FAQ11- Jean 13 dernier repas et lavement des pieds

Jean 13 dernier repas et lavement des pieds

N'oubliez pas de lire le texte de l'évangile et la fiche correspondante (fiche 11)

 

Quelle  a été la liberté de Judas? "Satan entra en lui" ?

“Aujourd’hui encore ne dit-on pas d’un enfant turbulent : il a le diable dans le ventre !” ? En quel sens faut-il comprendre cette affirmation ? Il serait dangereux de faire des interprétations “automatiques” entre la bouchée de pain et Satan qui entre en Judas.

 

Le geste de donner un morceau de pain faisait partie des coutumes du repas : le père de famille (ou le maître) rompt le pain et le partage avec les convives : c’est lui (Jésus) qui invite. On ne se sert que si le père de famille a d’abord donné la première bouchée de pain.

A lire le récit, Jésus utilise ce geste comme signe (en principe connu que du disciple qui a posé la question) pour répondre à la question “Qui est-ce ?” sans désigner nommément devant tous qui est le futur traitre.

 

Cène jeudi-saint Cène jeudi-saint  En lisant l’Evangile, on mesure que ce n’est pas quelque chose d’instantané, que c’était préparé, prémédité, comme l’exprime le verset 13, 2 : “alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer” Cette manière de parler laisse entendre que Judas a toute liberté pour mettre en œuvre –ou non- une idée qui lui passe par la tête. Judas avait rendez-vous avec les meneurs de la bande constituée en vue d’arrêter Jésus. Dire que Satan est entré au moment où Jésus donne un bout de pain est une interprétation fixiste. Il suffisait  Judas de donner le lieu où Jésus et son équipe de disciples passait la nuit (le lieu-dit mont des oliviers était un vaste bois planté d’oliviers où nombre de pèlerins souvent venu de très loin  installaient un bivouac pour la nuit, le jour ils se rendaient au Temple de Jérusalem, qui est juste en face des Oliviers. (Les pèlerins actuellement peuvent en mesurer la courte distance).

 

Le malaise entre Jésus, Judas et les autres devait durer depuis un certain temps, puisqu’au ch. 6, 70-71, après le pain partagé et le discours à la synagogue de Capharnaüm, Jésus s'exprime: "N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les Douze ? Et l'un d'entre vous est un démon." Il parlait de Judas, fils de Simon Iscariote…" Ou encore, lors du repas chez Marthe et Marie, 12, 4-6, on devine qu’entre Judas et les autres, il y a de l’eau dans le gaz. Je préférerai dire que Jésus laisse la liberté à Judas de “faire ce qu’il a à faire”, plutôt que de laisser entendre que Judas n’était pas libre à cause de Satan et de la bouchée de pain. (Relire le tout début du chapitre... où il faut comprendre l'expression de Satan comme commencement (ou reprise) de la tentation... Judas ira jusqu'au bout de son projet.

 

Une question semblable, concernant la liberté de l'homme et le pouvoir divin se pose aussi, à la fin du chapitre 12, 37-43, où Jean essaie de comprendre pourquoi les Juifs ont refusé de reconnaître Jéus : "Il a aveuglé leurs yeux, endurci leur coeur, pour qu'ils ne voient pas et que leur yeux ne comprenne pas..." 

 

"Celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon"

Que veut dire cette parole??

C’est une phrase à l'emporte-pièce, dans le style des proverbes ou paroles de sagesse. Cela fait allusion à la traîtrise de quelqu’un qui tourne le dos (le talon) contre un ami après qu’il ait mangé avec lui. Cette phrase est une citation du psaume 41, 10. Une fois de  plus Jean, comme les autres évangélistes, met en relation la vie de Jésus avec tel et tel passage de l’Ancien Testament, manière de “justifier” la vie de Jésus comme conforme aux Ecritures, alors que les adversaires Juifs affirment et affirmeront que Jésus ne correspond pas au modèle attendu d'après l'Ecriture

 

Y a-t-il deux Judas? (Judas et Jude)

Judas sort, selon 13, 30. Or il est encore question d'un Judas en 14, 22. Ce ne sont pas les mêmes. L'un est Judas Iscariote, l’autre Jude (Judas en grec). La traduction utilisée dans le petit livret pour las maisons d'E. a gardé le nom Judas, alors que d’autres traductions écrivent Jude, pour éviter la confusion.  En 14,22 certains traducteurs écrivent “Judas, -pas l’Iscariote-.  ”, pour éviter la confusion, ce que je n’ai pas fait.

 

Pourquoi Jean ne parle-t-il pas de l'institution de l'Eucharistie,

Cenacle Jérusalem Cenacle Jérusalem  comme les autres évangiles ? Saint Paul en parlait déjà, dans les années 55-60 dans la 1ère aux  Corinthiens 11, 17-27. Pour quelles raisons? Cenacle Jérusalem Cenacle Jérusalem  
Deux pélicans, cénacle Jérusalem
Deux pélicans, cénacle Jérusalem
On peut supposer que ce récit était bien connu et mis en application dans les communautés, en mémoire du Seigneur. Mais il est possible que la charité ait quelque peu faibli, et st Jean, tout comme st Paul doit interroger les communautés sur la faiblesse de leur charité. Il est intéressant de relire la fin de l'exhortation apostolique de Benoit XVI sur l'eucharistie, quand il rappelle que communier et vivre la charité sont indissociables. (Lire la fin de la page "La pensée sociale de l'Eglise")

 

Aimer comme Jésus nous a aimés... Et si on ne le connait pas?

Les actes d’amour envers le prochain quand on ne connaît pas Dieu ? Sont-ils pris en compte ? Un athée, un incroyant fait aussi plein de gestes de charité et d’amour : comment ces gestes sont-ils regardés par le Christ?  Voilà la question telle qu’elle m’a été posée.

Une telle question revient régulièrement dans les discussions en particulier à propos du jugement dernier. Il me semble que la parabole du jugement dernier en Matthieu 25 est parlante. Les deux groupes sont appelés les uns bénis, les autres les maudits. Or, les uns comme les autres posent la même question : "Quand t’avons-nous vu avoir faim, être malade ou étranger ?" Cette question posée laisse entendre que ni les uns ni les autres ne se sont rendu compte du geste qu’ils faisaient. Les uns ont fait, les autres n'ont rien fait. Ce n’est qu’à la fin du récit de la parabole que la signification du geste est révélée. Il me semble qu’on peut dire aux chrétiens comme aux athées, que  leurs œuvres de justice ou de charité s’adresse en fait au Christ.

 

Le péché et les péchés?

Autre proposition pour compléter le paragraphe ci-dessus. En Matthieu ch. 7 aide à comprendre l'importance des gestes par rapport ux paroles: "Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur ! Seigneur ! qui entreront, mais ceux qui font la volonté de mon Père". Autre exemple, la parabole du samaritain est éclairante elle aussi : deux professionnels du religieux (le prêtre et le scribe) quittent Jérusalem our Jéricho. QEn chemin ils aperçoivent un homme blessé, mais ils se détournent de l’homme blessé, tandis qu'un troisième, un samaritain, (considéré comme un étranger à la foi juive) lui, s’est occupé du blessé. Jésus conclut : lequel s’est rendu prochain de l’homme tombé au bord du chemin ?

 

Ceci dit, il faut être prudent dans nos analyse, car chez Jean le péché est celui qui refuse Jésus, qui refuse de croire qu'il est venu de Dieu. relire ch.1:la lumière était dans le monde, et le monde ne l'a pas reçu. Au ch. 3, c'est encore plus clair: "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. "Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n'est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu. Et tel est le jugement : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises. v.16-19. Attention, Jean ne fait pas des listes de péchés. Pour lui le péché c'es refuser l'envoyé de Dieu.

 

Le lieu de la cène (cénacle) et l'archéologie

cenacle cenacle  Le lieu dit cénacle est signalé pour le repas du jeudi saint et pour le lieu de la Pentecôte (actes 1-2). Or le bâtiment que les pèlerins visitent aujourd'hui sur le mont Sion est une construction des croisés datée du XIIème siècle. Grâce aux fouilles récentes, on a retrouvé en-dessous les vestiges d'une salle (chapelle dirions-nous) du IVème siècle qui a servi pour une assemblée chrétienne. La suite des fouilles mène au premier siècle et fait dire que l'on a construit le cénacle et cette chapelle à l'emplacement de ce que fut le cénacle au temps du Christ. Tout laisse à penser que c'est là que les disciples se réunissent avec Jésus quand il vient à Jérusalem, que c'est là aussi qu'ils se réfugient après la résurrection, quand ils ont peur des Juifs et verrouillent les portes (Jean 20, 19-26). C'est à cet endroit que se réunirent durant plusieurs décennies les premiers chrétiens sous la responsabilité de Jacques, le frère du Seigneur (éxécuté en 62)

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