Suivre Jésus sur le chemin

30ème dimanche ordinaire

Jérémie 31, 7-9, Retour joyeux des rescapés ; Hébreux 5, 1-6 ; Marc 10, 46-52

 

Pour qui a pris conscience de l’itinéraire littéraire de saint Marc, il n’est pas difficile de reconnaitre que le ch. 10 se trouve à la fin de la route qui mène Jésus de Galilée à Jérusalem. L’Evangile s’arrête aux portes de Jérusalem et le chapitre suivant introduira au temps de la passion avec la montée de Jésus vers le Temple, entouré de foules qui l’acclament palmes à la main.

 

Marc fait traverser Jéricho sans qu’on ne s’y arrête, mais à la sortie voici un épisode où les différents personnages sont campés dans une attitude en rapport avec l’Evangile. On y trouve une grande foule, Jésus, les disciples, un aveugle sur le chemin. L’aveugle crie et la foule lui demande de faire place à Jésus qui va passer. Si on avait filmé la scène on aurait se représenté ces disciples attitré rejetant sur le bas-côté un intrus… les affidés du Christ ne mettent même pas en œuvre les consignes du Christ qui s’époumone tout au long de son itinéraire pédagogique à faire comprendre aux disciples que les derniers seront les premiers au Royaume de Dieu. Il faut que le Christ lui-même demande qu’on le fasse venir près de lui pour que le mur d’opposition s’entre ouvre et laisse place à l’infirme : “le maitre t’appelle, disent-ils”. Un bref dialogue s’établit entre Jésus et l’aveugle Bartimée. On est déjà à la fin de l’histoire : guéri, l’homme a retrouvé la vue et il suivait Jésus sur le chemin. En lisant le récit, on a même l’impression que les disciples sont laissés sur place tandis que Jésus progresse vers le lieu capital suivi de l’aveugle.

 

L’essentiel du récit a pour but de montrer ce que suivre Jésus signifie, et qui le suit. On se doute bien que les habitués ont suivi Jésus, mais ils ne sont plus à la première place. il y a maintenant Bartimée. La fin de l’évangile de Matthieu, avant la passion nous parle du jugement dernier où le service du pauvre est mis en avant. Ici, Marc est plus succinct, plus suggestif. Les foules ont oublié de se mettre au service du pauvre et l’exclu, c’est lui qui se retrouve à la première place derrière Jésus. Bientôt l’Eglise n’aura à la bouche que le mot miséricorde… Mais peut-on parler de miséricorde pour ces foules qui suivent Jésus et ne rectifie leur tenue que lorsque le Christ aura explicitement commandé “Appelez-le”, alors que le mouvement de miséricorde devrait être instinctif.

 

Ce qui s’est passé autour de Jésus à la sortie de Jéricho peut sans doute se reproduire encore aujourd’hui. Lors de la Cène, le jeudi-saint, Jésus ne demande pas de faire comme lui, mais d’agir chaque jour en mémoire de ce qu’il a fait afin de faire comme lui à notre tour. Faut-il donc que l’évêque d’Ajaccio rappelle explicitement aux chrétiens de l’île de beauté qu’il faut accueillir l’étranger pour que ces foules des temps modernes acceptent d’accueillir le migrant ? Faut-il donc que ces baptisés du Pas-de-Calais soient rappelés à l’ordre de l’Evangile, eux qui font appel aux racines chrétiennes du Royaume de France pour qu’un peu plus d’humanité chrétienne jaillisse du cœur des hommes à l'intention de ces foules de migrants qui traversent le département ?

 

Enfin, comme nous serions tous heureux, si nous pouvions, à la suite de Jérémie, proclamer à chaque personne de notre monde contemporain que le Seigneur les accompagne sur leur chemin, que le Seigneur les fait sortir des lieux de pleurs et de supplication. E.H.

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