Ouvrir des chemins pour tous

Edito : Eglise d'Arras n°15

 

 

Se souvient-on encore des trois arbres de la paix plantés au Vatican début juin ? Depuis, des centaines de tonnes de bombes et de balles ont été distribuées sur les champs d’honneur et au milieu des ruines, en Irak ou à Gaza, en Israël, en Syrie ou en Ukraine. Les outrances du califat font s’élever davantage de voix et, tout récemment, celles des dignitaires arabes et musulmans, jusque là fort silencieuses. A défaut de faire la paix, une coalition semble se mettre en place. Tout cela témoigne de la multiplication des protestations devant l’inhumain, où l’on ne peut pas associer Dieu à ces pratiques. Des appels se font entendre pour créer une ONU des spiritualités, au vu du silence de l’ONU, aussi peu efficace que ne le fut la SDN (Société des Nations) à l’issue de la guerre 14-18. On fait mémoire de l’été 14, début de la première guerre mondiale et, dans le même mois dans notre région est fêté le soixante-dixième anniversaire de la libération. Toutes les guerres semblent se fondre en un unique et immense brasier digne de l’enfer. Des prières ont été prononcées, pour les chrétiens persécutés, les Yazidis et toutes les personnes qui souffrent dans leur cœur et dans leur corps : prières pour que vienne la paix, la réconciliation. Elles aussi ont mêlé les mémoires d’aujourd’hui, d’hier et d’avant-hier. Puissent ces prières faire grandir le désir de paix plus grand que la haine.

 

Plus proches de nous, voici le synode provincial à Merville et, bientôt, le synode des familles à Rome. L’étymologie du mot synode évoque le bout de chemin fait ensemble, dans l’espérance qu’un jour, autour de Jésus soient rassemblés dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés (Jean 11,52). L’un et l’autre synode sont attentifs aux déchirures qui font souffrir l’humanité. C’est là, dans ce monde en recherche d’avenir et de sens que les chrétiens sont appelés à célébrer le même Seigneur Jésus dans la diversité de leurs itinéraires.

Le désir de faire chemin ensemble ne signifie pas que tous doivent vivre à l’identique : chacun est amené à faire sa propre expérience spirituelle, sa propre rencontre de Dieu ; or nous savons que le visage de Dieu est multiple, car il s’adresse à chacun dans sa différence. Marie-Laure Rochette à La Malassise a évoqué les craintes de quelques-uns devant cette diversité et pourtant ! Que de richesses dans notre Eglise, dans nos Eglises. En catéchèse nous avons parfois le réflexe de vouloir faire arriver tous les participants au bout du chemin de la même manière, et voici des modules qui ne formatent pas tous les catéchisés de la même manière : comment faire ? Nous renouveler de l’intérieur.

 

L’on trouvera quelques échos du doyenné de Béthune-Bruay ; il est tout autre que celui de Hénin-Carvin que nous avons déjà présenté, ou de Lens-Liévin… Le “Faire Eglise” évoqué est celui de rassembler des chrétiens dans leur diversité et leurs solidarités. L’Eglise est appelée à se faire connaître et reconnaître autrement. Certains auront boudé de faire une célébration à Noeux-les-Mines, sous un chapiteau ; d’autres se sont gaussé que des chrétiens de différentes confessions aient prié ensemble. L’Eglise est une et diverse ; elle est appelée à rejoindre des hommes et des femmes dans la diversité de leur existences. Peut-être le christianisme a-t-il été trop rigoureux en installant des normes et des barrières d’exclusion, là où il aurait fallu tendre la main. Parmi les défis d’aujourd’hui, le pape François soulignait la disparité sociale, la joie qui s’éteint, la crainte et la désespérance qui s’emparent du cœur de nombreuses personnes. A nous de proposer la Joie de l’Evangile, celle qui naît d’avoir été reconnu par Jésus, venu chez nous, pour nous, sans aucune réserve ni exclusion.

Abbé Emile Hennart

 

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