Fiche 1 1.Thessaloniciens 1-3

Pour lire les lettres de Paul

Fiche 1/2  

1 Th. ch 1-3. Salutation et action de grâces

Actes, carte des voies romaines Actes, carte des voies romaines  

Présentation générale

Au cours de son 2éme voyage missionnaire, entre 48 et 52, (Cf. Luc, Actes 15, 36 à 18, 3) Paul a porté la Bonne Nouvelle à Philippes, où il a subi des réactions hostiles de la part de Juifs. Il doit quitter la ville. En suivant la voie romaine d’Est en Ouest (via Igniatia), il arrive à Thessalonique, d’où il est aussi éjecté par “des gens venus d’ailleurs”. Il semble que ce soient des Juifs qui avaient le bras long et des appuis assurés auprès des autorités. Paul se réfugie d’abord à Bérée puis à Athènes. De là, il envoie Timothée aux nouvelles à Thessalonique. Timothée ne rapporte que de bonnes nouvelles des convertis et quelques questions. Paul s’empresse d’écrire à la communauté qu’il a récemment fondée. La lettre aux Thessaloniciens, est la première trace écrite, le premier courrier d’un évangélisateur à des chrétiens nouvellement baptisés. La lettre a dû être envoyée depuis Corinthe en 48.

 

Dans notre parcours, il n’est pas prévu de lire la 2ème aux Th. Cette seconde lettre a été dictée peu après la première et on trouve de nombreuses ressemblances de l’une à l’autre. Ces deux lettres sont des témoignages capitaux sur la vie des premiers chrétiens. L’une et l’autre portent les traces de ce que pouvait être la foi commune des premiers chrétiens en Christ ressuscité. Ces lettres sont aussi témoignage de l’activité missionnaire, bien avant la rédaction des Actes, 30 ans plus tard. Quelques éléments de la vie chrétienne sont signalés : la prière, le travail, la charité. Foi, espérance et charité sont énumérées ensemble. Dans ces lettres est posée la question de la durée (supposée courte) entre le présent et le retour de Jésus (la Parousie) : pour eux c’était très bientôt… Paul devra freiner leur ardeur : “N’allez pas trop vite perdre la tête ni vous effrayer de révélations qui vous feraient croire que le jour du Seigneur est arrivé… (2 Th. 2, 1-5). Il y avait donc d’autres prédicateurs, d’autres courants de pensée. Pour notre lecture, portons attention aux relations manifestées par Paul envers la toute jeune Eglise de Thessalonique.

 

Vue d’ensemble : Que du bonheur !

C’est la première impression de lecture, tant Paul rend grâce à Dieu pour l’expérience croyante des Thessaloniciens. Prenez le temps de voir les sentiments exprimés : “Comme une mère nourrit ses enfants et les entoure de soins”, v.7 ou “Comme un père pour ses enfants” v.2. Nous ne connaissions pas Paul avec tant d’affection relationnelle ! Une analyse plus poussée repèrera comment sont définis les rapports entre l’auteur, Paul et ses destinataires, les chrétiens de Thessalonique. On peut essayer, par ex. en 1,9 ; il faut s’arrêter sur les verbes et formulations employés par Paul : votre foi a fait de grand progrès ; l’amour les un pour les autres ; persévérance dans les épreuves ; notre annonce de l’Evangile chez vous… vous nous avez imités ; quel accueil vous nous avez fait… La manière dont sont construites les phrases articule Dieu, Paul et les Thessaloniciens. La formulation ne nous est pas habituelle. (Voir aussi fin ch.2)

Paul mosaique Istamboul Paul mosaique Istamboul  On n’oubliera pas que l’annonce et la lettre ne sont pas une affaire personnelle : Silvain et Timothée sont associés à Paul pour la mission d’annonce (nous…) et pour la prière (nous, v. 3, etc.). Paul désigne Timothée comme collaborateur de Dieu et non comme son propre collaborateur.

Paul rappelle l’accueil qui lui a été fait à Thessalonique après ses déboires et l’accueil fait à son enseignement.

Paul exprime ses sentiments. Il évoque Philippes et l’opposition qu’il y a subie, le rôle des fidèles du judaïsme dans cette opposition. Repérez les allusions aux personnages et groupes. On y reviendra dans le zoom. Exprimez votre première impression sur ces trois chapitres…

 

Paul soutient et confirme certaines attitudes de ses lecteurs, comme ici, mais il lui arrive aussi de s’emporter avec véhémence et selon une dureté qui peut nous surprendre. Tout cela nous invite à chercher à comprendre et à mettre de la distance entre nous, aujourd’hui et Paul hier. Par exemple, Paul essaie de s’expliquer auprès des Thessaloniciens (ch. 4 et 5), ou auprès des Corinthiens (ch2, 1-2 et ch.15) au sujet de la résurrection des morts. Il emploie des images de son temps qu’il nous faut décrypter. Ailleurs il traitera les Galates de stupides (Gal 1) ou s’emporte violemment contre Pierre (Galates 2,11) Le rapport exprimé par Paul entre lui et ses destinataires nous invite à prendre la mesure d’un contexte différent entre Paul et nous.

Par où commencer ?

  • Repérer comment l’auteur donne des précisions sur lui-même ?
  • Repérer comment Paul présente ses destinataires (par ex les Thessaloniciens, ou les Corinthiens divisés en partis, ou les Galates qualifiés de stupides !) ? Pour les Thessaloniciens, c’est évidemment de l’empathie, de la grande proximité affective. Toutes les lettres ne seront pas sur ce ton (ch. 1 à 3).On trouvera aussi de la désillusion, des accusations de déviation, des condamnations.

J’aime bien imaginer Paul en train de ferrailler avec ses destinataires, quelquefois affectueusement, mais d’autres fois de manière rugueuse, par exemple au début de 1 Corinthiens.

 

Structure de la section :

  • Première action de grâce  (1,2 à 2, 12)
    et action des apôtres à Thessalonique.
  • Deuxième action de grâce  (2, 13 à 3, 10)           
    et accueil de la Parole par les Thessaloniciens ; le souci de Paul envers les croyants. L’opposition des Juifs
  • Prière de conclusion de la première partie (3, 11-13). Prière à Dieu Père et évocation de la parousie (retour du Seigneur)

 

Zoom 1, 3-10. L’accueil de l’Evangile

Sitôt rédigée l’entête, v. 1 et 2 où, selon les règles d’écriture de l’époque, sont indiqués auteur et destinataires, Paul se lance dans une grande action de grâce envers Dieu pour les Thessaloniciens. Toute lettre se doit de commencer par une prière de louange. Paul développe fortement ce temps. Il y exprime une forte relation d’amitié envers ses destinataires. Sa prière de louange commence par une triple expression qui deviendra en théologie chrétienne les trois vertus théologales «foi, espérance et amour (charité) ». Reprendre les questions prévues dans la fiche 0.

  • Comment Paul se définit-il, définit-il son action ? (Il travaille jour et nuit, prie, se soucie des Thessaloniciens, etc.) On sait par ailleurs que Paul connaissait le métier de fabriquant de tentes) Il ressemble aux prédicateurs itinérants, de différentes religions très présentes à travers l’empire. Autour d’eux s’agglutinaient quelques dizaines de personnes, guère plus.
  • Comment Paul décrit-il les Thessaloniciens, ce qu’ils font : accueil, modèle, dociles, affectueux, fidèles qui imitent les prédicateurs. Beaucoup de croyants sont d’origine païenne.
  • Dieu-Père, le Fils, l’Esprit : lisez ce qui est attribué ou associé à chacun… L’action de grâce au Père ; le salut au Fils ; l’annonce à l’Esprit.

 

Pour aller plus loin

Le mot Evangile. Dans ses lettres Paul l’emploie une soixantaine de fois ; cinq fois dans la section que nous lisons. Pourtant aucun Evangile n’a encore été rédigé ? L’emploi fréquent du mot dit son importance pour Paul. Le mot évangile est utilisé déjà par Isaïe, pour signifier un heureux évènement. Le mot Evangile est la transcription du grec eu-anggelion signifiant Bonne Nouvelle : Paul annonce la Bonne Nouvelle de Jésus qui apporte le salut de Dieu. Marc 1,1, emploiera le même mot pour définir son œuvre.

 

L’Eglise des Thessaloniciens qui est en Dieu. Le mot Eglise est employé par Paul, par Jeagora Thessalonique agora Thessalonique  an, Luc ou Jacques pour désigner l’assemblée locale : l’Eglise qui est à Corinthe, Thessalonique, Ephèse, etc. Le mot avait été choisi par les traducteurs de la Bible en grec (Septante) pour désigner l’assemblée locale convoquée, rappelant que c’est Dieu qui convoque son peuple (Lévitique 23, 3 et Exode12, 6). Plus tard, les Juifs de la diaspora préféreront garder le mot synagogue ou “lieu, maison de prière”. Il ne faut pas s’imaginer l’Eglise très nombreuse autour de Paul. S’il y a quelques habitués de la synagogue, il y a surtout des sympathisants d’origine païenne.

 

Foi, espérance, charité. (1,3). Chaque mot de la triade supposerait de longs développements. Foi active : la foi est une caractéristique du Juif, comme du Chrétien. Elle fait totale confiance à Dieu et à Jésus-Christ. La foi n’est pas une simple adhésion à des idées, elle est active.

La charité/agapé. Le mot charité ou charitable a été édulcoré au fil des siècles vers la dimension vertueuse. Les chrétiens ont créé le mot nouveau agapé pour dire que c’est plus que de la tendresse. Le chrétien se met en peine, même si cela lui coûte cher. L’agapé est un amour qui se met en peine. (Cela rejoint la foi active !)

L’espérance. Pour le chrétien elle est fondée sur le mystère de mort/résurrection du Christ. Elle est à la fois attente et certitude d’obtenir l’objet de la promesse : la Vie avec le Seigneur.

 

Les Juifs Paul utilise une fois le nom Juifs en Thessaloniciens. Il ne les porte pas en odeur de sainteté ! Pourtant Paul lui-même se revendiquera Juif, Pharisien. Mais ici Paul parle des Juifs comme opposants à Jésus et aux chrétiens, un peu comme le fait saint Jean. Paul leur reproche d’avoir crucifié Jésus (cf. Pierre à Jérusalem, Actes 2, 23), d’avoir refusé le message de l’Evangile, d’avoir empêché la prédication auprès des païens (à Antioche de Pisidie, Actes 13, 45 ; à Philippes, à Thessalonique). Ce n’est pas de l’antisémitisme comme on le verra chez les chrétiens au XIème siècle, c’est l’expression du conflit entre Jésus et les autorités juives, entre l’Evangile de Jésus proclamé par Paul et la Loi de Moïse défendue par “les Juifs”… Le souvenir des conflits entre Paul et eux, de ville en ville explique l’animosité de Paul, lui qui a dû abandonner les Thessaloniciens !

 

La colère de Dieu. Expression consacrée, déjà dans l’A.T. Parfois, la Bible parlera d’un Dieu jaloux. Rien à voir avec nos colères ou nos jalousies humaines : Dieu ne peut pas tolérer le péché. Il n’a d’autre désir que de faire participer l’homme à sa sainteté. Dieu est un Dieu de miséricorde (lent à la colère et plein d’amour…Ps 86,15). Il invite à la conversion. Parler de colère pour Dieu c’est une manière humaine d’exprimer son aversion envers tout ce qu’il ne peut pas tolérer.

 

Paul, prédicateur itinérant! Dans l’antiquité, ils étaient nombreux à prêcher chacun sa religion. Jésus lui-même avait envoyé les disciples deux par deux (Marc 6, 7-8). On trouve aussi des philosophes qui créent leur école. En général, ce sont de petits groupes d’adeptes. La Macédoine et l’Achaïe sont deux régions limitrophes qui constituent la Grèce antique.

C’est vous qui êtes notre gloire et notre joie [Puisse-t-il en être de même entre vous et vos pasteurs aujourd’hui !] Si Paul est aussi affectueux envers ses lecteurs, c’est aussi parce qu’il avait craint que Satan ne l’emporte sur l’annonce de l’Evangile et brise leur relation (2, 17-20).

 

Remarques sur les techniques de lecture : Porter attention aux acteurs nommés (personnes ou sujets de verbe actif) est un moyen pour détourner notre esprit de ce que nous avons déjà en mémoire, afin d’avoir l’esprit plus libre, plus attentif à des détails du texte. Observer les détails empêche de lire trop vite, parce que cela requiert toute notre attention !

Rappel des 4 intuitions des maisons d’Evangile : lire l’ensemble ; lire ensemble ; oser prendre la parole ; devenir familier de l’Ecriture

Nous faisons le choix de commencer par “lire ce qui est écrit”, même si l’on ne comprend pas tout, plutôt que d’inviter à parcourir les nombreux textes explicatifs. Des précisions sont utiles, concernant Paul, son itinéraire, les Thessaloniciens… mais la première source est le texte de Paul. On pourra relire le 2ème voyage de Paul en Actes 16 et 17. Son arrivée à Thessalonique, puis à Athènes, son arrivée à Corinthe (Actes 16,16 à 18, 18). Il existe aussi des biographies : Marie-Françoise Baslez ou Alain Decaux, ou encore des commentaires spécifiques de chaque lettre. Mais rien ne remplace notre confrontation personnelle au texte puis la méditation personnelle.

 

Prière : Christ, n'a plus que nous...

Depuis la mort et résurrection du Christ,

la prédication de l’Evangile repose sur les disciples et nous-mêmes.

 

"Christ, n'a pas d'oreille...

Il n'a que nos oreilles pour entendre le cri de nos frères.

Christ, n'a pas d'yeux...

Il n'a que nos yeux pour rayonner sa présence en nos vies.

Christ, n'a pas de lèvres...

Il n'a que nos lèvres pour parler de lui aux humains d'aujourd'hui.

Christ, n'a pas de main...

Il n'a que nos mains pour faire son travail aujourd'hui.

Christ n'a pas de pied...

Il n'a que nos pieds pour conduire les humains sur son chemin.

Christ, n'a pas d'aide...

Il n'a que notre aide pour mettre les humains à ses côtés.

Nous sommes la seule Bible que le public lit encore.

Nous sommes le dernier message de Dieu écrit en actes et en paroles."

(Anonyme rhénan du 14ème siècle)

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 1314 visites

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