Homélie du 12/10/2020, Fête de la Dédicace Abbaye ND de Wisques

Homélie du 12/10/2020, prononcée à l'abbaye Notre-Dame de Wisques, Fête de la Dédicace

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Homélie prononcée

à l’abbaye Notre-Dame de Wisques

le lundi 12 octobre 2020, solennité de la DÉDICACE de l’église,

par le Très Révérend Père Dom Philippe de Montauzan,

Abbé de Saint-Paul de Wisques

 

 

1 R 8, 22-23. 27-30 : prière de Salomon le jour de la dédicace du Temple.

Ap 21, 1-5a : la Jérusalem céleste.

Lc 19, 1-10 : Zachée accueille Jésus chez lui.

 

 

 Mes très Révérendes Mères, mes Sœurs, chers Frères et Sœurs,

 

 

            La solennité de la Dédicace enchante nos cœurs et nos âmes, chaque année. Rendons grâces à Notre Mère, l’Eglise sainte et immaculée, qui a inspiré à ses Pasteurs de ne pas se contenter d’une cérémonie de Dédicace lors de l’inauguration de l’édifice nouvellement construit, mais de permettre à ses enfants de revivre et le Mystère et sa célébration liturgique, année après année. En fait cette prescription de faire mémoire des dons de Dieu lors des anniversaires annuels vient de l’Ancien Testament, coutume que le Nouveau vient parfaire et accomplir selon les paroles et les actions de Jésus Lui-même.

            Pas un iota de la Loi et des Prophètes ne sera oublié ni négligé, et la prière de Salomon demeurera tant que la terre n’aura pas reçu la dernière visite, le dernier avènement du Seigneur. "Écoute la supplication de ton serviteur et de ton peuple Israël, lorsqu’ils prieront en ce lieu. Toi, dans les cieux où tu habites, écoute et pardonne." (1 R 8, 30)

            La suite de la prière énumère toutes les fautes, tous les péchés d’Israël, ou plutôt toutes les conséquences de ses fautes et de ses péchés : la défaite devant l’ennemi, la sécheresse, la famine, la captivité, toutes les calamités dont peut souffrir l’humanité et en particulier le peuple élu. Et Dieu promet de pardonner à son peuple élu toutes ses infidélités pourvu qu’il revienne à Lui et se reconnaisse pécheur, car, dit Salomon, "il n’est pas d’être humain qui ne commette quelque péché"(ibid., v. 46). C’est déjà l’appel à la Miséricorde infinie qui sera le centre, le cœur de la prédication du Seigneur, signée du sceau de son propre Sang lors de sa Passion et de sa Mort.

            La Liturgie d’aujourd’hui avec la deuxième lecture enjambe toute l’histoire du salut pour nous transporter dans l’éternité. Cette fois, c’est la Jérusalem céleste qui descend du ciel vers la terre, symbole de la prière définitivement exaucée par cette même Miséricorde infinie qui a suscité la prière de supplication de l’Ancien Testament : "Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus… Voici que je fais toutes choses nouvelles." (Ap 21, 4. 5)

            L’Evangile selon saint Luc avec l’épisode de la conversion de Zachée prend ainsi tout son sens en cette Liturgie de la Dédicace. Là encore nous sommes en présence de la Miséricorde infinie du Sauveur qui prend la défense de Zachée, symbole du pécheur public indigne du salut aux yeux des justes de l’époque, et pas seulement les Pharisiens ou membres du Sanhédrin ; saint Luc dit bien : "Tous récriminaient." (Lc 19, 7)

            Vous avez la grâce insigne, mes Sœurs, de célébrer la Liturgie quotidienne, l’opus Dei, l’œuvre de Dieu par excellence, au nom de l’Eglise et de tout le peuple chrétien, dans une église consacrée par la Liturgie solennelle de la Dédicace. Et vous êtes habituées – sainte habitude toujours vivifiée par le Mystère de la Foi – à chanter les magnifiques mélodies grégoriennes de l’office et de la Sainte Messe : "Domum tuam, Domine, decet sanctitudo", "Domus mea domus orationis vocabitur". Votre maison, Seigneur, est une maison de prière, car elle est sainte, fondée sur la pierre solide ; ses murs sont ornés de pierres précieuses et ses portes étincelantes de joyaux magnifiques. Oui, il est bon de se savoir accueillis chaque jour – et chaque nuit – dans une maison sainte par un Dieu trois fois saint afin de chanter avec tous les Anges et tous les habitants du Ciel le triple Sanctus.

            Mais la tentation peut nous accompagner jusque dans le sanctuaire même le plus beau et le plus pur. Et elle peut prendre deux formes opposées : la satisfaction, souvent naïve et heureusement peu profonde, parfois beaucoup plus pernicieuse et cachée, de se sentir tellement en osmose avec la sainteté du lieu que l’on en arrive à oublier que la miséricorde du Seigneur est aussi pour nous. "Pures comme des Anges, orgueilleuses comme des démons", a-t-on-dit des religieuses de Port-Royal, dont, à voir les gravures de l’époque, l’église devait être magnifique. La prière du Pharisien au Temple est toujours possible.

            Plus fréquente peut-être est la tentation de se sentir tellement indigne et pécheur que, non seulement, comme le publicain de la parabole, on n’ose pas lever les yeux vers le Seigneur, mais que l’on s’exclut soi-même du Temple et de sa Liturgie, comme on peut hélas fuir et se cacher devant la révélation, soudaine peut-être, du Mystère de l’Immaculée Conception et de la Sainteté, toute proche de l’infini, de la Très Sainte Mère de Dieu.

            Notre Dieu dans sa Bonté infinie a pourvu à ces deux dangers : Il nous a donné des Papes qui ont abondamment et magnifiquement mis en valeur le Mystère de la Miséricorde infinie de Dieu, manifestée en particulier dans le Mystère du Sacré Cœur de Jésus et aussi du Cœur Immaculé de Marie.

            Aujourd’hui, tout de suite, laissons-nous envahir, à la suite de saint Jean-Paul II, qui "en appelait à la Miséricorde", de Benoît XVI, si lumineux dans son magistère sur la charité de Dieu, de notre Pape François, si éloquent lorsqu’il prêche la Miséricorde, oui laissons-nous transformer par JÉSUS miséricordieux.

            Car Jésus, selon ses propres paroles, "est venu chercher et sauver ce qui était perdu". Et il précise bien : "Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu." (Lc 19, 10) Bien sûr, dans cette église abbatiale, au cours du Saint Sacrifice de la Messe et de son développement dans l’adoration eucharistique, nous confessons à la face de la terre que Jésus Christ est le Fils de Dieu, à la suite des premiers disciples de l’Evangile : saint Pierre, sainte Marthe et tous les autres.

            Mais aujourd’hui rappelons-nous que, non seulement nous pouvons nous assimiler à Zachée afin d’être sauvés par Jésus, mais que nous devons absolument être Zachée, quand bien même nous serions très grands de taille.

            Et puis comprenons le Seigneur. Les Pharisiens, les membres du Sanhédrin, les officiels, les parfaits, Il les aimait, c’est sûr, sinon Il ne se serait pas mis en peine d’argumenter avec eux jusqu’à compromettre sa propre vie terrestre jusqu’à la perdre pour eux aussi. Mais enfin, Il préfère Zachée, on le voit bien, on le sent bien, c’est évident.

            Sachons être aussi Zachée. Grimpons dans un sycomore, il y en a certainement dans votre magnifique clôture ! Mais ça ne suffit pas ! Il faut en descendre à toute allure, "avec joie", nous dit l’Evangile (Lc 19, 6). Zachée nous donne l’exemple : vite, vite, vite, et puis donner, donner, donner.

            Cela doit nous rappeler quelque chose. "Dieu aime celui qui donne avec joie – Hilarem datorem diligit Deus", nous dit notre bienheureux Père saint Benoît (Sainte Règle, chapitre 49) en citant saint Paul (2 Co 9, 7). Toute prière est exaucée le jour de la Dédicace ou de son anniversaire. Demandons cette grâce les uns pour les autres aujourd’hui, ici même. (Conclusion mariale improvisée.) Amen !