Vendredi saint

Méditation sur l’Évangilede Jean ch. 18-19

Christ en majesté Christ en majesté  Au cours des quelques jours qui précèdent le vendredi saint, j’étais amené à relire le récit de Jean, chapitres 18-19, partageant les découvertes avec de nombreux lecteurs en maisons d’Évangile. Jean décrit de manière très personnelle le parcours de Jésus, depuis le passage du Cédron jusqu’à l’ensevelissement dans une tombe ‘toute neuve’. De nombreux chrétiens ont pu lire et entendre cet Evangile à l’office du Vendredi saint.

 

Ce qui a le plus étonné, c’est le nombre des “petits détails” propres à Jean et des multiples omissions, comme la prière de déréliction, l’assoupissement des disciples, l’absence de jugement chez Caïphe, les faux témoignages, l’absence de quolibets lors de la flagellation ou au pied de la croix. Jean porte attention à certains détails ignorés des autres récits, comme : Jésus debout, seul devant les gardes qui tombent à terre : pas de baiser de Judas ; la tunique à ne pas déchirer, le coup de lance, l’eau et le sang, etc.

 

Il n’est pas trop tard pour entreprendre une lecture comparative entre Jean et Marc ou Matthieu ; c’est une manière de méditer les textes de la liturgie, de découvrir l’originalité voulue par chaque évangéliste, par Jean en particulier. Autrefois, les commentateurs attribuaient les différences chez Jean à son grand âge, à l’éloignement entre les évènements et la mise par écrit. Aujourd’hui d’autres commentateurs insistent sur la dimension spirituelle particulière de la tradition johannique. C’est l’heure de la révélation où le Christ, roi des Juifs, apparait comme celui qui garde toute sa dignité et sa liberté. C’est Lui qui se présente à la troupe et non l’inverse ; c’est Lui qui interroge le serviteur qui le gifle ; c’est encore Lui qui rappelle à Pilate de où vient son pouvoir, etc. Jésus porte seul sa croix et Jean omet de signaler que, par trois fois il tombe. Au centre de la séquence chez Pilate, Jésus est flagellé, couronné ; c’est alors qu’est révélé son identité “Honneur à toi, roi des Juifs !“ Sept fois, le mot roi sera répété jusqu’à son écriture en trois langues sur l’écriteau. Jean signale que les autorités juives se sont reniées, ont abandonné leur messianisme pour ne reconnaître qu’un seul roi, César : que sont donc devenus ces bergers d’Israël ?

 

Christ en majesté. Email 12è s. Christ en majesté. Email 12è s.  Au pied de la croix, Jean reçoit la responsabilité de la nouvelle famille : Marie, l’Eglise. Désormais Jean sera le témoin authentifié qui reçoit mission pour que croie et vive cette nouvelle famille. L’ensevelissement du corps, entouré de bandelettes imprégnées de kilos d’aromates suppose un certain temps, bien plus que ne le disent les synoptiques : pour Jean c'est un enterrement royal et non enterrement à la va-vite ! Il ne dit pas que les ténèbres envahissent la terre mais, du corps transpercé, naît la vie pour tout homme qui se tourne vers Lui.

 

L’évocation du sang et de l’eau signe à la fois la mort du Christ et la naissance de l’Eglise : évocation de l’eau du baptême et du sang de l’Alliance nouvelle, sacrements de la première Eglise. Jean préfère parler du Christ élevé, glorifié et non humilié, douloureux. Il en est de même dans l’art de représenter la croix. Selon les courants spirituels, on trouvera le Christ douloureux des Jansénistes, on trouvera aussi le Christ en majesté, glorifié, vêtu comme un roi (traditions orientales, chapelle de Condette, de Zuydcoote).

 

Jean est témoin d’un Christ qui passe la mort, qui donne vie au monde. Il ne condamne pas : “Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance”. De quel Christ sommes-nous les témoins ? Responsables en EAP, responsables en catéchèse ou catéchuménat ; responsables de l’annonce pour et avec des communautés, il nous appartient de rendre compte de l’espérance du Christ ressuscité. Saint Jean rend compte d’un Christ élevé, glorifié, qui attire les regards à lui.

“Il y a des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques”… A nous de rayonner de la Joie de l’Evangile et du Christ ressuscité. Heureuse fête de Pâques !

Abbé Emile Hennart

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