité au tribunal, il fallait la parole de deux témoins (par exemple devant Caïphe). Ici, au ch. 5 la parole de Jésus est contestée. Il apporte des témoignages qui confirment qui il est. Le premier c'est Jean-Baptiste, témoin au début de l'Evangile; le second témoin, ce sont les oeuvres (guérisons etc.) accomplies par Jésus. Pour le troisième témoignage, Jésus fait appel à l'Ecriture (c'est-à-dire à Moïse). C'était la pensée des premiers chrétiens que Jésus accomplit, réalise ce que les Ecritures ont annoncé. D'où les nombreuses citations dans les évangiles pour justifier le lien entre Ecriture et Vie de Jésus.

 

Une astuce qui n'apparaît pas à première vue : au début de la guérison du paralysé, Jésus contredit les Ecritures, puisqu'il ne respecte pas la Loi du sabbat ... Or, à partir du v.39, Jésus fait appel aux Ecritures, contre ses accusateurs : retournant la situation. Il utilisera cette opposition de "la Loi pour et la Loi contre les Juifs" lorsqu'il reprochera aux Juifs de faire la circoncision un jour de sabbat... en 7, 22-23. Mais tout ce débat peut ne pas nous intéresser, en effet la manière d'argumenter, au temps de Jésus, n'est pas la même que la nôtre aujourd'hui. Cette différence dans les manières d'argumenter se retrouve souvent dans les textes de saint Paul. 2.000 ans nous séparent de ce temps-là et l'argumentation accpetée hier ne l'est pas nécessairement aujourd'hui.

 

Qu'est-ce que la vie éternelle?

L’expression Vie éternelle n’est pas employée dans l’Ancien Testament, mais on trouve quelquefois malédiction éternelle ou joie éternelle. Dans l’évolution de la foi, la notion d’éternité n’a pas toujours existé pour l’individu (dans l’Ancien Testament elle commence à être affirméeau temps des Maccabées vers -160 av JC.

L’expression vie éternelle est employée à plusieurs reprises par Jean (un peu par Matthieu, Marc et Luc). On la trouve surtout à la fin du dialogue avec Nicodème, puis avec la Samaritaine, ensuite dans le discours du Pain de Vie ; à propos de Lazare, puis dans le discours avant la Cène. L’expression suppose que soit reconnue quelque chose comme la résurrection, mais en Israël cette conviction se développe seulement au second siècle avant J-C. Plutôt qu'une définition, toujours philosophique, il vaudrait mieux comprendre vie éternelle, c'est-à-dire "être en relation avec Dieu". Le contraire étant l'absence de relation avec Dieu. Le prologue (Jean 1, 1-18, même s'il semble abstrait, fonctionne sur le mode de la relation : entre Dieu et le Verbe, entre le Verbe et le monde (qui refuse),  entre ceux qui reçoivent et deviennent fils. 

Pour saint Jean, la Vie éternelle, c'est être enrelation avec le Vivant. Avec une précision: la vie éternelle est déjà commencée, aujoourd'hui. (Pour St Matthieu, c'est partir du jour du Jugement au dernier jour). Pour Jean le Jugement est commencé quand on a fait le choix pour ou contre Jésus, aujourd'hui.

Qui sont "Les Juifs", en saint Jean

Jean emploie le mot "Juifs" en plusieurs sens.

Au sens neutre, ce sont les habitants du Royaume d'Israël. Au sens religieux, ce sont les adeptes de la religion juive. Cependant, avec Jean le mot sera très souvent utilisé pour désigner les membres du peuple Juif qui s'opposent à Jésus, qui le rejettent. Pour Jean, "les Juifs", c'est une catégorie de personnes : les opposants à Jésus (et non l'ensemble du judaïsme).

 

Cela peut nous sembler étrange... Mais si l'on se rappelle qu'en fin de premier siècle, après la destruction de Jérusalem, quand Jean écrit, la plupart des catégories sociales religieuses et politiques du temps de Jésus ont disparu (grand prêtre, sadduccéens, hérodiens...). Les premiers chrétiens se trouvent alors confronté à la catégorie juive qui essaie de subsister dans l'empire romain, après la catastrophe. Cette même catégorie s'oppose à eux. En même temps, un certain nombre de Juifs sont entrés dans les communautés chrétiennes. Un des portails de la cathédrale de Strasbourg présente face à face deux statues de femmes. L'une représente l'Eglise tandis que l'autre avec un bandeau sur les yeux représente la synagogue. Cette vision dualiste à  l'excès est partiellement à l'origine de l'antisémitisme des chrétiens. Il faudra attendre les textes de Vatican II pour que soit mis fin (?) à l'ostracisme des chrétiens envers les Juifs.

 

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 1208 visites