Philippiens 1-2

Maison d’Évangile section 1

Lire les lettres de Paul-2

Lettre aux Philippiens Fiche 01

 

Introduction et action de grâce ; situation de Paul ; méditation sur le Christ

Section 1. Lettre aux Philippiens Ch. 1 et 2

Zoom : 2, 1-16.Le chrétien, à l’imitation du Christ.

(Remarque : Pensez à lire l’introduction dans le livret, p. 7-8)

 

Contexte de la lettre

Sur les pas de saint Paul Sur les pas de saint Paul  
Philippes ruines d'une basilique
Philippes ruines d'une basilique
Paul pose les pieds en Europe (en Macédoine) au port de Néapolis (ou ‘ville nouvelle’, actuellement Kévala), à quelques kilomètres de la ville de Philippes, en 49 ou 50. Fidèle à ses habitudes, Paul rejoint la ville principale : Philippes. C’est une ville au passé glorieux (lieu de naissance d’Alexandre), mais qui avait perdu de son intérêt jusqu’à l’arrivée des successeurs de Jules César en – 42. Au temps de Paul, c’est une petite ville où les vétérans de l’armée romaine viennent s’installer. Paul y rencontre une toute petite communauté juive (Actes 16, 11-40).

 

A la prédication de Paul, Lydie et sa maisonnée se convertissent à Christ. Riche commerçante de tissu (en particulier pour l’armée romaine), elle offre sa maison comme lieu de rassemblement pour la communauté naissante. Entre Paul et cette communauté, de nombreux liens et soutiens se développeront, dont témoigne la lettre.

Quand Paul écrit en 55, il est à Ephèse et en prison, probablement à cause de démêlés avec les administrateurs du culte d’Artémis. Il vient de recevoir un soutien matériel de Philippes et envoie Epaphrodite avec une lettre en retour. La lettre est un message de remerciements. Philippiens et Paul se connaissent, nous ne connaissons pas les Philippiens. Aussi faut-il discerner, au-delà des mots, tout ce qui unit Paul et ses destinataires. Ni lisons donc pas trop vite, pour comprendre les contenus sous-entendus, par exemple, que signifie concrètement « la part que vous prenez avec nous » ou encore « depuis le premier jour jusqu’à maintenant » ?

 

Présentation générale de la lettre

Comme pour toute lettre, selon le savoir-vivre de l’époque, Paul précise auteurs et destinataires de sa lettre. Leurs relations semblent excellentes. Mais on peut deviner qu’il y a des tensions dans la communauté. Aussi Paul décrit d’abord comment il comprend la mission du Christ au ch.2, avant d’expliciter une mise en garde contre des agitateurs (3,2). Paul termine par une exhortation à la concorde, à la paix, à la joie. C’est une lettre chaleureuse pleine d’affection.

 

Porter attention au vocabulaire, pour définir les différents personnages

  • Comment Paul se présente-t-il ? Le titre d’abord, puis ses activités et sa situation.
  • Qui sont ses collaborateurs ?
  • Sur les destinataires, comment s’expriment les rapports de Paul avec eux ?
  • Qui sont les opposants, quelles oppositions transparaissent ? Il faudra d’autres lectures, en particulier Galates et Romains, pour comprendre.

 

Serviteur (c’est-à-dire : esclave). Paul ne revendique aucune responsabilité envers les Philippiens ; comparez avec la qualification de Paul en Galates1,1. (L‘an dernier nous disions que Paul se valorisait trop ! Est-ce bien exact ?)

Episcope et diacre… nous avons vite fait de comparer ces mots décalqués du grec avec les mots ‘évêques et diacres’ aujourd’hui. Or les spécialistes estiment ne pas savoir comment était organisée cette toute première communauté, ni à quelles fonctions ces mots correspondaient. On ne sait pas. Retenons que ces mots signifient plutôt surveillants et serviteurs.

Saints. Mot souvent utilisé aux temps apostoliques pour dire la situation des membres de la communauté devant Dieu. Ils ont été baptisés, ils font partie de la communauté des saints.

Adversaires, chiens etc. La fin du ch.1, v. 27-30 fait allusion à des difficultés, des adversaires. Lesquels ? “Menez une vie digne de l’Evangile du Christ”, c’est une manière d’introduire l’hymne qui suit. Le salut vient du Christ et pas d’autre chose (la loi de Moïse, la circoncision dont il sera question surtout en Galates). “Vivant en plein accord” : il y aurait donc des disputes, entre judaïsants et partisans de Paul ? (Par judaïsants, nous désignons les chrétiens d’origine juive qui gardent ou imposent la tradition mosaïque.) Les judaïsants se considéraient-ils supérieurs aux autres chrétiens d’origine païenne ? Le Christ ne se caractérise pas par la manifestation d’une supériorité à notre égard : “Lui de condition divine… vous…”, aucune raison de se croire supérieur, car c’est Jésus qui nous tire vers le Père.

 

Zoom : Le chrétien, à l’imitation du Christ Ph.2, 1-16

Repérez l’hymne au Christ, c’est-à-dire 2, 4-12, distincte de l’introduction et de la conclusion qui sont appels à imiter le Christ au sein des communautés et à veiller à l’annonce de l’Évangile (2,1-5 et 2, 12-16). On pourrait ne retenir que l’hymne, très connue, lue le dimanche des Rameaux. Ce serait oublier que Paul se sert de la méditation sur l’expérience du Christ comme argument d’éducation pour les chrétiens à qui il s’adresse. Ce n’est pas qu’une invitation spirituelle pour temps paisible. C’est parce qu’il y a des problèmes entre chrétiens que Paul s’exprime ainsi. Ce problème, on le retrouve à plusieurs reprises, c’est le combat entre les chrétiens judaïsants qui prêchent le retour à la loi juive et à la circoncision, et les chrétiens d’origine païenne pour qui seuls comptent le baptême en Christ et le “suivre le Christ”.

 

Pour Paul, le mouvement du Christ part de Dieu et il vient chez nous ; il nous rejoint pour que tout homme puisse se tourner vers le Père. Il y a là une certaine ressemblance avec le prologue de l’Evangile de Jean : “Le Verbe était avec Dieu… ; il est venu chez les siens…”

 

La kénose. Pour parler du mouvement du Christ vers nous, certains théologiens parlent de kénose : Christ qui se vide pour devenir l’un de nous. Certains commentateurs se demandent si Paul n’aurait pas en tête le comportement inverse qui se développe alors dans le monde romain, comportement qui consistait à diviniser l’empereur. Caligula (empereur 37-41) aurait même voulu faire installer sa statue dans le saint des saints au Temple de Jérusalem. Bientôt les empereurs seront divinisés de leur vivant. Y aurait-il, de la part de Paul, une critique des pratiques mystiques de l’empire romain, en donnant un contre-modèle, en présentant le Christ à l’opposé des représentations de l’empire ? Ce n’est pas impossible. Si on en avait le temps, il faudrait étudier l’ensemble des rapports de Paul avec l’autorité de Rome (par ex. lire Chantal Reynier, Vie et mort de Paul à Rome).

 

Précisions sur la querelle Paul/judaïsants : cf. 1 Co, 7, 18-19 ; Actes15 ; Galates 1-3, Romains 3, 21 à 7, 25, etc. Ici, en Philippiens, Paul parle seulement des tensions au sein de la communauté. C’est bien plus tard qu’il fera la théologie de sa pensée. L’objectif est d’annoncer l’Evangile du Christ, mais tous ne disent pas la même chose sur le salut en (par le) Christ et non le salut par la Loi de Moïse. Pourtant Paul avait été très clair lors de son premier enseignement à Antioche de Pisidie, (en Galatie du Sud) d’après les Actes 13, 38-39, concernant le salut d’après Moïse et le salut par Jésus-Christ. Se rappeler aussi l’assemblée de Jérusalem en Actes 15. Des prédicateurs de tendance conservatrice étaient repassés derrière saint Paul pour en revenir à Moïse et à la circoncision, un peu comme certains courants de prédicateurs après Vatican II voulaient en revenir au concile de Trente ou de Vatican I contre les souhaits du pape Jean XXIII et du concile, au point de restaurer l’ancienne liturgie plutôt que la langue vernaculaire. C’est la façade extérieure (Moïse ou les règles de comportement) qui cache en profondeur des rivalités théologiques sérieuses. C’est pour cette raison que Paul développe le mouvement du Christ au ch. 2. Le Christ, ne se croit pas supérieur à nous, contrairement à certains prédicateurs, il s’est fait l’un de nous… jusqu’à mourir pour nous. L’objectif est bien d’annoncer Christ qui agit pour la gloire de Dieu, et le salut du monde, pour que tous chantent la gloire de Dieu.

 

Pour aller plus loin

Philippiens. Parmi eux, Lydie que Paul a baptisée. On ne dit pas grand chose d’elle, sans doute a-t-elle fait beaucoup plus que recevoir le baptême. On sait qu’elle ouvre sa maison à la nouvelle communauté ; elle a même obligé Paul à accepter son hospitalité. (Actes 16). C’est sans doute par elle que s’est développée la générosité des Philippiens auprès de Paul, au milieu des désagréments qu’il a rencontrés (à Thessalonique, Bérée, Athènes, Corinthe, Ephèse). Ph 2, 25 et 4, 18 expriment la relation de soutien grâce à Epaphrodite.

Il s’est passé au moins cinq ans entre la première évangélisation de Philippes et la rédaction de la lettre de Paul. Mais il y a eu bien d’autres relations ordinaires, non exprimées dans le courrier.

 

Paul emprisonné. Nous connaissons au moins l’arrestation de Paul à Césarée, son appel auprès du tribunal de l’empereur, son départ de Césarée vers Rome (Actes 21,27 à 28,16). On sait aussi qu’il a été emprisonné au moins une nuit à Philippes. En effet, les Romains toléraient la présence des Juifs dans les cités, sous réserve qu’ils ne fassent pas de prosélytisme. Quand Paul annonce l’Evangile et baptise… cela ne plaît pas à tout le monde, d’où l’arrestation.

Paul est aussi emprisonné à Ephèse, même si ce n’est pas explicité dans les Actes. On sait qu’une cabale a été fomentée par les fabricants et les vendeurs d’ex-voto et de statuettes. L’enseignement de Paul risquait de nuire à leur commerce. Mais le gouverneur d’Ephèse n’a pas voulu intervenir à ce sujet. Paul a pu continuer sa mission à partir d’Ephèse.

 

Artémis. Déesse de la fécondité et de la chasse (Diane chez les Romains). A Ephèse, son sanctuaire était l’une des sept merveilles du monde (6è-4è avant J-C). Une statue la représentait comme déesse de la fécondité aux multiples seins. Signe de sa renommée, une copie de la statue fut retrouvée dans le Rhône à proximité d’Arles. La prédication de Paul a dû être très mal reçue, d’où son arrestation et son emprisonnement. Philippiens fait référence à cet emprisonnement. Ph. 1, 12-13.

 

 

Prier la Parole

Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus :

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu,

ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.

 

Mais il s'est anéanti,

prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.

Reconnu homme à son aspect , il s'est abaissé,

devenant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix.

 

C'est pourquoi Dieu l'a exalté :

il l’a doté du Nom, qui est au-dessus de tout nom,

afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse,

au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame :

“ Jésus Christ est Seigneur” à la gloire de Dieu le Père.

Ph 1, 5-11

 

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Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 410 visites