Homélie du 01/11/2020, Fête de la TOUSSAINT

Homélie du 01/11/2020, Fête de la TOUSSAINT

 

+

Homélie prononcée

le dimanche 1er novembre 2020,

Fête de la TOUSSAINT,

par le Très Révérend Père

Dom Philippe de Montauzan,

Abbé de Saint-Paul de Wisques

 

 

« Gaudete et exultate »

« Réjouissez-vous et exultez de joie »

 

 

Chers Frères et Sœurs, mes très chers Fils,

 

Le Seigneur Jésus nous convie lui-même au Banquet Céleste. « Réjouissez-vous, exultez, soyez dans l’allégresse ». Il nous donne la clef de cette joie et de ce bonheur : les Béatitudes.

L’Evangile selon Saint Matthieu vient de nous en donner la liste. Huit fois il proclame « Bienheureux », et il précise :

« Bienheureux ceux qui sont pauvres selon l’esprit »

« Bienheureux les doux »

« Bienheureux ceux qui pleurent et ceux qui ont faim et soif de justice »

« Bienheureux les miséricordieux et les pacifiques »

La dernière Béatitude : « Bienheureux ceux qui souffrent de persécutions pour la justice » est reprise de façon plus personnelle « Bienheureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte et vous persécute et que l’on dit toute sorte de mal contre vous, à cause de moi ».

Chaque béatitude a sa récompense :

Les pauvres selon l’esprit, c’est-à-dire ceux qui ont l’esprit de pauvreté, obtiennent le Royaume de Dieu.

Les affligés, ceux qui pleurent sont consolés. Les doux reçoivent la Terre en héritage.

Les affamés de la justice ou les assoiffés de la sainteté, c’est la même chose, sont rassasiés, contents de ne plus avoir faim, ni soif.

Les miséricordieux obtiennent miséricorde.

Les cœurs purs voient Dieu, les artisans de paix sont appelés fils de Dieu.

Et le Royaume des Cieux est donné aux persécutés pour la justice.

La joie, le bonheur, l’allégresse sont donnés spécialement aux victimes de la persécution, physique et verbale. Car il y a une persécution de la parole, par la parole.

Cela nous amène à réfléchir sur la portée de nos paroles.

Que Dieu ait créé la langue humaine, c’est évident. Il l’a créée pour sa gloire, sa louange, pour lui rendre tout honneur et toute justice. C’est ce que les textes de la liturgie de la Toussaint nous enseignent abondamment. Particulièrement les antiennes et les répons de l’office, aux Matines, à Laudes, à Vêpres par exemple. Et ainsi à la fin de la première lecture d’aujourd’hui avec le texte de l’Apocalypse de Saint Jean : les habitants du Ciel se prosternent devant Dieu, disant « Amen. Bénédiction, gloire, sagesse et action de grâce, honneur et puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles. Amen ! »

Quel dommage, quelle tristesse quand la langue humaine, sous l’influence du Mauvais, devient un instrument de noirceur, de dénigrement, d’abaissement jusqu’à plonger le prochain dans le découragement, dans l’apathie, dans la mort même. Comment ne pas pleurer en voyant les fruits amers de la médisance, de la calomnie ; et le premier de ces fruits amers, c’est la perte de la joie et de la légèreté selon l’Esprit-Saint de la personne qui est prise dans cette spirale infernale qui peut mener hélas très loin !

Le mois de novembre commence avec la Toussaint qui est une fête du Ciel, c’est aussi le mois des défunts. Demain 3 messes seront célébrées par chaque prêtre pour les défunts.

Nous prierons aussi pour les prêtres, jeunes ou moins jeunes, qui n’ont pas trouvé d’autre issue que de se donner eux-mêmes la mort pour échapper au glaive de la langue humaine.

En ce jour de lumière, de joie partagée avec tous les habitants du Ciel, demandons les uns pour les autres la joie d’être délivrés des maux dont souffre l’humanité présente : la pandémie bien sûr avec toutes ses conséquences, les calamités affreuses que sont la guerre sous toutes ses formes, la famine. « Libérez-nous de la peste, de la faim et de la guerre » disent les Litanies des Saints toujours actuelles.

Nous demandons surtout l’arrivée enfin du Royaume de Dieu, ici déjà sur terre, qui commence par la bénédiction et non la malédiction.

Notre Bienheureux Père Saint-Benoît dit au chapitre quatrième de sa Règle : « Ne pas rendre le mal pour le mal, ne pas faire d’injustice mais supporter patiemment celle qui vous est faite. Aimer ses ennemis. Ne pas maudire, c’est-à-dire ne pas dire du mal, ne pas maudire ceux qui vous maudissent mais plutôt les bénir, dire du bien et enfin « soutenir la persécution pour la justice ».

C’est en fait le chemin des Béatitudes telles que Jésus-Christ nous les enseigne dans l’Evangile, et le chant de l’Alleluia vient de nous dire que Jésus est avec ceux qui souffrent.

Mais le Seigneur n’aime pas du tout les propos méchants et blessants pour le prochain. Il se réserve le droit de juger en justice notre prochain.

Alors faut-il laisser les méchants agir selon leur guise ?

Non, « il faut haïr les vices et aimer les Frères » nous dit Saint Benoît.

Il revient à l’autorité de l’Eglise de fustiger le mal sous toutes ses formes.

L’autorité civile doit intervenir pour faire respecter la loi morale dans la législation et la pratique sociale, gouvernementale en particulier.

Mais gardons-nous du zèle amer qui provient de notre propre fond d’égoïsme et d’orgueil.

 

Le confinement qui commence doit être l’occasion pour nous d’une profonde conversion du cœur.

Jésus nous a avertis : « Si lorsque tu viens présenter ton offrande à l’autel, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande et va d’abord te réconcilier avec ton frère. Puis alors reviens et tu présenteras ton offrande au Seigneur. » (Mt 5, 23-24)

Il est bon d’aller à l’église et de prier. Il n’est pas bon une fois sorti de l’église de se laisser aller aux commérages si décriés par notre Pape François.

Je termine en vous laissant trois témoignages de personnes qui font à coup sûr partie des élus de Dieu que nous fêtons aujourd’hui, des anonymes, des personnes dont on ne parle pas.

 

1. Une dame d’un village du Perche dans la Beauce face aux médisances disait :

« En êtes-vous sûr ?

Si vous n’êtes pas sûr, n’en parlez pas.

Et si vous en êtes sûr, ce n’est pas bien beau, n’en parlez pas non plus »

C’était la conduite de toute sa vie dans un village et dans un village, c’est héroïque.

Elle est certainement bien récompensée au Ciel.

 

2. Le Père Abbé de Solesmes nous parlait il y a peu de temps d’un moine de son monastère, mort récemment. Un moine qui avait vécu tout simplement sa vie monastique, dont on ne parlait pas, dont on ne parlera pas. Le Père Abbé nous disait de lui :

« Je ne l’ai jamais entendu dire du mal de qui que ce soit »

Ce moine a certainement une très belle place au Ciel.

 

3. Le Cardinal Caffara, Archevêque de Bologne, qui était un grand défenseur de la vie et de la famille, lorsqu’on l’interrogeait sur le comportement à avoir vis-à-vis des personnes qui ne s’étaient pas comportées comme il le fallait disait : « en chaire nous sommes intransigeants, mais au confessionnal nous sommes compréhensifs »

Il faut haïr les vices et aimer les Frères.

 

Infinis sont les témoignages de ce genre. Le Bien ne fait pas de bruit. Heureusement en notre période très troublée, beaucoup de bien se fait. La chute d’un grand arbre fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse, tranquillement, lentement mais sûrement. Cette forêt c’est le Ciel, dont la vie éternelle est le fruit, la récompense. Mais le Ciel est déjà ici-bas, le Ciel ce sont les âmes qui aiment, les artisans de paix qui vivent selon les Béatitudes.

Demandons à la Très Sainte Vierge Marie, Reine du Ciel et de la Terre, de nous donner ces dispositions d’enfance spirituelle qui sont des remèdes infaillibles pour sauver le monde.

Amen.