Il vous revient de lier et de délier…

23ème dimanche ordinaire

Ezéchiel 33, 7-9 ; Romains 13, 8-10 ; Matthieu 18, 15-20

 

Les textes de ce dimanche sont probablement interrogateurs au sujet des discours théologiques parfois inappropriés. De quoi le prophète est-il l’avertisseur ? Serait-ce de l’inégalité foncière entre l’homme et la femme, telle qu’elle est enseignée auprès des enfants de chœur par les temps qui courent ? Serait-ce de se détourner des affaires du monde pour ne se préoccuper que de l’intérieur de la maison Eglise ?

 

Ceux qui ont un peu étudié Ezéchiel connaissent combien il a insisté sur l’appel du Seigneur a transformer le fond de notre cœur. Certes il a utilisé plus d’une fois le genre vision, pour tenter de faire comprendre au peuple parfois rétif, parfois désespéré que le Seigneur était capable de pardonner, de redonner de vie : ainsi la vision des ossements desséchés (ch.37), ainsi l’eau qui sort du Temple (ch.42) …

 

Difficile de résumer l'œuvre fort complexe d'Ezechiel, mais on peut rassembler sa pensée comme un message d’espérance. Il veut dire que Dieu n’abandonne pas son peuple exilé et qu’il est apte à pardonner. Des quelques lignes proposées ce dimanche, on pourrait en conclure que le métier de prophète est celui d’un père fouettard qui culpabiliserait les destinataires de sa parole. Ce n'est pas toute la pensée du prophète. Bien sûr Ezechiel invite à mettre les choses au point quand il interroge l’homme dans sa relation à Dieu et au prochain. Remettre les choses au point c’était aussi interroger la théologie de la rétribution de son temps, ainsi cette phrase : Jusqu’à quand les dents des enfants seront-ils agacés quand c’est leurs parents qui avaient mangé des raisins verts ? Ez 18, 2. Pour lui, justice de Dieu ne signifiait pas punition de génération en génération. Ezechiel avait une haute notion de sa responsabilité pour parler au nom de Yahvé.

Son message invitait pourtant à avoir sur Dieu un autre regard que celui jusqu’alors enseigné. Il est bon de s’en souvenir au moment où l’on reproche au pape François d’être trop bon envers les lointains de l’Eglise.

 

L’apôtre Paul vient relancer les chrétiens de Rome concernant la Loi. Alors que, semble-t-il on attendait de lui qu’il soit intransigeant sur les questions de meurtre, vol et adultère, il se permet, comme Matthieu au ch. 5, de tout mettre sous le commandement d’aimer : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. C’est là une invitation à dépasser la seule obéissance pour devenir libre grâce à l’amour que Dieu a mis au fond de nos cœurs. C’est plus exigeant que de vouloir simplement respecter “ce qui est écrit dans la Loi”.

 

L’Evangile enfin vient nous parle de la relation que nous entretenons avec le frère qui a commis une faute. Pour simplifier : il existe trois positions. La première, (qu’Ezechiel ne semble ne pas retenir) est de faire silence, mais alors nous en portons la responsabilité s’il continue dans ses erreurs. La seconde est d’atomiser de suite le coupable, de se faire vengeance ; la troisième, celle que préconise Jésus est faite de patience et de persévérance : s’il y a quelque chose à dire, qu’on le dise, en privé, puis à deux ou trois enfin avec toute la communauté chrétienne… alors seulement peut être envisagé de le sortir de nos relations.

 

Il y a enfin une quatrième position, dans le paragraphe qui suit notre texte. A côté des trois précédentes positions, en réponse à la question de Pierre, Jésus souligne l'importance du pardon. "Combien de fois faut-il pardonner ? Jusqu’à sept fois ?" Jésus venait de montrer à ses disciples la patience avec laquelle nous devions nous comporter les uns envers les autres… invitant à montrer le chemin, et s’il le faut s’y mettre à plusieurs, pourquoi pas ? Le pardon qu’évoque Jésus invite Pierre à passer de la notion d’obéissance à la Loi à l’amour qui toujours pardonne, comme le rappellera Paul aux Corinthiens 13. Ce passage, de l’obéissance à l’amour, est le ressort du discours que l’on appelle le sermon sur la montagne : “Il a été dit aux anciens… moi je vous dis… !”

 

Complément d’ordre théologique : Si nous avons bien lu cet évangile,  nous aurons noté le "vous" par lequel sont désignés les personnes appelées à lier et délier… ce "vous" est l’Eglise évoquée au verset précédent. Or l’institution dogmatique a fait le choix de remettre à Pierre –et à Pierre seul- les clés du pardon et du refus du pardon… C’était une époque où l’on ne croyait pas à la collégialité dans l'Eglise, pour ne connaître que le seul pouvoir du pape. Ceci nous invite à revoir nos principes concernant la théologique de l’Eglise, à les ajuster aux paroles de l’Evangile. EH

 

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