Homélie du 20/06/2020, mémoire du CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

Homélie du 20/06/2020, mémoire du CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

+

Homélie prononcée

le samedi 20 juin 2020,

mémoire du CŒUR IMMACULÉ DE MARIE,

par le Très Révérend Père

Dom Philippe de Montauzan,

Abbé de Saint-Paul de Wisques

 

 

"Maria autem conservabat omnia verba hæc, conferens in corde suo." - "Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son Cœur." (Lc 2, 19)

           

            Chers Frères et Sœurs, mes très chers Fils,

           

            Saint Luc nous a merveilleusement rapporté les événements de la conception virginale de Jésus lors de l’Annonciation, de la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth avec le chant du Magnificat dont l’Eglise ne peut plus se passer, de la Nativité du Verbe Incarné, Jésus, à Bethléem de Judée avec l’adoration des bergers puis des Mages. Le récit évangélique que nous venons d’entendre, si beau dans sa sobriété et sa simplicité, se termine sur cette réflexion de saint Luc : Marie gardait en son Cœur, tout : ce qu’Elle voyait, entendait, touchait, palpait, ressentait dans sa nature absolument parfaite où vibraient toutes les perfections divines qui Lui étaient confiées et se retrouvaient toutes les voix de la création appelée à glorifier Dieu en toutes choses et en tout temps. Le Cœur de Marie était ainsi le lieu de rendez-vous de la Très Sainte Trinité se penchant sur sa création en attente de la Rédemption et des aspirations de celle-ci gémissant dans cette vallée de larmes, comme nous le chantons dans le Salve Regina.

 

            Et ce Cœur Immaculé de Marie, "siège de la Sagesse éternelle, miroir de justice et refuge des pécheurs", comme le qualifie l’oraison d’aujourd’hui, ce Cœur Immaculé, Il est à nous. La première grâce que l’Enfant Jésus accorde à l’humanité pécheresse et souffrante représentée par les bergers, c’est le Cœur de sa Mère. Plus tard, au Calvaire, Il dira à Marie debout au pied de la Croix : "Femme Mulier –, voici ton fils", en désignant ainsi non seulement saint Jean, mais toute l’humanité qu’Il est venu sauver. Et Il dira à celui-ci : "Voici ta Mère." Mulier – Femme –, ce terme magnifique que le Seigneur aime employer pour s’adresser soit à sa Mère – comme à Cana –, soit aux femmes qu’il veut rendre conscientes de leur dignité, de leur humanité, de leur maternité, de leur mission.

 

            Mater. Saint Matthieu, plus que saint Luc peut-être, met en relief la Maternité de Marie : ainsi l’ange de la fuite en Egypte et du retour d’Egypte dit à saint Joseph : "Prends l’enfant et sa Mère." Le Cœur de Marie est le cœur d’une Mère. Et quelle Mère ! Comment ne pas féliciter saint Joachim et sainte Anne d’avoir engendré tous les deux leur enfant Marie destinée à être la Mère de Dieu et la Mère des hommes, la Mère de l’Eglise et de chacun de ses fils et filles. Et la Virginité de Marie comme sa Royauté viennent embellir encore plus cette Maternité, lui donnant un éclat et un charme dont les Anges eux-mêmes ne parviennent pas à saisir toute la beauté. Seul le Cœur de Jésus peut embrasser d’un seul coup d’œil cette perfection créée par la Très Sainte Trinité au plus haut degré de création en-dessous de la Divinité. Voici pourquoi l’Eglise place la Mémoire du Cœur Immaculé au lendemain de la fête du Sacré-Cœur, si bien que nous ne pouvons pas les séparer dans notre contemplation et notre amour.

 

           Regina. Virgo. Mater – Reine. Vierge. Mère. Notre louange, notre action de grâces, notre Magnificat ne fait que commencer, bien timidement. L’éternité bienheureuse ne suffira pas à notre chant d’amour.

 

            Et nous ? Il est si facile d’aimer Marie ! Et pourtant, il est si facile aussi de se tenir à distance d’une créature aussi parfaite et aussi belle. La beauté féminine sur terre peut troubler et décevoir. Rien de tel pour la beauté de l’Immaculée Conception. Mais justement, il peut y avoir une tentation subtile du démon – éternellement vaincu par la Femme de l’Apocalypse, par la Nouvelle Eve, par Marie – qui persuade le pauvre cœur humain que cette beauté, la plus belle des beautés après celle de la Sainte Humanité de Jésus, n’est pas pour lui : soit elle est trop haute, soit elle est dure et rejette dans l’ombre tout ce qui essaye de s’en approcher, comme le diamant dont la perfection se suffit à elle-même.

 

            Voilà pourquoi Marie – dans ses apparitions – se montre douce, aimable, aimante, maternelle. Les enfants qui L’ont contemplée disent avec sainte Bernadette : "La Sainte Vierge est si belle qu’on voudrait mourir pour La revoir." Voilà pourquoi aujourd’hui nous Lui consacrons l’Abbaye Saint-Paul, personnes et biens, et toutes les personnes chères aux moines. Décidée au début de l’épreuve qui a frappé la terre entière, nous accomplissons cette consécration pour remercier Marie de sa protection, pour Lui confier l’avenir de la communauté, comme celui des moniales, du village de Wisques, de nos familles, voisins, amis, bienfaiteurs, sans oublier nos pays, nos régions, le monde entier, toute l’Eglise. La ferveur chrétienne s’exprime davantage en bien des endroits de la planète. Les pauvres, les malades, les personnes comme les institutions en difficulté sont en première ligne dans le combat spirituel acharné qui se déroule sous nos yeux dans le monde et dans l’Eglise. Rappelons-nous que le Cœur Immaculé de Marie est le Cœur de Celle qui est "terrible comme une armée rangée en bataille", comme Elle est le Refuge des pécheurs que nous sommes tous. Outre toutes nos intentions personnelles et conventuelles, permettez-moi de vous demander à tous d’unir votre prière à celle du Père Abbé, indigne fils de saint Benoît, mais convaincu de la puissance de sanctification de sa Règle, la Sainte Règle : que se réalise la mise en demeure de notre bienheureux Père saint Benoît dans la finale du chapitre 31, consacré au cellérier du monastère : "Que personne ne soit troublé ni contristé dans le monastère." Cette remarque si banale en apparence est décisive pour l’avenir d’une communauté monastique. Lorsque chacun s’applique avec cœur et humilité à vivre cette demande du Père des moines, tout va bien dans la communauté, les réconciliations sont faciles et la ferveur de charité se communique de proche en proche au bénéfice des personnes qui aident les moines, les aiment et partagent leur prière et parfois leur vie. Les amis, les voisins, les personnes éloignées profitent de l’atmosphère de paix et de joie, filles de la charité, qui rayonnent dans le monastère et au-delà. Malheur à la communauté où cette prescription de saint Benoît : "Que nul ne soit troublé ni contristé dans le monastère" – et autour du monastère – est oubliée, négligée, regardée comme insignifiante et ne nécessitant pas de démarche de réparation et de pardon. Cette communauté-là n’a pas d’avenir. Je vous remercie tous de prendre à cœur cette intention dans la Messe et la procession d’aujourd’hui. Et je demande pardon au nom de tous les moines pour toutes les fois où cette faute – personnelle et conventuelle – s’est glissée dans le monastère et hors du monastère.

 

            Que le Cœur Immaculé de Marie soit notre refuge et le chemin qui nous conduira à Dieu, Comme Notre Dame du très Saint Rosaire l’a assuré à Sœur Lucie de Fatima.

Amen.