Fiche 10, Jean ch. 11-12

Lazare; onction de Béthanie; entrée à Jérusalem

A Béthanie, Lazare, 7ème et dernier signe.

Entrée à Jérusalem

 

Section précédente

La section 9 se terminait avec le départ de Jésus de Jérusalem vers le Jourdain. Une prise de distance d’avec les Juifs qui l’accusaient de se prendre pour Dieu, alors qu’il affirme l’inverse : Dieu vient chez nous. L’aveugle-né guéri, les paraboles de la porte, du bercail et du berger invitent à découvrir que l’aveugle est entré dans le bercail/Eglise quand il a répondu “Je crois”. La parabole se termine par le souci de Jésus pour les brebis qui ne sont pas encore rejointes. Jésus (St Jean ?) évoque aussi le berger qui donne sa vie pour ses brebis ; c’est une manière de donner le sens de la mort de Jésus, désormais toute proche.

 

Lecture d’ensemble

Les ch. 11 et 12 concluent le livre des signes (1-12). Jésus y est présent à toutes les étapes et chaque personnage est amené à exprimer quelque chose de sa foi, de son lien à Jésus (les apôtres, Marthe, Marie, les gens, les Juifs, les grands prêtres, les pharisiens, Caïphe, Judas, les Grecs. Repérez qui est nommé et ce qu’il dit de Jésus ! Cela demande du temps.). L’intérêt de lire ensemble l’un après l’autre ces deux chapitres peut aider à “lire sur les lignes”, c’est-à-dire voir que Jean ne cherche pas seulement à raconter des évènements à l’approche de Jérusalem, mais qu’il invite le lecteur à prendre position sur Jésus à la suite des conversations reçues. Bientôt arrive le livre de la glorification (ch. 13-20). Ainsi le récit sur Lazare oriente le regard vers la Passion du Christ, de même que “l’onction à Béthanie”.

 

Tombeau creusé dans la roche-près de Nazareth Tombeau creusé dans la roche-près de Nazareth  
La pierre pour sceller l'entrée; Deux chambres
La pierre pour sceller l'entrée; Deux chambres
Nous focalisons bien souvent notre réflexion sur le retour à la vie de Lazare, sans mesurer que chaque personnage exprime sa pensée sur Jésus. Reprenons dans l’ordre d’apparition ce que disent les uns et les autres. D’abord les disciples : après un temps de recul à l’idée de monter à Jérusalem, à la suite de Jésus, leur réponse exprimée par Thomas est : “Allons-y pour mourir avec lui”. Cela résume bien la condition de disciple : marcher à la suite du maître, derrière Lui.

 

Voici ensuite Marthe. Elle est la première à quitter le groupe du deuil dans la maison pour rejoindre Jésus. Dans le dialogue, elle passe de ‘la Vie à la fin des temps’ à ‘la Vie pour aujourd’hui’ : “Oui, je crois” v.27.

Vient alors Marie. La plupart des expressions entre 28 et 37 évoque des éléments autour de la mort. Marie est située du côté du deuil et de la mort, elle symbolise l’homme abattu par la séparation de la mort. (Comparez le dialogue avec Marthe et celui avec Marie).

Vient alors la séquence devant Lazare que Jésus appelle dehors. La scène n’est pas terminée puisque chacun est amené à prendre position au sujet de Jésus : de nombreux Juifs, les chefs des prêtres et les pharisiens, Caïphe, le grand Conseil, les pèlerins des campagnes montés au Temple. Cela fait beaucoup de monde à “dire son opinion”. Au ch. 12, il y aura même quelques Grecs à vouloir le rencontrer.

 

Vouloir résumer ce récit avec le titre : “le retour de Lazare à la vie”, c’est un peu court, car cela néglige toutes les expressions que Jean a pris soin de relever pour ses lecteurs.

 

Au-delà du retour de Lazare à la vie, se devine la question que les premiers chrétiens (vers 70-90), exposés à la maladie, à la persécution, à la mort, se posent sur leur avenir. La seule réponse faite par Jésus : ce lieu, cette situation, c’est l’espace dans lequel Dieu va se manifester. Le récit sur Lazare n’est pas une pièce à part, mais le sommet du cheminement de la Révélation sur Jésus, selon Jean. Sommet mis sur la bouche du grand prêtre : “Caïphe prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation et non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés”. (11, 51-52)

 

Sur l’histoire de Lazare, nous ne saurons rien de plus… Inutile d’aller lire la légende des saintes Marie de la Mer ! Jean n’en dit rien. Le personnage central du récit n’est pas Lazare, mais Jésus, présent à chacun des tableaux, au centre des dialogues avec de multiples interlocuteurs.

 

Ch. 12, Après le récit du retour à la vie, le ch. 12 développe trois temps : l’onction à Béthanie, l’entrée à Jérusalem, les enseignements sur l’heure. Qu’il y ait un repas en l’honneur de Jésus et de Lazare n’a rien d’étonnant. Qu’il y ait cette onction surprend. Or, elle oriente le lecteur vers la Passion et l’ensevelissement de Jésus.

 

L’entrée à Jérusalem est moins solennelle que chez les synoptiques. Accompagnée de palmes, elle évoque les honneurs rendus à un souverain à dimension messianique. Cela peut rappeler l’onction de Salomon, successeur de David (1 Rois 1). Mais cela évoque, plus proche du temps de Jésus, la victoire des Maccabées contre les Grecs (fête de la Dédicace). Au ch.6, Jésus s’était enfui dans la montagne par crainte d’être désigné comme roi, messie qui mettrait les Romains dehors… Ici Jésus reste présent, mais face aux tentatives de type politique nationaliste, il s’assoit sur un âne : c’est le contraire de monter un cheval comme les Romains. Cela évoque le prophète Zacharie 9,9 “Voici ton roi, humble, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d'une ânesse”. A noter que les disciples ne comprennent pas sur le moment !

 

La présence de Grecs (des païens sympathisants) est probablement une évocation de la future évangélisation des nations. Vient aussi le mot glorification, qui est à entendre au sens de révélation au monde et élévation du Christ (double sens du mot élévation : crucifié et exalté !).

 

La fin du chapitre 12 est à lire comme une conclusion de l’activité de Jésus. Ces quelques lignes dressent un constat d’incrédulité, puis utilisent des citations du prophète Isaïe qui évoquent le serviteur souffrant et l’endurcissement des cœurs. Dans cette conclusion Jean rappelle sa foi : dans la personne du Verbe incarné, c’est Dieu que l’être humain rencontre. C’est ainsi que le croyant accède au salut, obtient la vie.

Plusieurs fois est évoqué que la Pâque est proche : 11,55 ; 12,1 ; 12,12 ;  12,20 ; 13,1.

 

Zoom : 12, 20-36

Le Temple de Jérusalem Le Temple de Jérusalem  
Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions
Le saint des saints, bien protégé. A droite, les portiques de discussions
Dans ces quelques versets de grande densité, plusieurs interprétations sont à lire en même temps. Or, nous n’y sommes pas habitués. Il faut lire et relire ces quelques versets et repérer les personnages qui interviennent. La discussion se situe à Jérusalem. La scène commence avec le désir manifesté par des Grecs de rencontrer Jésus. Jésus annonce aux disciples que son heure est venue ; les expressions associent mort et résurrection : le blé, l’heure, le jugement, l’élévation… L’heure de la croix est le moment de la Révélation : la croix est la condition de la rencontre authentique avec l’Envoyé.

La foule conteste les affirmations de Jésus. Les réponses veulent aider le lecteur à passer du livre des signes au livre de la Gloire : “Elle est venue l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié… Quand j’aurai été élevé de terre… ; la lumière encore parmi vous ; devenir fils de lumière”. Mais l’appel de Jésus sera-t-il entendu ? (v.37)

 

La gloire/glorification (cf. fiche 6), c’est le moment où la vie de Jésus est reconnue comme “ayant du poids” (sens originel du mot hébreu), que ce n’est pas du vent, du vide. Exode, Isaïe, Ezéchiel et Psaumes parlent de Dieu en termes de Gloire. En Jean, le crucifié est exalté à l’égal de Dieu !

 

L’heure.

Le mot “heure” est employé 26 fois par Jean. Il désigne le plus souvent le temps favorable, dans lequel le salut s'accomplit. Dans la première partie de l'Evangile, cette heure n'est pas encore arrivée. A Cana : “Mon heure n'est pas encore venue” (2, 4). Pourtant à la Samaritaine, 4, 21, ou devant les païens 12, 23 : “l’heure vient et c’est maintenant” l’heure de la révélation. Entré dans sa Passion, Jésus proclame que l'heure de la glorification est enfin arrivée (13, 1; 17, 1).

Jean a semé au long de son Evangile le mot heure en regardant vers la crucifixion de Jésus, heure de la Gloire. Ce temps demeure toujours actuel et prolonge ses effets en faveur de tous ceux qui accueillent la Parole.

 

Pour aller plus loin

L’onction à Béthanie.

Jésus donne lui-même le sens de cette onction, v.7 : “en vue de mon ensevelissement”. Jean y évoque la division des disciples au sujet de l’utilisation du parfum. La cupidité de Judas est révélée et annonce la trahison… “pour de l’argent”. Peut-être Jean pense-t-il aussi à la division de l’Eglise au sujet des pratiques charitables : amour de Jésus et amour des pauvres sont-ils à opposer ? Le lavement des pieds, au ch. 13, apporte la réponse !

Comparez le regard de Marie qui place la personne de Jésus au-dessus de tout et celui de Judas qui place l’argent au-dessus de la personne de Jésus.

L’affluence autour de Jésus et de Lazare provoque l’ultime décision des pharisiens : faire périr Lazare (12,10) comme Jésus. (11, 53).

 

Le trouble de Jésus. Ce détail du trouble devrait nous aider à dépasser l’idée, longtemps admise, que Jésus sait tout d’avance : non ! C’est à prendre comme affirmation que Jésus est vraiment humain, semblable à nous en toute chose (Philippiens 2). La théologie parlera d’incarnation. Jésus pleure et frémit d’affection pour Lazare, à cause de ses liens humains. Mais il pleure tout autant devant la présence destructrice de la mort et les catastrophes qu’elle engendre. (Notre attention ne doit pas être centrée seulement sur Lazare mais aussi sur la mort/résurrection de Jésus.)

 

Lazare : La parole de Jésus : “Cette maladie n’est pas vers la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que soit glorifié le Fils”, est à rapprocher de la guérison de l’aveugle-né (9,2-3). Saint Jean nous oriente vers la signification théologique de ce chapitre tandis que nous, nous sommes plutôt attirés par “comment cela s’est-il passé” ? Notre goût pour l’anecdotique dépasse notre intérêt pour les dimensions théologiques ! N’y a-t-il pas dans tous les discours de l’Evangile, une catéchèse présentée par Jean sur Jésus ressuscité qui donne la vie ? Au-delà de la dimension propre à Lazare, Jean invite à donner sens à notre propre existence, dans ses grandeurs et ses misères : tout cela pour la gloire de Dieu.

Jésus réinterprète la conception traditionnelle de la “résurrection à la fin des temps” pour dire : “La résurrection, c’est maintenant” (cf. dialogue avec Marthe). Elle advient dans la rencontre avec la personne de Jésus et dans la foi en lui. La vie ne signifie pas la vie naturelle, ou la vie après la mort, mais l’existence marquée par une authentique relation à Dieu. En ce sens, la mort ne signifie plus la cessation de l’existence naturelle (notre compréhension habituelle) mais la rupture de la relation à Dieu. Ainsi la vie éternelle est déjà commencée pour celui qui rencontre la Lumière et L’accueille. Marthe figure ici le modèle du croyant.

A la fin de l’épisode sur Lazare, Jean conclut : “beaucoup crurent en Lui ; mais certains vont aller dénoncer Jésus”. (11,45-46).

Ce récit du retour de Lazare à la vie a quelques antécédents dans la Bible (Elie, 1 Rois 17 ; Elisée 2 R, 4 ; Marc 4, Luc, 7 ; Actes 9). Il faut employer le mot résurrection avec réserves.

 

La stratégie de Jean à l’égard des lecteurs. Jean vise à éveiller la foi des disciples, à passer d’une foi élémentaire à une foi achevée. La maladie et la mort, c’est l’espace dans lequel Dieu va se manifester. Il est dit ici comme pour l’aveugle-né : “Cette maladie n’aboutit pas à la mort, c’est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié”. La maladie ne doit pas être envisagée dans la perspective de la mort mais de la gloire de Dieu. (Ce niveau de lecture spirituelle invite les croyants à interpréter de la même manière, aujourd’hui, la maladie, la persécution et la mort.)

Il est important de lire d’abord l’ensemble du récit avant de s’arrêter sur tel ou tel détail.

La finalité exprimée par Jésus en 11, 4, c’est comme pour l’aveugle-né : “pour la gloire de Dieu”.

 

La fin du chapitre 12, 37-50 résume les ch. 1 à 12 autour de l’identité de Jésus et autour du Jugement (accepter ou refuser la lumière).

 

Prier la Parole

Poème à partir de l’Evangile sur Lazare

 

Tout livre est un miroir. Le lecteur peut y lire

Ses rêves, ses désirs, ses peurs et ses délires.

Le récit est ouvert, et chacun le poursuit

En devenant Lazare à son tour aujourd'hui.

 

Moi, je sais que Lazare a fait un long chemin

De la mort à la vie, de la tombe au festin

Qu'il prit avec Jésus, son maître et son sauveur,

Baigné par le parfum répandu par sa sœur.

 

Ton silence m'inspire, ô Lazare mon frère.

Il est source de vie et chemin de lumière.

De la tombe à la vie, il m'enseigne la voie,

Il me dit que la mort est vaincue par la foi.

 

Aujourd'hui, dans la ville, errent d'autres Lazare,

Ils marchent en silence, et c'est « nuit et brouillard ».

Privés d'amour, ils ont déjà quitté la vie.

Pour Lazare aujourd'hui, où sont Marthe et Marie?

Alain Marchadour.

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Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 1748 visites