Donner du sens à sa vie

Est-ce possible aujourd'hui ?

Le Touquet , Paroisse de la Sainte Famille en Terre d’Opale

 

Conférences des vendredis de l’été 2012 organisées par Past’opale

(pastorale du tourisme et des loisirs)

 

Conférence animée par Madame Thérèse Lebrun, président recteur délégué de l’Université catholique de Lille

Et Monsieur Michel Falise, président recteur émérite de l’Université catholique de Lille

 

Thème de la conférence :

 

DONNER DU SENS A SA VIE , TENIR DES ENGAGEMENTS,

EST-CE POSSIBLE AUJOURD’HUI ?

 

Présentation rédigée par le curé de la paroisse, L’abbé Guy Pillain

 

A travers les questions cruciales posées à notre monde, les intervenants cherchent les moyens pour dépasser clivages et cloisonnements. Ils les mettent en œuvre dans des actions et des engagements diversifiés au sein du monde économique, éducatif, social et politique. Ils discernent dans ces engagements une vision de sens nourrie d’Espérance.

 

Les deux conférenciers sont présentés de manière chaleureuse et détaillée par Monsieur Gérard Deschryver, acteur engagé dans la paroisse et la commune du Touquet.( Je résume très succinctement ses propos). Il dit de Madame Thérèse Lebrun , président recteur de l’Université catholique de Lille, femme de raison et de foi , au parcours brillant…et très prenant, qu’elle a suivi un parcours remarquable. A la suite de rencontres marquantes et providentielles,  elle a d’abord suivi des études de Lettres pour bifurquer vers l’enseignement universitaire, devenir la première femme recteur d’Université catholique en France puis se lancer dans un tourbillon d’initiatives aussi nombreuses qu’audacieuses. Désormais elle se tourne vers la santé et œuvre à la naissance d’un nouveau « quartier » appelé « HUMANICITE » dans la proximité géographique de la « Catho » de Lille, un quartier où sera tenté le « vivre ensemble » de populations diverses et mêlées afin de vivre au plus près les valeurs évangéliques et humaines.

Monsieur Michel Falise est, lui, un économiste passé par la prestigieuse Université américaine d’Harvard. Homme de foi et président recteur émérite de l’Université catholique de Lille, il tente de rassembler en synergie le monde économique , politique et social.

Tous deux ont écrit des ouvrages à lire. Madame Lebrun : « Acteurs dans un monde en mutation » et Monsieur Falise : « L’inattendu d’une vie » sous forme d’une lettre à ses petits enfants.

 

     Madame Lebrun prend la parole et expose son plan en deux parties :

  1. Voir comment, dans un monde souvent cruel, où beaucoup perdent leurs repères, où tout se transforme à grande vitesse, voir comment, donc, faire que les questions économiques soient entendues dans le monde social et comment faire pour que le monde social soit au courant de l’économie.
  2. La question du  « vivre ensemble ». Comment le fait-on ? Comment le réalise-t-on ? Les gens sont souvent rangés dans des cases, des figures figées. Nous avons à abattre les cloisons. Dans ces deux parties, elle présentera des « illustrations » à ses propos.

 

     Monsieur Falise propose, lui, de montrer comment nous pouvons être des micro-acteurs de la transformation sociale et comment l’avenir est ouvert, grâce, entre autres à des micro-projets responsables. Il déclare se placer en opposition à la macro-contemplation morose de nombre de nos contemporains. Il affirme que nous disposons d’espaces de liberté, de responsabilité aussi. Nous pouvons faire des choses, comme mettre l’économie à sa juste place (alors qu’elle tend à être envahissante). Quel rôle faut-il lui donner ? Il fait alors référence à la parabole du serviteur et du maitre . L’économie doit être serviteur. Ce n’est pas elle qui donne l’accès à la joie, à l’amour, à la beauté, à l’art : elle n’en a pas les clés. Il y aura donc deux projets :

  1. Chez les acteurs économiques, on va introduire des finalités humanisantes
  2. Chez les acteurs sociaux, il faut faire comprendre l’importance de l’efficacité

·  Exemple : Dans le groupe commercial Auchan, il a été réfléchi au développement d’une culture, d’une éthique. On a visé à une efficacité économique et déclenché un impact à la fois social (sur le personnel) et sociétal (sur la société en général). Il n’a pas seulement été question de profit (objectif légitime de commerciaux) mais de la mise en place d’une entreprise consciente de ses responsabilités,  ce qui s’est traduit par l’élaboration d’un code éthique. Un comité « éthique » s’est saisi de problèmes très concrets comme celui du personnel de la manutention (vite « usé » par la pénibilité de son travail). Celui du travail le dimanche ; celui d’entreprises étrangères, faisant travailler des enfants ; celui des publicités mensongères. Au terme de ces réflexions, on a voulu remettre l’homme au centre, et ne pas se laisser entrainer dans les jeux et enjeux des rouages économiques.

·  Exemple : Il s’agit d’un acteur économique tourné vers le social . Il travaillait dans l’immobilier, puis il est devenu prêtre. Il s’est alors occupé de mixité sociale dans le logement. Il est devenu promoteur de logements pour les plus démunis. Il a joint une dynamique économique à une finalité sociale. Ainsi faut-il faire naitre l’humain dans le monde économique.

Autres exemples présentés par Madame Lebrun :

 

Elle rappelle que la naissance des universités catholiques en France date de 1875. Elles sont actuellement au nombre de cinq.

·        Le Pas de Calais a une double approche, économique et sociale du vécu régional. Il est peuplé, à cette époque, d’un grand nombre de chrétiens qui souhaitent gérer l’économie avec une finalité humaine. Il s’agit donc, pour l’université, d’assurer la formation des maitres comme celle de ceux qui vont assumer l’économique. Il y aura donc six facultés à Lille et aussi des écoles « professionnalisantes », puis HET qui deviendra HEI (Hautes Etudes de l’Ingénieur ) ; comme on a besoin aussi de commerciaux, on créera HEIC puis l’EDHEC. La faculté de droit conduira à une école de travail social, consacrée en grande partie au droit du travail. Il se trouve que le créateur de cette école a un frère médecin, lequel perd une fille âgée de 18 ans. Il demande la création d’un hôpital pour enfants. Ainsi passe-t-on de l’universitaire au monde de la profession, puis à celui de la santé. Il y a un enracinement fondateur réalisé par des gens visionnaires.

 

·        Economie de la santé

(1976 à la Catho de Lille). Aux U.S.A. comme au Canada, il y longtemps que s’est opéré un rapprochement entre économie et santé ( l’un des membres de l’Institut Pasteur de lille a été l’un des premiers à s’intéresser à ce rapprochement). Il faut dire que les dépenses de santé augmentent alors de 30%, dont 15% liés à l’inflation. Il faut étudier cette fabuleuse évolution des dépenses de santé. Monsieur Falise fait appel à Monsieur Jean Claude Sailly , Docteur en économie, licencié en philosophie, sociologie et théologie .Il fait confiance aux jeunes, travaille au rapprochement de l’économie et de la santé. La science de l’économie ne résout pas tout mais elle peut proposer une optimisation de la gestion, proposer une allocation optimale (c’est difficile !). Les ressources sont rares …On manque de sang, d’organes… « Vous ne savez pas compter » disent les uns. « Vous n’êtes pas éthiques » disent les autres. Face à tout cela : il faut se mettre ensemble pour abattre les cloisons déclare Madame Lebrun.

 

Monsieur Michel Falise ajoute que ce n’est que dans le long terme que l’on peut monter un projet, un sens. Le politique, c’est le domaine du vivre ensemble dans la cité. Alors, comment gérer au mieux ce vivre ensemble ?

*Dans la société civile, les intérêts peuvent être convergents ou divergents ; il peut se produire des affrontements

*Les pouvoirs publics, eux, s’occupent du bien commun

Dans la société civile on rencontre peur, crispations, replis identitaires, communautarismes, nationalismes. Le vivre ensemble se délite. Le pouvoir politique, lui, est mis en question, discrédité et c’est un handicap sérieux pour être porteur du bien commun.

On peut affronter ces défis de différentes manières : en augmentant les responsabilités dans la société (entreprises citoyennes), en prenant en compte l’intérêt général.

 

Madame Lebrun se réfère alors, de façon succincte, dit-elle, à la doctrine sociale de l’Eglise, laquelle se déploie selon trois dimensions majeures :

1.      La dignité de la personne humaine (qui permet à l’homme de s’accomplir et de s’épanouir)

2.      Le bien commun (incluant la nécessité d’un effort collectif)

3.      La destination universelle des biens.

 

Le projet « Humanicité » de Lille est confronté au problème du vieillissement de la population (qui ne fera que croître dans les années à venir). Dans ce contexte ressurgissent les valeurs de l’Evangile, dont celle de l’attention à porter aux plus démunis,  aux plus faibles. Des recherches sont donc entreprises sur le vieillissement, le handicap sous le sigle HDC (Handicap, Dépendance, Citoyenneté).

Des liens sont noués avec : Lille Métropole Communauté urbaine

                                            La commune de Lomme ;celle de Capinghem

                                            Des promoteurs, des entreprises, des donateurs

Il s’agit de marier le monde de l’Université avec des associations diverses. Ayant parfois à faire avec des enfants touchés par de grands handicaps, il a fallu se pencher sur le handicap physique ou mental, voire le handicap social ; développer le travail sur le développement des soins palliatifs ; envisager de créer des foyers d’accueil médicalisés pour personnes malades ou des S.D.F. ; penser à créer des ateliers de blanchisserie. L’urbanisation sera confiée pour 15% à la Catho sur les 140 hectares à disposition. Il faut relever le défi du vivre ensemble. Cela aura pour conséquence de fournir du travail à environ 500 étudiants, aide-soignants… donc création d’emplois et d’entreprises.

Se mettent en place des «  ateliers d’Humanicité » où se rencontrent étudiants, enseignants, chercheurs, dans le but de travailler avec les usagers de ces lieux. On va vers la création de services, d’innovations technologiques. Si, au rez- de- chaussée, un espace ouvert à tous est prévu, il est envisagé à l’étage , d’offrir une « maison d’Eglise » œcuménique qui sera appelée : Accueil Marthe et Marie. Si Marie peut en agacer quelques uns par son apparente passivité, ajoute Madame Lebrun , n’oublions pas qu’en chacun de nous existe une part de Marthe et une part de Marie.

 

Monsieur Michel Falise nous apprend qu’il s’est formé un conseil de concertation réunissant environ 150 acteurs qui produisent des avis à destination des élus de la commune. La culture du pouvoir doit se transformer en culture de l’agir avec.

La société civile génère une culture d’acteurs de la société afin d’améliorer la gouvernance politique qui doit devenir plus pertinente et plus entendue. On espère une diffusion et un accroissement de la citoyenneté

 

Madame Lebrun présente maintenant quelques mots de conclusion :

 

A la question posée au début de notre exposé : y a-t-il un sens à donner à nos vies ? Elle répond résolument : oui . Oui bien sûr, et d’abord en faisant grandir un monde plus juste et plus humain. C’est ce à quoi nous sommes conviés.

Nous sommes déjà dans ce monde, nous avons reçu des talents, il faut pouvoir les partager dans le respect et le dialogue. Pour ma part, confie-t-elle, si j’ai pris ce chemin, c’est que j’ai répondu à des appels. Il y faut du courage et du discernement ; de l’humilité aussi. Je puise dans l’Evangile l’appel à l’Espérance. S’il existe dans notre monde, la jungle des égoïsmes, ils ne masquent pas la réalité des « jardins d’alliances »

 

Monsieur Michel Falise ajoute que donner un sens à sa vie, ce n’est jamais terminé. On ne trouve pas un sens à sa vie, on accueille des propositions de sens . C’est une dynamique jamais achevée. Un sens, c’est à la fois une direction, un horizon, et une signification . Une vision de sens, c’est, pour moi, dit-il, un « humus théologal ». Que chaque personne se développe en ouverture aux autres, une avancée en communion, c’est mon souhait ; c’est la personnalisation, la Trinité, oserai-je dire, une anticipation du Royaume.

D’où l’importance de « la petite fleur d’espérance » (chantée par Péguy) et la certitude que  rien n’est perdu de ce que l’on fait par amour. Nous avons ce soir l’anticipation du Royaume.

 

Nous prions ensemble un « Notre Père »

 

Monseigneur Noyer demande quelle pourrait être la vocation d’une cité comme Le Touquet. Peut-être celle d’être une passerelle entre les personnes malgré et grâce aux différences culturelles et sociales.

 

Madame Lebrun, profitant de l’aspect « touristique » du Touquet, note que l’on a tous besoin de ressourcement (elle annonce déjà l’Evangile de demain : « Venez à l’écart et reposez-vous un peu ») pour se lancer dans le monde de l’engagement, là où l’on peut être « le levain dans la pâte » (sans oublier que le tourisme est une réelle activité économique).

 

Une personne dans la salle incite à aller visiter « Humanicité ». Une autre demande s’il existe des projets semblables ailleurs.

Pour le moment, répond Madame Lebrun, qui pense à quelques projets pour « Humanicité », non. Mais il existe la volonté de regrouper 82 personnes sourdes de naissance dans un centre où, vieillissantes, elles n’auraient pas à subir un isolement insupportable car elles se comprendraient dans la langue des signes et seraient encadrées par un personnel lui-même sourd de naissance. Elle dit que la ville de Louvain en Belgique, qui s’est développée de façon harmonieuse en faisant « vivre ensemble » une cité et une université est un exemple de réussite intéressante.

 


 

 

Article publié par Michèle Leclercq • Publié • 785 visites