AG Diacres et evêque d'Arras

Maison dioccésaine

La rencontre annuelle des diacres et de leurs épouses avec Mgr Jaeger s’est déroulée le dimanche 17 avril à la maison diocésaine. Cette journée se voulait avant tout temps d’échange et de partage sur les questions inhérentes à l’exercice du ministère diaconal dans les paroisses. L’évêque s’est prêté de bonne grâce à cet exercice de répondre aux nombreuses questions souvent très concrètes.

 

Les diacres sont plus souvent sur le terrain de la vie au quotidien, au service des gens avec qui ils partagent leurs préoccupations, dans l’accompagnement discret et présence aux événements de la vie familiale, sociale, politique, dans les engagements divers, syndicaux, associatifs, municipaux, là où ils apparaissent comme des hommes comme tout le monde et en même temps regardés comme des vis-à-vis, des signes discrets de la présence d’un Autre. Les questions ici reprises ne donnent qu’aperçu partiel des activités des diacres ; d’autre part, ce compte rendu ne peut prétendre tout rapporter.

 

 

diacres eveque 3 diacres eveque 3  Après la prière du matin, la matinée a commencé par la présentation de trois candidats à l’ordination diaconale : David Engrand, de Hinges, Wilfrid Raimond de Marquise et Jacques Senellart de Bailleul sire Berthoult. Au cours de la célébration eucharistique de ce dimanche, ils ont été admis au lectorat et à l’acolytat. L’ordination diaconale aura lieu le dimanche 9 octobre en la cathédrale d’Arras. Dans le diocèse, il y a actuellement cinquante-six diacres permanents. Leur formation s’étale sur plusieurs années. Leur parcours commence par une année de recherche (où ils sont six actuellement), puis quatre années avant l’ordination et deux années après, organisées en week-end. Les diacres se retrouvent entre eux en fraternités, ce qui apporte à chacun soutien et partage.

 

Les sollicitations des paroisses envers les diacres se développent dans la mesure où le nombre de prêtres en activité est en rapide diminution. Ceci élargit et transforme la vision du ministère diaconal, et peut modifier la présentation de la théologie du diaconat et sa mise en œuvre telle qu’elle le fut dans les années qui ont suivi le concile Vatican II.

 

Service diaconal liturgique et autres services

Le service diaconal dans l’Eglise prend aujourd’hui différentes formes : outre les célébrations de baptême, mariage ou funérailles, une présence plus grande aux tout petits (enfants), présence auprès migrants et bénévoles, aumôneries et responsabilités de service : Enseignement catholique, Secours Catholique, Scoutisme, Action Catholique Ouvrière, pastorale familiale, relation avec l’Islam… Cette forme ministérielle modifie et développe la richesse de la vie familiale, jusqu’alors peu perçue ou signifiée. Il est arrivé que Mgr Jaeger doivent signaler auprès de certains interlocuteurs que le diacre est aussi un homme marié, qui a une épouse et des enfants et que ceux-ci devraient apparaître et pris en compte dans les demandes et lors des célébration (mise en valeur plus grande de la dimension familiale au sein des actes de l’Eglise).

 

Les évènements récents

En ouverture au temps des questions, Mgr rappelle d’abord les évènements du monde, qui nous dépassent et où l’Eglise doit être présente : les attentats, la vie politique, la famille, les migrants, le pape à Lesbos, mais aussi le synode provincial, le synode à Rome, Laudato Si’ et l’exhortation post synodale Amoris Laetitia (la joie de l’amour).

 

Evoquant la diminution numérique des prêtres et la peur que quelques églises soient transformées en mosquée -ce qui n’est pas le cas dans le diocèse-, Mgr Jaeger interroge les catholiques sur leur présence réelle dans les églises en dehors des évènements familiaux. Si les forces s’amenuisent, c’est aussi parce que le nombre des fidèles laïcs diminue ou qu’ils désertent leurs églises… il faudra bien en tirer les conséquences, en particulier sur les responsabilités exercées au sein du peuple de Dieu par les laïcs : catéchèse, funérailles, mais aussi accompagnement des fiancés et jeunes mariés. Présence et accompagnement des gens par les chrétiens (pas seulement par des prêtres). L’enjeu est de faire émerger une nouvelle manière d’être Eglise au milieu du monde avec comme enjeu principal : comment faire autrement qu’avant ? Comment manifester que l’Eglise ce n’est pas seulement “Le prêtre” ?

 

Les orientations synodales

Nous ne sommes pas en retard dans la réflexion sur présence et accompagnement. En rappelant les quatre orientations du dernier synode à Merville (mission, proximité, communion et participation) Mgr annonçait la prochaine ratification du Projet diocésain de catéchèse. Initié le 10.10.10, le PDC a manifestement préparé les esprits et les cœurs à accueillir les orientations synodales. Le diocèse est appelé le 5 juin à manifester la diversité des initiatives où les uns pourront exprimer aux autres la richesse de leur vie en Eglise. C’est l’occasion de regretter le manque de partage (communication), de synodalité, au long de l’année : on ne mesure pas assez que l’initiative vécue ici peut intéresser la recherche des chrétiens là-bas. Chacun fait beaucoup de “communication” pour chez soi, très peu au-delà. Dommage que ce ne soit pas communiqué pour d’autres chrétiens d’autres communautés du diocèse ! Sans doute ne mesure-t-on pas assez que L’Eglise, c’est d’abord le diocèse et pas seulement ce qui se vit à l’ombre de son clocher. La dimension synodale est à mettre en œuvre pour l’ensemble du diocèse.

 

Rappelant l’expérience des formations EAP proposées par doyenné, Mgr rappelle le souci de faire vivre localement la même expérience synodale vécue par les délégués participant au synode de Merville : vivre la synodalité dans les échanges, discussions, etc. au sein des paroisses, doyennés et services.

 

Accumulation des documents pontificaux

Divers documents venus du pape sont venus nous titiller : Laudato si’ ; l’année de la miséricorde (Misericordiae Vultus) et l’exhortation sur la famille (Amoris Laetitia), sans oublier des précisions concernant l’application du code concernant les mariages et leur célébration. Ceci a pu donner l’impression d’une saturation : le pape n’intègre pas les limites du peuple de Dieu à intégrer autant de documents en si peu de temps.

 

L’année de la miséricorde a été très bien accueillie avec de nombreuses initiatives souvent discrètes. Cette bulle et son retentissement nous ont amenés à purifier la notion de miséricorde, mot considéré comme vieillot, qui devient invitation à vivre, auprès de nos frères, la proximité voulue par Dieu à notre égard (cf. Lumen Gentium ch. 1), comme manière d’exprimer le débordement de l’amour de Dieu pour chacun. Il reste encore beaucoup à faire et à travailler pour entrer dans la démarche voulue par le pape, en particulier le document sur la famille : mais on a le temps !

Accompagner et discerner sont deux insistances sur lesquelles le pape nous provoque (ch.8) : il n’attend pas de nous une parole ex cathedra qui ferait entrer dans la démarche de miséricorde les personnes en situations matrimoniales diverses, mais bien plutôt, il espère l’accueil et la rencontre en proximité, au cas par cas… ce qui est une caractéristique de l’Ordre des Jésuites. Cela entraîne en particulier les ministres ordonnés mais aussi les personnes chargées de l’accueil en paroisse, à vivre sur un nouveau mode de relation le service de l’accueil, sans oublier que l’accueil ecclésial commence dès le premier accueil, la première rencontre

 

Le sacrement du baptême

Une question sur la célébration du baptême des adultes lors de la veillée pascale a été l’occasion de rappeler que l’Eglise actuelle a repris l’antique  tradition où l’on ne baptisait que des adultes, dans la mémoire du Christ mort et ressuscité, c’est-à-dire lors de la veillée pascale. C’est une dimension symbolique qui relie l’hier et l’aujourd’hui, tel qu’il est écrit sur le cierge pascal. Ainsi fait-on partout dans le monde.

 

Baptême d’enfants dans des familles en situation particulière : n’y a-t-il pas à manifester d’abord l’amour de Dieu pour cet enfant et ce que les parents cherchent à vivre. L’accueil n’est-ce pas aussi rendre grâce pour cette vie qu’eux-mêmes accompagnent et leur démarche de demander le baptême ? C’est, pour chacun qui accueille (diacre, prêtre ou laïc), d’entrer dans la démarche d’inclusion recommandée par le pape François. Nous avons d’abord à accueillir ce qu’ils vivent avant de rappeler les règles de droit. L’exercice d’explication peut être nécessaire, par exemple pour parler du parrain ou de la marraine, où lorsqu’on séparer la célébration du baptême de la célébration du mariage.

 

 

Présence aux jeunes.

Dans le partage de leur expérience, plusieurs diacres ont rappelé leur présence auprès des jeunes, par exemple lorsqu’ils président une célébration de baptême ou de mariage : ils sont sans doute davantage présents en cette occasion qu’à la messe dominicale. Quelques-uns ont signalé accompagner des jeunes couples après leur mariage et ils en sont très heureux. Mais ce ne sont pas avec des schémas préalables, de type intellectuel,  qu’on peut réellement les rencontrer et les accompagner.

 

Autour du mariage

 

Des questions plus techniques ne sont pas ici développées : quelle vigilance avoir pour les disparités de culte, la délégation par le curé… Une simplification des procédures est en cours. Un long échange a eu lieu autour des demandes de la part de divorcés remariés, d’homosexuels, soit pour leur propre union, soit pour le baptême de leur enfant. La première réponse de l’évêque a été de demander : “qui peut dire la valeur de ce qui est vécu ?”. Dans le concret pour répondre à ces demandes, Mgr constate que cela peut aller d’un temps de prière avant ou après l’union civile jusqu’à un simili-mariage. “Que c’est compliqué, et cela semble propre à la France et encore plus au Nord Pas-de-Calais !” Il en appelle à la mise en œuvre des verbes “accompagner et discerner” évoqué au ch. 8 de l’exhortation post synodale. Cela demande à être mis en œuvre avec beaucoup de doigté et de sollicitude. Mais il n’est plus question de se contenter de mettre en œuvre les règles comme on le faisait autrefois.

 

Ministre ordonné et présidence de la prière

La place du prêtre ou du diacre, lors des célébrations demande à être rappelée. En effet la présence d’équipe d’accompagnement des familles en deuil lors des célébrations, risque de faire disparaitre une différence fondamentale : présider la communauté rassemblée par un ministre ordonné  et conduire la prière des chrétiens à l’occasion de funérailles ce n’est pas pareil. Il peut arriver ici ou là qu’il y ait tension. Le prêtre et le diacre ont reçu l’ordination qui en fait les ministres ordinaires, appelés à présider la célébration d’une assemblée. Il peut arriver que l’autorité exercée par des “laïcs habitués” dépasse ce qui a été convenu par les évêques de Lille, Arras et Cambrai dans leurs orientations ou lors de la remise de lettre de mission. Pour les uns comme pour les autres, tous sont appelés au service de la communauté rassemblée et il serait regrettable que cela se transforme en question de pouvoir de faire ceci ou cela. Les laïcs assurent au nom de l’Eglise l’accompagnement des familles dans la situation qui est la leur ; les ministres ordonnés assurent aussi ce service mais dans un autre ordre. Il appartient à l’évêque de rappeler la hiérarchie des responsabilités confiées au sein de l’Eglise (cf. 1 Corinthiens 12, 28-30) ; il lui revient aussi d’apaiser le climat, là où ce fut tendu. Il serait utile de relire les textes récents des orientations publiées par les évêques de la région.

Il devrait être possible de se demander quelle est l’attitude la plus juste pour servir cette famille, ces familles. Il faudrait aussi savoir rendre grâce pour ce service rendu par les laïcs missionnés.

Cette réflexion vaut aussi pour la célébration des mariages.

 

ADAP ou célébration de la Parole

Autre question évoquée : la célébration des ADAP. Le principe fondamental est l’assemblée des chrétiens qui célèbrent le Christ ressuscité lors de l’eucharistie. La distance ou l’absence de prêtre peuvent rendre ce principe difficile à mettre en œuvre. Il serait plus juste d’utiliser le langage de “célébration de la Parole”, en se souvenant que la Parole est une forme de présence réelle, tout comme le peuple de Dieu rassemblé, tout comme l’eucharistie. Peut-être avons-nous trop chosifié “présence du Christ dans les saintes espèces”. En certaine occasions (par ex. le jour du Pâques) on pourrait éventuellement donner l’eucharistie, mais ce ne sera qu’exceptionnel, sinon, on inscrit dans la tête des fidèles l’idée que cette célébration, c’est une pseudo-messe.

 

En forme de conclusion autour de ce partage sur la célébration des sacrements : il est utile de se rappeler que l’image ancrée dans la tête de bien des gens est celle d’une Eglise d’hier qui n’aurait pas évolué. L’accueil par une Eglise d’aujourd’hui peut permettre la découverte d’une Eglise autre. Le pape François le souhaite. Il faut donc savoir tenir compte de la règle et savoir agir avec discernement. En cette année de la miséricorde, les ministres ordonnés se trouvent invités à une plus grande sollicitude à l’égard des gens qu’ils rencontrent. Ils doivent méditer sur le service qu’ils ont à rendre auprès d’eux plus que sur le pouvoir qu’ils peuvent exercer. Une attitude davantage explicative devrait aussi favoriser la compréhension des familles

 

Dates :

  • “Faire famille avec nos forces et difficultés“, le 1er octobre. Après-midi autour de la famille après-midi à Saint-Pol sur Ternoise. Marche au départ de Blangy. Eucharistie. Soirée festive.
  • Ordination diaconale à Arras le dimanche 9 octobre

     

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 3036 visites