Homélie du 8/12/2020, Solennité de l’Immaculée Conception

Homélie du 8/12/2020 Solennité de l’Immaculée Conception, prononcée à ND de Wisques

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Homélie du Père Abbé Philippe de Montauzan pour la Solennité de l’Immaculée Conception,
 le mardi 8 décembre 2020 à l’Abbaye Notre-Dame de Wisques.

 

 

Beatam me dicent omnes generationes

Toutes les générations me diront Bienheureuse

 

 

Mes très Révérendes Mères, mes Sœurs, chers Frères et Sœurs,

 

 

En cette Abbaye qui fête aujourd’hui sa fête patronale, cette parole de Marie lors de sa Visitation à sa cousine Elisabeth, chantée avec son premier Magnificat, résonne une fois de plus en cette église consacrée à son Mystère, son premier Mystère, celui de son Immaculée Conception ; tranquille et infaillible affirmation : « Toutes les générations me diront Bienheureuse. »

 

Aujourd’hui, votre génération – en fait il y en a plusieurs réunies dans votre chère communauté – notre génération, il y en a plusieurs réunies dans cette chère assemblée, nos générations chantent à leur tour avec Marie : Beatam me dicent omnes generationes.

 

Bienheureuse ! Oublions un instant toutes nos tristesses, nos inquiétudes, nos peurs, nos appréhensions de toutes sortes. Les sujets de préoccupation ne manquent pas, de tous ordres – que ce soit du côté de la terre, jusque dans l’angoisse au sujet de sa survie, ou que ce soit du côté du Ciel, qui semble fermé parfois au point de décourager même l’Eglise qui est sur terre – l’avenir n’en finit pas d’être sombre et inquiétant.

 

Regardons Marie, comme dit Saint Bernard, écoutons Marie, chantons avec Elle.

Beatam me dicent… Cette aimable prophétie s’est toujours réalisée à la lettre – toutes les générations ont proclamé Marie Bienheureuse.

 

Très nombreuses sont les antiennes et autres pièces grégoriennes qui commencent par Beátam, Beáta. Bienheureuse – Bienheureuse – Bienheureuse – Beáta – Beáta – Beáta. Merveilleuse pédagogie de l’Eglise qui nous arrache à la contemplation mortelle de ce qui ne va pas autour de nous et surtout en nous-mêmes, et qui tourne peu à peu les regards de notre âme, de notre cœur, vers la personne de Marie, la Bienheureuse par excellence. Vous savez d’ailleurs que c’est le titre que lui donne la plupart du temps la liturgie – Beáta vírgo María – la Bienheureuse Vierge Marie. Ainsi nous fêtons aujourd’hui la solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie !

 

Et toutes les merveilles du répertoire liturgique, grégorien en particulier, ne font que détailler les raisons de proclamer Marie Bienheureuse :

Tota pulchra es Maria et macula originalis non est in Te’ – ‘Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous’. Marie est Bienheureuse parce qu’elle est le chef d’œuvre de la création corporelle et spirituelle, naturelle et surnaturelle.

 

Beáta es ! Vous êtes bienheureuse, c’est-à-dire qu’en vous le bonheur ne souffre aucun mélange, aucune imperfection. Et les douleurs mêmes, les tristesses, les angoisses qui ont accablé votre Cœur Immaculé – n’a-t-il pas été transpercé du glaive de douleur, selon la prophétie du vieillard Siméon ? – n’ont pas entamé votre certitude d’être la Bienheureuse Vierge Marie. C’était encore être Bienheureuse que d’être unie si étroitement, d’une manière unique et jamais égalée, à la Passion et à la mort de votre Fils bien-aimé Jésus.

 

Beáta es ! Bienheureuse êtes vous d’avoir été présente au pied de la Croix pour recevoir le genre humain tout entier en la personne de Saint Jean : ‘Mulier, ecce filius tuus’ – Femme, voici ton fils – Voici tes enfants !

De même que l’Immaculée Conception contient en germe toutes les perfections de Marie en vue de sa Maternité Divine et de sa Maternité de grâce sur tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux ; de même, chanter à Marie Beáta es, vous êtes Bienheureuse, c’est chanter toutes ses beautés, toutes ses merveilles, réunies en un seul mot : Bienheureuse !

 

Bienheureuse êtes-vous, ô Marie, car aujourd’hui même, ici, en cette église qui vous est consacrée, vous suscitez notre amour, notre louange, et notre confiance : Bienheureuse êtes-vous. Et vous accueillez notre prière, notre supplication offerte dans l’émerveillement. Bienheureuse êtes-vous ! Beáta es !

 

Vous savez bien que nous sommes les pauvres pécheurs qui attendent votre intercession : ‘Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort’. Mais vous savez aussi que votre Béatitude – Beáta es ! – Bienheureuse êtes-vous ! doit être confessée, proclamée par toutes les générations. Alors, nous nous joignons à la multitude des générations qui nous ont précédés. Celles de l’Ancien Testament qui vous ont attendue, demandée, espérée, depuis la promesse donnée par Dieu au moment même où Adam et Eve étaient chassés du paradis terrestre. Celles du Nouveau Testament : celles qui vous ont connue, Marie, sur cette terre, et celles qui ont appris à vous connaître, de mieux en mieux d’ailleurs.

 

‘Beátam me dicent omnes generationes ! Toutes les générations me diront Bienheureuse !’.

D’ailleurs, vous n’inventez rien. L’Evangile d’aujourd’hui nous rapporte le dialogue entre l’Archange Gabriel et vous-même. Que vous a-t-il dit, ce messager du Ciel, sinon : ‘Bienheureuse êtes-vous, ô Marie’ ‘Ave, gratia plena’ ?

 

Bienheureuse, car comblée de grâce, Bienheureuse car l’Immaculée Conception vous a envahie au point de vous garder, seule, de toute atteinte à votre intégrité spirituelle et corporelle ; qu’elle s’en est trouvée magnifiée au-delà de toute mesure humaine.

Bienheureuse, car vous avez trouvé grâce auprès de Dieu.

Bienheureuse, car vous allez concevoir et enfanter le Fils de Dieu.

Bienheureuse, car l’Esprit Saint vous prendra sous son ombre.

Bienheureuse êtes-vous, car rien n’est impossible à Dieu.

 

 

Chers frères et sœurs, n’est-ce pas un moyen infaillible de chasser loin de nous le mal sous toutes ses formes que de chanter à Marie : Beáta es ! Beátam me dicent ! Bienheureuse êtes-vous, ô Marie, car toutes les générations vous proclament Bienheureuse, sur la terre et au Ciel à jamais, à toujours.

                                                                                                                    Amen !