Sel de la terre et lumière du monde

Edito EA 5-2016

 

 

Au cours de l’année de la Vie consacrée, qui s’est terminée le mois dernier, les religieuses des communautés de vie apostoliques étaient invitées à relire leur itinéraire personnel et communautaire. La relecture des intuitions, le chemin parcouru depuis l’appel personnel ont favorisé une meilleure compréhension de la vocation d’hier à aujourd’hui. Un rassemblement national à Lourdes a présenté la richesse et la diversité de cette vie apostolique et, en particulier, la proximité avec les plus démunis, avec les “sans…”. Au cours des assemblées par région, les communautés ont rendu grâce au Seigneur, tout en s’interrogeant sur l’avenir de leurs communautés et de leur témoignage. Nous devrions reprendre la question des vocations, religieuses et prêtres, au mois d’avril.

 

Nous avons encore en mémoire le voyage du pape au Mexique, du 12 au 17 février, ses paroles et les images qui font sens. Sa visite a offert un moment de communion nationale à un pays divisé par ses inégalités et déchiré par le narcotrafic, source de corruptions, de violences et cartels formant un pouvoir parallèle à l’État. Autres images : la présence du pape dans la région la plus pauvre au Chiapas, la célébration finale à la frontière des Etats-Unis où il a pris la défense des migrants : “construire des ponts et non des murs”. Il a pu apprécier la chaleur d’un peuple ; il l’a aussi encouragé dans ses luttes contre tout ce qui le défigure.

 

Pendant ce temps, chez nous, la zone côtière est confrontée à la présence d’autres migrants fuyant la guerre et la haine. De nombreux bénévoles et membres d’associations et, parmi eux des chrétiens, essaient d’apporter un peu de soutien et d’humanité. Pour ces réalités aussi, on peut évoquer la construction de murs ou de ponts. Certaines paroles ou discours peuvent attiser un souffle de vie, ou, au contraire, souffler un vent de rejet. Il ne suffit par de relire dans l’Exode : “J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple“, il faut encore entendre la suite : “va, je t’envoie !” (Exode 3) 

 

La rencontre du pape François avec Cyrill, patriarche de l’orthodoxie russe donne à espérer de futurs rapprochements. A cette occasion, il a été possible de mesurer la complexité des relations : 1054-2016, c’est presque un millénaire qu’il faut se réapproprier. Nous sommes plus sensibles aux relations avec les Eglises réformées qu’avec les Eglises orthodoxes. L’ouverture de lieux de pèlerinages orthodoxes aux catholiques pourrait être une étape. L’abbé Guy Pillain nous invite à espérer mais aussi à mesurer les difficultés sur ce chemin de rencontres.

 

Le temps de carême est un moment où la foi s’éveille et se confirme : des catéchumènes se préparent au baptême célébré lors de la veillée pascale ; des jeunes en catéchèse participent aux initiatives pour grandir dans la foi : Dimanche Parole en fête ou Graine de Parole. Cela suppose la mise en œuvre de méthodes actives, ludiques qui donnent vie à l’Evangile. Des adultes, parents mais aussi des paroissiens, s’ils le souhaitent, les accompagnent. De quel Dieu sommes-nous témoins auprès d’eux ? Quel visage de Jésus saurons-nous leur montrer ? Le message pour la nouvelle évangélisation invitait à imiter le Christ qui s’entretient avec la samaritaine. C’est un Christ en sortie, en Samarie et sur les chemins du monde, qui offre l’amour d’un Dieu Père de miséricorde… en paroles et en actes. “Comme Jésus au puits de Sychar, l’Église aussi ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps, pour rendre présent le Seigneur dans leur vie.” (Synode 2012).

 

“Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde”, nous dit Jésus dans l'Evangile. Enfouissement et annonce explicite. A nous de donner goût et lumière autour de nous, là où le Seigneur nous a plantés

 

Abbé Emile Hennart

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