Fiche2 1.Thessaloniciens

Pour lire les lettres de Paul

1 Th. Ch. 4 et 5. La vie qui plaît à Dieu. La Résurrection

Zoom 4, 13-18. Première évocation visualisée de la résurrection finale

 

[N.B. Sur la résurrection, on pourra lire en fin du livret 1 Corinthiens 15, où Paul reprend l’affirmation de la résurrection de manière plus structurée, selon le style d’enseignement des scribes : transmis, reçu, etc… Ce sont des formulations de modèle rabbinique, où l’on distingue ce qui est de la tradition, de la transmission, et ce qui est propre à l’auteur.]

 

Section précédente.

Au début de la lettre, Paul a fait découvrir les relations qui l’animaient et son souci de renouer le fil rompu entre lui et les Thessaloniciens. Nous avons pu repérer la dimension action de grâce envers Dieu. Nous avons pu mesurer les circonstances et l’environnement qui ont amené Paul à écrire (Athènes, Timothée, l’attente impatiente…). C’est un homme priant, rassuré et confiant en Dieu, confiant en l’amour des frères, qui aborde maintenant quelques questions particulières. Avec 4,1 commence la seconde partie de la lettre. Paul aborde des questions concrètes posées par l’existence. “Au demeurant” aurait pu être traduit : “pour le reste”. C’est la partie exhortation qui commence.

 

Présentation générale

La partie exhortation (ou parénèse) rappelle comment plaire à Dieu en signalant quelques règles générales de vie (surtout selon le mode juif et chrétien) concernant la vie communautaire, les relations homme/femme ; puis Paul aborde ce qui a dû être une objection majeure à son enseignement : ceux qui sont déjà morts, comment seront-ils présents lors du retour du Seigneur ?

 

La sanctification : plaire à Dieu

“La volonté de Dieu, c’est votre sanctification !” 4,3. Paul commence sa réflexion par des principes généraux ; ensuite, il poursuivra sur des points particuliers. Il met en avant la relation entre Dieu et les Thessaloniciens : comment vous devez vous conduire pour plaire à Dieu. Cela donne l’orientation générale dans la manière de conduire sa vie. Cela devrait orienter notre méditation aujourd’hui encore : entre Dieu et nous, qu’est-ce qui importe ?

Dans ses lettres, Paul revient plusieurs fois sur la question des relations homme/femme. La tradition chrétienne a tellement exagéré les reproches contre Paul au sujet de la sexualité que nous devrions prendre du temps pour revoir la question dans son ensemble. Il faut tout d’abord évoquer le choc des civilisations. Paul a reçu une éducation juive, il baigne dans la culture juive. En arrivant à Thessalonique puis Athènes et Corinthe, son univers culturel juif se trouve confronté à une autre civilisation.

La vie à la grecque repose sur une autre philosophie, une autre conception du corps, de l’homme et de la femme, de Dieu ou des dieux. Les mœurs dans un port, que ce soit à Philippes, Thessalonique ou Corinthe ne correspondent en rien aux principes de vie à Jérusalem. (On imagine mal des gens de Corinthe amener devant Paul une prostituée comme on avait amené à Jésus une femme adultère, cf. Jn 8).

Quant Paul écrit aux Thessaloniciens, il vient d’arriver à Corinthe dont il découvre les mœurs toutes différentes de celles de Jérusalem (Chocking !). La première mise en garde porte donc sur la débauche. “Vivre à la corinthienne” est une expression qui évoque les pratiques licencieuses et la fréquentation des courtisanes. On comprend mieux que Paul mette en garde ses chrétiens du port de Thessalonique.

Dans le texte que nous venons de lire, Paul emploie un mot générique et parle de ‘débauche’, sans autre précision, faisant allusion au désir ou au tort causé au frère. Les mots ‘saint, sainteté ou sanctification’ viennent en contrepoint au mot débauche. “La volonté de Dieu, c’est votre sanctification ; prendre femme dans la sainteté ; appelés à la sainteté”. La sainteté exclut la débauche (de porneia, prostitué), c’est-à-dire les déviances et transgressions sexuelles. Tel est le premier point abordé par Paul. Les chrétiens ont à marquer leur différence par rapport aux païens. Voir 1 Co 5 et 7.

 

Relations fraternelles dans la communauté

La sanctification se vit aussi dans les relations les uns avec les autres. Dès le début de sa lettre, Paul rend grâce pour “l’amour qui se met en peine” 1,3. Il évoque encore cet amour en 3,12. Dans ce chapitre 4, il affirme que cet amour les uns des autres est déjà à l’œuvre chez eux. Il faudra lire en 1 Co 13 la liste développée où Paul précise ce qu’est la force d’aimer, aimer en actes, non en paroles. Mais dès à présent dans cette courte lettre, Paul est attentif à la charité en actes.

Foi active, amour en actes… Paul ajoute en 4, 11 : “travailler de ses mains”. C’est ce que lui-même a fait en arrivant à Thessalonique, et qu’il propose comme modèle. Il semblerait en effet que, dès les premiers temps de l’Eglise, certaines personnes se soient rassurées à bon compte, ne faisant plus rien sinon s’adonner à la prière, vu que le Seigneur reviendrait très bientôt… Dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens, Paul les rappellera à l’ordre avec ironie en écrivant : “Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus !” (2 Th 3, 10-12). A ce sujet, Paul invite à le suivre comme modèle, travaillant lui-même pour n’être à charge à personne. C’est la conception du travail dans la sagesse juive. Dans la culture gréco-romaine, le travail n’était pas considéré comme motif de glorification. Travailler était le rôle d’un esclave, non d’un homme libre. Pour Cicéron, “Quiconque donne son travail pour de l'argent se vend lui-même et se met au rang des esclaves”.

 

Zoom. Première évocation visualisée de la résurrection finale. Th. 4, 13-18

Nous sommes parfois mal à l’aise à la lecture des représentations de la résurrection données par Paul. Première étape de notre réflexion : Paul a prêché la résurrection comme une évidence (pour lui), mais il n’a pas eu le temps d’enraciner la foi en Christ ressuscité pour ses auditeurs, d’autant plus qu’ils n’étaient pas héritiers du judaïsme palestinien. Paul a laissé entendre que bientôt le Christ reviendrait et les prendrait avec lui. Le ‘bientôt’ a été compris “de leur vivant”, d’où la réaction des chrétiens : oui, mais pour ceux qui sont morts… c’est trop tard ! Quelle idée de la résurrection ont-ils réellement ?

Paul et les chrétiens sont héritiers du courant juif pharisien affirmant la résurrection. (La résurrection est un acquis théologique du 1er siècle avant J-C, issu du temps des Maccabées et des persécutions où l’on se demandait ce qu’il adviendrait des croyants morts sous les tortures. Dieu s’en occuperait encore, mais tout cela restait vague. Le Christ avait été interrogé par les sadducéens au sujet de l’impossible résurrection (la femme aux sept maris, Mt 22,23). Jésus s’en était sorti honorablement. La question des Thessaloniciens à Paul manifeste leur perplexité au sujet de la résurrection. Ici Paul s’appuie sur la foi en la mort et résurrection de Jésus, unanimement confessés par les chrétiens depuis Pâques. Sur ce, il invite les chrétiens à se réconforter les uns les autres à partir de cet enseignement. C’est tout autre chose que d’échanger de belles paroles toutes faites lors d’un deuil. Paul rappellera cet enseignement ‘reçu’ en 1 Co 15. (Voir compléments ci-après).

 

Exhortations finales.

En attendant le dernier jour de la venue du Seigneur, Paul invite les chrétiens à vivre sereinement leur existence. Inutile de s’alarmer avec les récits des apocalypses et autres littératures ténébreuses : “Vous êtes fils de la lumière! Veillons et soyons sobres.” Paul exhorte à la vigilance et à la fidélité 5,11, mais aussi à se réconforter mutuellement, à s’édifier les uns les autres, se construire l’un par l’autre. ‘S’édifier’ et ‘les uns les autres’ sont deux notions qui reviennent souvent dans la compréhension par Paul de l’Eglise : construire ensemble.

Paul devra revenir sur la question de vivre dans cet espace-temps, entre la première venue et le retour du Seigneur : ne vous agitez pas… (2 Th 2). Pour comprendre, nous devons nous souvenir des courants apocalyptiques et des prédicateurs parfois très zélés à prêcher l’enfer dès demain matin ! Ce n’est pas ainsi que Paul définit la vie présente en Christ.

En 5, 8, nous retrouvons les trois notions de foi, d’espérance et de charité (cf Th 1, 3) comme vertus fondamentales des chrétiens pour tenir unis au Christ et se réconforter les uns les autres. Foi ou charité active et non foi ou charité passive : c’est à méditer.

 

Les dernières lignes (5, 12-28) sont une succession d’exhortations toutes simples pour une réelle vie communautaire entre frères et envers les responsables de la communauté (appelés prophètes, c’est-à-dire chargés d’interpréter les enseignements). Ces quelques lignes dressent le tableau de la diversité des tempéraments rencontrés avec qui faire communauté. Un peuple très divers appelé à vivre dans la prière, l’action de grâce et le discernement.

 

Pour aller plus loin.

Histoire de l’évolution de la foi en la résurrection.

La foi en la résurrection personnelle (individuelle) est une notion tardive en Israël. La vision décrite par Ezéchiel (ch.37) de l’armée des ossements qui reprennent vie était une manière d’affirmer que, collectivement, Israël, vaincu par les armées ennemies, n’était pas définitivement disparu : Dieu ferait revivre Israël. Le sort des morts demeurait une énigme.

 

L’expression “les enfers” (ne pas confondre avec l’enfer au singulier) désignait les lieux sous la terre, le royaume des ombres. La mythologie des Egyptiens admettait le passage des âmes des morts dans ces espaces souterrains. La philosophie grecque distingue le corps et l’âme à la différence de la pensée religieuse juive, où l’on est un. Au temps des persécutions par les Grecs (-164 à -161) se pose donc la question : ‘que deviennent ceux qui ont donné leur vie pour Yahvé, sont-ils réduits au néant (Shéol) pour toujours ?’

 

Certains courants religieux juifs -dont les pharisiens- affirment que Dieu ne peut pas les abandonner pour toujours (théologie de la rétribution). Pour Job, écrit au 3ème siècle, on peut se rappeler que la rétribution se fait sur la terre, et non après. Au-delà de l’affirmation que Dieu ne les oublie pas, rien n’est précisé. Paul affirme que “nous serons toujours avec le Seigneur”, parce que le Seigneur est mort et ressuscité. Or, notre question est “Comment cela se passera-t-il ?” à laquelle correspond l’image complémentaire employée par Paul sur l’idée d’un retour du Christ, à l’image de l’arrivée d’un souverain dans une ville : tous les habitants sortent à sa rencontre pour que tous fêtent cette arrivée triomphale. Peut-être Paul s’inspire-t-il aussi de la vision de Dieu au Sinaï pour signifier la nouvelle rencontre de Dieu avec son peuple : Yahvé descend dans la nuée, les trompettes, les voix…

 

La question des Thessaloniciens concerne ceux déjà morts, elle témoigne de leurs doutes sur la résurrection. Le retour du Seigneur (la parousie) concerne les vivants, mais pour ceux qui ont trépassé ? Par une image, Paul invite à comprendre. Mais l’image reste une image. Au début du Moyen-Age, viendront d’autres images, comme le jugement dernier, inspirées de Matthieu ch. 25… Ce sont des représentations morales qui invitent les fidèles à rejeter le mal. Ici, nous sommes en l’an 50, et non 1150. Ce que Paul veut inspirer aux Thessaloniciens c’est que “nous serons avec le Seigneur”, les morts comme les vivants. Vouloir en dire plus, c’est au-delà de la pensée de Paul. (Le questionnaire de la fiche 0 invite à repérer les relations, c’est-à-dire le quoi avant le pourquoi ou le comment.) Paul insiste sur les relations entre Dieu, Jésus, les vivants et les morts. C’est explicité au long du ch. 5.

 

Prier la Parole

Qu'ils puissent voir ce qu'ils ont cru

Seigneur Dieu,

En Jésus-Christ ressuscité des morts,

Tu m'as donné une espérance vivante

Qui oriente ma vie

Et donne sens même à ma mort.

Je me souviens devant Toi

De ceux qui se sont endormis

Dans la foi en Ton amour.

 

Je Te rends grâce pour toute bénédiction,

Pour l'amitié que j'ai reçue d'eux,

Pour la paix, la fraternité

Qu'ils m'ont apportée.

Qu'en Ta présence,

Ils puissent voir ce qu'ils ont cru.

Que ta Parole console et fortifie

Ceux qui sont affligés par leur départ.

Rends-nous confiants par la foi en ton Fils

Qui a vaincu la mort.

 

Merci, Seigneur,

de semer ton Esprit en nos cœurs.

Merci pour ta Parole

Qui éclaire notre route,

Qui éclaire notre mort,

Et sans laquelle nous ne pourrions pas

Garder l'espérance.

Ensemble, vivants et morts,

Nous attendons que ton Règne vienne selon Ta promesse.

Frédéric Westphal

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 821 visites