La mobilisation à l'université d'Artois

Témoignage et enjeux

 

Le 12 février dernier, les étudiants de l'Université d'Artois (pôle d'Arras) se prononçaient en faveur du blocage à 78 %. Près de 3 mois plus tard, ils sont toujours aussi mobilisés contre les nouvelles réformes de l'enseignement. On en a pour preuve les résultats de la dernière assemblée générale, le jeudi 16 avril, qui s'élèvent à 74% pour le blocage.


Ne nous fions pas aux apparences, l'université d'Arras a beau être privée de ses cours depuis maintenant douze semaines, elle est tout sauf une « fac morte »! En effet, le Comité d'Action d'Artois en Lutte, qui réunit plus de soixante étudiants, organise régulièrement des actions ouvertes à tous qui permettent de faire parler des réformes et du mouvement qui s'y oppose. Outre les assemblées générales et les manifestations, les étudiants, soutenus par leurs professeurs, ont donc eu l'occasion d'assister à des conférences alternatives proposées par les enseignants eux-mêmes. Ces conférences, qui peuvent avoir lieu au sein de l'université comme dans le centre-ville d'Arras, abordent divers sujets d'actualité comme les Wiccanes, ces Américaines féministes et alter-mondialistes encore peu connues, la satire sociale au cinéma ou encore La Princesse de Clèves, célèbre roman de Mme de Lafayette qui fait polémique.

 

« Il est difficile pour nous de nous mobiliser tous les jours, explique Suzy Lesniewski, vice-présidente des étudiants de l'Université d'Artois. Mais même si nous sommes parfois peu nombreux, il est important de faire parler de nous en organisant des actions très régulièrement, quitte à se mobiliser le week-end ou pendant les vacances comme nous le faisons. Malgré la très forte mobilisation de notre petite fac, les médias parlent très peu de nous. C'est dommage, car nous n'avons de la sorte que très peu de poids face au gouvernement qui fait la sourde oreille. Mais nous n'avons pas sacrifié un semestre de cours pour rien, nous continuerons à nous battre contre ces réformes qui nous paraissent honteuse! »

 

Quelles sont-elles ces réformes, justement? « La loi LRU et la mastérisation des concours nous révoltent. Il faut se bouger, c'est notre devoir de citoyen! » affirment Typhaine et Clément, étudiants en histoire. Il est vrai qu'une faculté de province comme celle d'Arras serait l'une de premières rayées de la carte face à la réforme de privatisation des universités : qui subventionnerait un étudiant en art du spectacle ou en lettres modernes?

 

Par ailleurs, la mastérisation, qui entrainerait la suppression des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres et n'accorderait plus aux étudiants l'accès aux stages rémunérés pendant une année scolaire, préoccupe non seulement les étudiants de l'université et de l'IUFM d'Arras, mais également leurs professeurs. « Ces réformes, confirme Suzy, attaquent le service public. Elles touchent l'ensemble de la société française, et pour longtemps. » Les étudiants ont d'ailleurs rejoint d'autres mouvements de grève tels que celui d'EDF/GDF. Il ne s'agit donc pas là d'une petite lutte isolée, mais d'un enjeu de société. « La colère des étudiants se greffe à la grogne générale, explique Clément. Nous ne sommes pas les seuls à avoir des revendications!


Nous déplorons en revanche le manque de communication entre les universités. Sur 84 facs en France, plus de la moitié se mobilise ou s'est mobilisée contre les réformes.
Mais il règne une bonne ambiance au sein du Comité d'Action arrageois, ce qui nous permet de bien nous organiser et d'être efficaces lors des actions. »


En effet, malgré un léger essoufflement du mouvement – compréhensible compte tenu des examens qui ont déjà commencé pour certains – les étudiants sont bien décidés à lutter jusqu'au bout. Ils passeront donc leurs examens de fin de semestre tout en continuant à se mobiliser et en espérant être enfin entendus...

Marion
 

Article publié par Emile Hennart - Maison d'Evangile • Publié • 5553 visites

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