Parler en langues de feu

Eglise d'Arras n°11

La fête de Pentecôte marque une étape importe pour l’Eglise et en particulier les apôtres qui osent parler et annoncer leur vérité concernant Jésus le Christ qui a été crucifié et que Dieu a ressuscité. Dans la finale de son Evangile, Matthieu précise que certains eurent des doutes… Et Luc décrit, au dernier chapitre, le retour de deux disciples vers leur village d’Emmaüs. Pour eux, tout est terminé. Or un dialogue avec un inconnu et la mise en rapport des évènements avec des textes des prophètes leur fait découvrir la vie de Jésus tout autrement. C’est à la fraction du pain qu’ils reconnaissent Jésus vivant et ils s’empressent de l’annoncer aux autres disciples restés à Jérusalem. Pâques, Ascension, Pentecôte, voici des fêtes qui jalonnent le chemin de foi. Si nous lisions plusieurs chapitres du livre des Actes des Apôtres, nous pourrions découvrir que l’Esprit saint est celui qui provoque à parler, à aller au-devant et, même s’ils ont des craintes, les premiers prédicateurs osent sortir de l’entre eux où ils vivaient confinés.

L’expression “langues de feu” pour les apôtres au jour de Pentecôte, devrait nous aider à comprendre qu’ils deviennent porteurs de la Parole de Jésus. Belle histoire située au Cénacle, plus belle encore si, dans le même temps, nous découvrons que c’est à nous maintenant, d’être langues de feu pour que le monde croie.

 

La dernière journée Enjeux et questions invitait à porter un regard sur les hommes et les femmes du Pas-de-Calais. Ce n’était pas un simple regard de statisticien ou de géographe, mais le regard de celui qui cherche à comprendre et à aimer : les freins et les chances dont il est question concernent des personnes qui espèrent (ou n’espèrent plus) un avenir. C’est à elles que nous sommes envoyés témoigner de l’amour de Dieu pour elles. A qui les chrétiens de l’Eglise adressent-ils la Parole, sinon à ces gens-là qui habitent en proximité et qui ne fréquentent pas tous, loin s’en faut, l’église de pierre où les disciples d’aujourd’hui se rassemblent pour reconnaître la présence de Jésus avec eux. La mission des baptisés est de faire découvrir à ces proches de leurs maisons que leur vie à du prix aux yeux de notre Dieu, qu’ils comptent aux yeux de Dieu. “Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te soucies de lui ?”, chante le psalmiste au psaume 8.

La méditation de la vie de Jésus amène à découvrir qu’il est venu à la rencontre de qui se croyait délaissé, abandonné des autorités religieuses juives et donc de Yahvé. Jésus les a rencontrés loin de la citadelle du Temple, au bord de la plaine du Jourdain. Lépreux, publicain, moins que rien… Jésus se rend proche d’eux, en priorité. Pourquoi ne ferions-nous pas de même aujourd’hui. Il n’y a pas de procession ni de pèlerinage au lieu de Pentecôte, mais il y a envoi. Chacun est envoyé ; le pape François le rappelle à temps et à contre-temps : une Eglise en sortie, envoyée aux périphéries des villes et des cœurs. Avant lui, le pape Benoît XVI l’avait signalé : “ dans l'Eucharistie, Jésus fait de nous des témoins de la compassion de Dieu pour chacun de nos frères et sœurs… J'apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus Christ ».” Le sacrement de la Charité n°88.

Le synode provincial, pour sa part, essaie de tracer les lignes d’une Eglise ouverte aux hommes de notre temps. Le petit nombre risque d’être enfoui dans la masse si chacun reste seul. Le réseau de relations est évoqué. Hier l’Eglise se voyait encadrer chacun et chacune dans les mailles de son filet. Aujourd’hui l’Eglise est davantage perçue comme un tissu de relations. Puisse l’Esprit saint, avec notre propre contribution, faire grandi ces réseaux de relations.

 

Abbé Emile Hennart  

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