Argent, solidarité et diaconie

Edito Eglise d'Arras n° 11

Un pape de transition disait-on Jean XXIII  
Un pape de transition disait-on
Un pape de transition disait-on
Il y a quelques mois, en octobre 2012, l’Eglise fêtait l’anniversaire du concile Vatican II. Il y a cinquante ans, Jean XXIII avait étonné en ouvrant un concile qui ne soit pas de condamnation, mais d’ouverture et de dialogue : dialogue avec les autres chrétiens, dialogue avec les autres religions, dialogue avec le monde. L’historien du concile John O’Malley pouvait écrire : “Vatican II, ou la réconciliation de l’Eglise avec le monde”.


Hélas, ce printemps-là fut de courte durée et de nombreux épisodes douloureux sont venus ternir la belle unanimité des pères conciliaires obtenue lors des votes des constitutions et déclarations. Depuis, de nombreuses déchirures ont montré des chrétiens opposés les uns aux autres, pour qui l’aggiornamento n’avait pas la même signification. Un climat de restauration s’est peu à peu installé : là où l’on commençait à parler de dialogue et d’ouverture, s’est installé un courant identitaire. Le spectacle d’une Eglise recalée sur le XIXème siècle s’exposait jour après jour, jusqu’au refus d’entendre les questions urgentes de la société ou de comprendre que l’Eglise n’avait pas (plus) la mainmise sur les orientations que se donnent les sociétés contemporaines. Le fait que les chrétiens n’ont plus le monopole de la décision ne semble ni accepté, ni même envisagé. Nombre de catholiques n’ont pas encore pris acte que nous ne sommes plus en pays de chrétienté et voudraient encore faire comme si...

De là de nombreuses crispations, douloureuses, inutiles et regrettables. Bien des fidèles ont suivi les mots d’ordre, oubliant que l’esprit de restauration pouvait correspondre au refus de la République, manifesté dans les années 1830 ou 1895, et même après. Pour ouvrir les yeux, faudra-t-il un nouveau pape qui appelle au ralliement à la République comme en 1892, ? Peut-on espérer voir développer la réflexion, afin d’analyser les évolutions qui travaillent aujourd’hui le cœur des sociétés ?


Dans cette période troublée, Diaconia 2013 a cherché à frayer un chemin vers le plus pauvre, mais il n’a pas bénéficié de la même médiatisation, ni du même intérêt. On peut espérer que davantage de chrétiens s’impliquent pour comprendre comment des sociétés fabriquent tant de précaires et d’exclus. L’Eglise ne peut être celle des interdits, des refus d’entendre les questions nouvelles… Avant-hier c’était la contre-réforme catholique, puis le refus de la nouvelle exégèse (Richard Simon), puis le rejet des Lumières et des Droits de l’homme puis, pour certains groupes de chrétiens, le rejet de Vatican II… Où est-il question d’annonce de l’Evangile et de service du frère dans ces rejets ? “Serions-nous des chrétiens amidonnés, demandait le pape François, des chrétiens qui discutent alors que le pauvre frappe à la porte ? Le levain du Royaume de Dieu s’exprime avant tout par son témoignage, le témoignage de l’amour fraternel, de la solidarité, du partage.”
 

Il ne suffira pas d’une aumône ni même d’une action institutionnelle ponctuelle pour améliorer le sort des pauvres en France et dans le monde. Il faudra que des chrétiens s’engagent avec d’autres instances actives pour mettre en place une nouvelle manière de gouverner l’économique. Depuis plusieurs années déjà, les chrétiens du CCFD interpellent sur la gouvernance mondiale. Il y a beaucoup à faire pour que dialoguent les chrétiens avec les hommes de bonne volonté, afin d’endiguer les flots d’inhumanité financière. Il ne suffit pas de refaire l’Eglise des paroisses comme au XIXème siècle, il faut travailler à développer une Eglise dans le monde. L’intransigeantisme catholique n’est sans doute pas la meilleure voie pour que l’Eglise apporte sa contribution aux rouages d’une économie mondialisée : “Quelque chose ne va pas, non seulement au sud de la planète mais dans le monde entier… C’est tout le système qu’il faut repenser, pour le corriger de façon cohérente avec les droits de tous les hommes” (Pape François, le 25 mai aux membres de la Fondation « Centesimus annus »).
Abbé Emile Hennart