Les cendres de l'abbé Candas reposeront au Brésil

Textes des célébrations et témoignages

C'est l'histoire d'un prêtre qui souhaitait mourir au Brésil, au milieu du peuple qu'il aimait tant. La maladie lui a repris la vie dans un hôpital français, dans le Nord qui l'a vu grandir et au milieu de sa famille et des amis qu'il aimait aussi. Le plus étonnant dans cette histoire, c'est que quinze ans après son décès, quatorze brésiliens, dont l'évêque de Coroatã, sont venus chercher les cendres de leur curé. 

 

Michel Candas est né à Arras. Ordonné en 1949, il officie d'abord à la paroisse Sainte-Barbe de Noeux-les-Mines puis à Gavrelle et à Fresnes-lès-Montauban. À chacun de ses passages, il laisse de grands souvenirs. Les anciens de Sainte-Barbe se souviennent de ses facilités à aller à la rencontre des Noeuxois, paroissiens ou non. Il redynamise le patronage. Il gonfle les effectifs de la troupe scoute. Chaque été, il envoie les enfants du quartier dans trois colonies de vacance qu'il organise en Bretagne, dans le Jura et dans le Lot. Elles sont financées grâce à des kermesses dont tout le monde se souvient. Michel Candas a un talent incontesté pour rassembler les bonnes volontés. 

 

Une paroissienne raconte que Michel Candas allait jusque la salle de catéchisme en scooter. Au fur et à mesure du trajet, des gamins grimpaient sur le deux-roues, si bien qu'à l'arrivée, il n'était pas rare d'en voir quatre ou cinq qui se tenaient à la soutane du curé. Un autre paroissien raconte que pendant l'une de ses colonies de vacance dans le Lot, il a été pris en stop par Albert Camus. 

 

En 1962, répondant à l'appel des pape Pie XII et Jean XXIII, Michel Candas part pour le Brésil pour une mission d'évangélisation. Il a compris qu'il est nécessaire que des prêtres de chez nous acceptent d'aller à la rencontre d'Eglises jeunes qui ont besoin de soutien. Il s'installe dans le Nordeste. Il est touché par la misère dont souffrent les cultivateurs et prend rapidement leur défense. Les quelques terres qu'ils possèdent et qu'ils cultivent pour faire vivre pauvrement les leurs se trouvent alors confisquées par la force, au bénéfice des grandes exploitations des puissants. Des problèmes de santé s'ajoutent et la dignité humaine est bafouée. 

 

Michel Candas crée un dispensaire. Il rassemble autour de lui des volontaires pour construire deux églises, l'une à Miranda du Nord et l'autre à Pirapemas. Ces chantiers permettent de rassembler chrétiens et non chrétiens autour de projets fédérateurs.

En 1982, il reçoit le prix des Droit de l'Homme. 

 

En janvier 2001, il prend un billet d'avion aller-retour pour la France. Il est inquiet sur son état de santé, mais il est persuadé que les médecins règleront le problème en quelques jours. En mars, les médecins du CHR de Lille renoncent à l'opérer d'une tumeur à la vessie et à l'intestin. Il est conduit au centre de soins palliatifs de Bruay. Il s'éteint le Jeudi Saint, 12 avril, à l'âge de 76 ans. Mgr Jaeger célèbre ses funérailles le Samedi Saint dans l'église Notre-Dame des Ardents à Arras.

 

C'est dans cette même église Notre-Dame des Ardents que Mgr Jaeger a remis l'urne funéraire de Michel Candas à Mgr Bandeira Coelho. Les cendres du prêtre français reposeront désormais dans l'église qu'il a construite à Miranda du Nord. Ceux qui ont constaté l'émotion et les larmes des brésiliennes qui parlent de Michel Candas, pensent qu'un procès en béatification trotte dans certaines têtes.

Jean Capelain

 

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Nœux-les-Mines

28 avril 2016

 

C’est avec une grande émotion que nous célébrons l’eucharistie là où le père Candas a officié pendant plusieurs années.

Le motif de cette visite est de dire un grand merci au père Michel qui a beaucoup travaillé pour nous. Nous remercions surtout Elisabeth qui a accepté de transmettre à Coroatã les cendres du père Michel. Merci aussi à vous tous qui êtes venus célébrer l’eucharistie avec les prêtres brésiliens.  

Il y a quelque temps, des personnes sont venues rencontrer l’évêque pour commencer les démarches de rapatriement des cendres vers Miranda du Nord. J’ai donc posé la question : pourquoi est-ce que vous tenez tant à ce que le corps du père Michel soit rapatrié à Miranda. Il a été répondu que le père Michel fait partie de notre famille et de notre histoire. Voilà pourquoi nous entreprenons cette démarche.

Le père Michel à beaucoup marqué les endroits où il est passé : Miranda du Nord et Pirapemas. Beaucoup l’on connu alors qu’ils étaient encore jeune et c’est avec beaucoup de gratitude qu’ils ont cette mémoire du père Michel au milieu d’eux. Il a été jusqu’à construire deux églises : à Pirapemas et à Miranda en demandant de travailler ensemble. Au delà de la construction physique des églises, il a permis que se construise une véritable Église spirituelle avec les gens qui étaient là, qui se sont mis ensemble grâce à lui puisqu’il avait un don particulier pour rassembler.

Il avait les trois qualités que le pape François met en relief dans ses enseignements.

Il partageait beaucoup avec ses paroissiens, et il a permis que soit par des visites personnelles soit par des partages de repas, ils puissent visiter des enfants ou des personnes âgées. Grâce à ça, sa première caractéristique était la proximité des gens.

La deuxième caractéristique était la miséricorde qu’il exprimait de façon privilégiées auprès des mères célibataires ou auprès des personnes avec qui il avait un contact fréquent.

La troisième caractéristique était cette miséricorde qui lui faisait à la fois ouvrir les bras et fermer les yeux.

Le père Michel était quelqu’un qui se voulait proche de ceux qui étaient loin. À cause de ça, il marchait beaucoup pour rencontrer les personnes les plus éloignées géographiquement ou spirituellement. Cette proximité qu’il avait permettait d’avoir une influence dont vous êtes encore les témoins, aujourd’hui et autour de nous.

Cette mentalité missionnaire qu’il avait et qu’il a maintenue fait qu’il est encore pour nous quelqu’un d’important. Cette volonté qu’il avait de créer des liens et de faire en sorte que les communautés se prennent en charge avait sa source dans la spiritualité profonde qui était la sienne et qui se vivait dans l’eucharistie.

Merci à Élisabeth de nous confier cette urne qui sera la mémoire de quelqu’un qui a aimé son peuple et un peuple qui le lui a bien rendu et qui l’aime encore beaucoup aujourd’hui.

Merci au père Michel d’avoir permis cette jonction profonde qu’il y a entre ces deux communautés, celle de France et celle du Brésil.

Dom Sebastião Bandeira Coelho,

évêque de Coroatã, Maranho, Brésil

 

ND des Ardents, Arras.

29 avril 2016

 

 

Avant de mourir, Jésus s’adresse à ses apôtres. Mais la parole qu’il prononce est pour tous les hommes, toutes les femmes de tous les lieux et de toutes les époques. Et cette parole aujourd’hui résonne en France comme elle résonne au Brésil et en tant d’autres lieux de notre planète. Cette parole est pour notre vie aujourd’hui : aimez-vous les une les autres. C’est le seul commandement que le Seigneur nous laisse, et il l’adresse à tout être humain, et particulièrement à ceux qu’il a choisis pour marcher à sa suite. Je sais à quel point cette parole est précieuse et féconde pour l’existence de tous les peuples, quelle que soit leur langue, quelle que soit leur histoire, quelle que soit leur culture. Cette parole, le père Michel l’a fait retentir dans la première partie de son ministère, ici, chez nous. Il l’a fait retentir au Brésil où il a été envoyé pour travailler en communion avec nos frères et nos sœurs, avec les évêques et les prêtres de ce vaste pays. Cette parole nous invite à travailler encore à l’avènement de cette Bonne Nouvelle marquée par la justice, marquée par l’amour de Dieu, marquée par la tendresse, marquée par la miséricorde de Dieu. Et cette parole est le meilleur ferment de notre unité au-delà des difficultés, des épreuves, des tâtonnements et des recherches. Cette parole est le gage de notre bonheur : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé.

Le père Michel fut un trait d’union entre des peuples différents. Il avait souhaité mourir au Brésil tellement il y était attaché. Tout en restant un homme de chez nous, il avait épousé ce peuple. Malheureusement le développement rapide de sa maladie n’avait pas permis son retour au Brésil, et c’est au milieu de nous qu’il est décédé, et dans cette église que nous avons célébré ses funérailles.

Le fidèle Don Sébastien et d’autres amis ont souhaité que ce qu’il reste encore de ce corps de Michel reprenne le chemin du Brésil. Là, il sera de nouveau un trait d’union entre les peuples, les invitant à se trouver toujours plus fort que la mort et qu’il nous invite à vivre encore comme les enfants bien-aimés.

Mgr J.-P. Jaeger

 

Dom Sebastião Bandeira Coelho,

évêque de Coroatã, Maranho, Brésil

Ces paroles expriment bien ce qu’a été la vie du père Michel. Pour montrer que cette fidélité continue encore quinze ans après sa mort, toute une délégation est venue chercher les cendres du padre Miguel pour que cette urne soit mise dans l’église qu’il a construite à Miranda.

Il a été un bon pasteur pour le peuple qui lui a été confié. Par ses paroles et par son attitude, il a montré l’amour qu’il apportait à son peuple. Il n’est pas seulement un ami, mais un bon père pour tous ceux qui l’on connu. Beaucoup l’on considéré et le considèrent encore comme un membre de leur famille. Comme un père qui était loin et qui va maintenant revenir auprès des siens. Qu’est-ce que le padre Miguel nous a laissé ? Il nous a laissé trois choses importantes pour le monde d’aujourd’hui. La première chose : il a été le témoin de l’amour de Dieu, de la miséricorde de Dieu pour les peuples les plus pauvres. Il a toujours été le signe de la révérence de Dieu pour les plus pauvres.

Le deuxième point qu’il nous a laissé, c’est l’amour de l’Évangile. Il connaissait bien la parole de Dieu et la transmettait avec beaucoup de joie et d’enthousiasme. Nous avons gardé plusieurs de ses homélies. Avec beaucoup de cœur, nous sommes attentifs à tout ce qu’il nous a laissé. Cette profonde allégresse nous permet d’affronter avec sérénité les difficultés de la vie.

La troisième chose que le padre Miguel nous  a laissée, c’est l’espérance. Il a fait tout ce qu’il pouvait pour que cette espérance permette à chacun de se relever. Il a réussi que les gens travaillent ensemble pour des constructions très matérielles de l’église, mais aussi pour l’édification de l’Église spirituelle pour ceux qui nous gouvernent et leur donner conscience de ses capacités. Ce qui est important, c’est d’alimenter l’espérance du peuple.

Il a accompagné les séminaristes comme recteur et conseiller. Il a été le directeur du grand séminaire de São Luis. Les séminaristes nous rappelle la joie qu’ils avaient à le fréquenter et à utiliser ses conseil. Le padre Miguel sera le symbole de quelqu’un qui peut apporter un grand témoignage et une grande espérance. 

Merci à Isabelle et à toute la famille qui a accepté que le corps de Michel retourne au Brésil.

Dom Sebastião Bandeira Coelho,

évêque de Coroatã, Maranho, Brésil

 

 

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Textes des funérailles de Michel Candas

le 14 avril 2001, Samedi Saint

Arras, ND des Ardents

 

 

Rentré en France début janvier 2001, avec simplement quelques inquiétudes sur son état de santé, Michel était néanmoins persuadé qu'en quelques jours, quelques semaines au plus, les médecins auraient réglé son problème. II était en possession d'un billet d'avion aller-retour.

Michel est décédé le Jeudi Saint 12 avril, au Centre de soins palliatifs de Bruay-la-Buissière où il avait été accueilli le lundi 26 mars. L'attention remarquable avec laquelle le personnel et les médecins de cette maison l'ont entouré aura certainement permis d'atténuer la douleur - devenue permanente - et de préparer psychologiquement Michel à la mort. Ces hommes et ces femmes, aux qualités humaines et professionnelles exceptionnelles, ont en particulier veillé à rendre présents, à ses côtés et de façon permanente, tous ses amis brésiliens dont il se trouvait brutalement séparé : une souffrance morale qu'ils voulaient prendre en compte. Et même ils étaient prêts à répondre à tous les désirs de Michel, voire le conduire au bout du monde.

 

Les funérailles de Michel ont été célébrées le Samedi Saint 14 avril en l'église Notre-Dame des Ardents à Arras. Son corps a été déposé le même jour dans le caveau familial du cimetière d'Arras, aux cotés de ses parents et de ses frères Daniel et Jean-Pierre.

Les textes lus ce jour-là à l’église et au cimetière, ont été ici rassemblés, avec les derniers messages de Michel écrits quelques jours avant sa mort.

 

Savourez et voyez comme est bon le Seigneur,

Heureux l'homme dont II est le refuge (Psaume 3419)

Car chez toi est la fontaine de la vie,

et à la lumière nous voyons la lumière (Psaume 36/10)

 

 

Chers amis et frères, enfants, jeunes, adultes de Dom Mauricio, de la communauté catholique, évangélique, Shalom, école Flavio Portela Marcilio, groupes de jeunes, chorale, liturgie, enfants de chœur, association des petits producteurs agricoles, association des habitants de la Villa San Antonio, Club des mères, groupe culturel des jeunes du Shalum, et vous membres des communautés de base des paysans… Enfin tous, et veuillez m'excuser si j'ai oublie quelqu'un !

C'est avec le cœur serré et les larmes aux yeux que je vous écris ces lignes. Pardonnez ma mauvaise écriture, je suis très abattu.

Plusieurs amis et amies de Dom Mauricio (et aussi de Quixada et de Fortaleza) m'ont appelé ou m'ont écrit. J'aurais aimé - oh combien - répondre personnellement à chacun et à chacune. Vous comprenez que je suis physiquement incapable de le faire.

C'est pourquoi j'ai décidé d'écrire à tous, afin de donner les dernières nouvelles. Je sais que vous êtes anxieux de les connaître.

Mon problème c'était d'abord une tumeur à la vessie. Mais on en a découvert un peu plus tard une autre à l'intestin. Les médecins ont hésité sur ce qu'il fallait entreprendre : chirurgies successives, rayons ou chimiothérapie…

Dieu merci on m'a orienté vers un grand hôpital d'une ville appelée Lille. J'ai été bien reçu et finalement je serai hospitalisé le 12 mars pour être opéré le 13. C'est une chirurgie un peu délicate, mais j'y vais avec la foi en Dieu et avec l'appui des gens qui prient pour moi.* De toute façon j'ai déjà vécu une vie merveilleuse au milieu du peuple, au milieu de vous mes amis et frères.

Je ne suis peut-être pas un très bon prêtre, mais j'ai toujours essayé de semer autour de moi la joie et l'amitié, et j'ai toujours reconnu dans vos visages le visage du Christ vivant. Je vous remercie de tout mon cœur pour tout ce que vous avez fait de bon pour m'accueillir, m'accompagner, me pardonner.

Maintenant je me sens exactement comme Abraham, quand le Seigneur lui a dit : Va vers le pays que je te montrerai ! Laisse tout et va…

Je ne sais pas où je vais. Je n'avais jamais pensé repartir en France si précipitamment. Je me sentais fort, disposé, joyeux… Et soudain Dieu m'a dit: Michel, va ! Mon avenir est entièrement entre les mains du Seigneur. J'ai déjà beaucoup vécu, beaucoup aimé. J'ai déjà connu beaucoup de joies (et des difficultés aussi bien sûr). Si le Seigneur me dit : ton temps est arrivé, viens auprès de moi, j'irai. Mais s'il veut me laisser encore quelques années avec vous sur cette terre je dirai : Merci Seigneur.

Priez pour moi ! Aujourd'hui je vais me confesser auprès du prêtre de la paroisse, et recevoir le sacrement des malades. Je resterai éternellement uni à vous par l'amitié, par la prière ! Avec les larmes aux yeux j'embrasse tendrement chacun de vous que j'ai tant aimés !

 

Arras, le 8 mars 2001  Michel

* En fait les médecins du Centre Hospitalier de Lille ont renoncé à l'intervention Chirurgicale

 

 

 

Au nom de ma foi en Dieu, le Dieu de la vie, j'offre ma vie terrestre à vous Églises de France et du Brésil.

C'est le moment pour moi. Je dois remercier, demander pardon, offrir. J'ai beaucoup vécu, j'ai beaucoup aimé et reçu d'amour… Mon cœur vibre encore de cette vie merveilleuse qui m'a été donné de vivre au milieu de vous mes frères du Brésil et de France.

Vous êtes des milliers hors de ma portée maintenant. Pourtant je voudrais vous serrer dans mes bras, vous donner un dernier sourire, un dernier signe d'adieu. Adieu. À bientôt !

Adieu à vous qui faisiez partie de l'Église visible. Adieu à vous qui faisiez partie de l'Église invisible. Merci à vous qui, avec moi, d'une façon ou d'une autre, avez agi pour construire un monde plus juste, plus humain, avec plus de respect pour les pauvres !

Bruay-la-Buissière, le 30 mars 2001 Michel

 

 

Toute la nuit il s'est battu contre la nuit ni vif ni mort pénétrant à tâtons sa propre substance à se remplir de lui-même jusqu'au bord

D'abord il s'est agi de s'étendre dans l'ombre se faire immense dans l'immense reposer au centre insondable du repos

Le temps coulait et son être coulait dans un seul courant indivisible

Le temps retrouvait son origine lui-même sa propre source

De l'autre côté une lueur le héla II ouvrit les yeux, il était sur la rive ni vif ni mort près de son corps abandonné

Alors l'investirent les signes dans le ciel l'écriture sanglante de l'étoile les ondes concentriques que dessine une phrase de chute en chute en la conscience

Revêtu d'inscriptions, son front brulait de soudains mots de passe ouvraient épaisseurs et labyrinthes les points cardinaux échangeaient des reflets tacites

Et sa pensée, chue entre les obélisques fut la pierre noire tatouée par l'éclair

Aveugle bataille d'allusions corps à corps obscur avec le temps sans corps

II tombait de visage en visage d'année en année jusqu'au premier vagissement: humus de vie, terre hors terre, corps contre naissance, vivant pour la mort, mort pour la vie.

Octavio Paz Uberte sur parole (extrait)

 

 

 

Vous vous souviendrez certainement que les funérailles du père Michel ont été célébrées un Samedi Saint.

Dans la liturgie de l'Église Catholique, cette journée constitue une place tout à fait particulière. Nous avons célébré hier la mort du Christ, et l'Église aujourd'hui s'interroge : voir mourir Jésus en qui des hommes avaient trouvé leurs références c'est l'affirmation d'un drame, d'un doute, d'un échec. Et l'Eglise est en quelque sorte stupéfaite, muette, silencieuse. Elle attend. C'est cette journée de silence, d'attente, d'interrogation, d'échec, que nous vivons ensemble. Et c'est la raison pour laquelle notre liturgie est très sobre : on ne célèbre jamais la messe le Samedi Saint, même pour les funérailles d'un prêtre.

Certains seront étonnés, et pourtant je suis sûr que le choix de cette journée correspond admirablement à ce que Michel vit, uni à son propre Seigneur. Hier soir en terminant l'Office qui faisait mémoire de la mort de Jésus, nous avons déposé sur la croix le linceul dans lequel on entoure les défunts. Le corps de Michel est sans doute lui aussi enveloppé de ce linceul blanc. Nous attendons et nous guettons.

 

Très vite Michel a su ce qu'était l'échec, le doute, l'interrogation. Non pas que lui-même, dans son choix, dans sa vie, dans son ministère, ait été atteint par ces sentiments humains. II était parti au Brésil, répondant à l'appel du Pape Pie XII relayé par Jean XXIII. II avait compris qu'il était nécessaire que des prêtres de chez nous, relativement nombreux à l'époque, acceptent d'aller à la rencontre d'Églises jeunes qui avaient besoin d'aide et de soutien pour croître et se développer.

Là-bas Michel a donc fait l'expérience de ce que pouvaient être l'échec, le doute, l'interrogation, qui révèlent la mort de l’humanité. Son cœur de prêtre a été immédiatement et pratiquement saisi par la situation d'un certain nombre de Brésiliens qui étaient démunis de tout et auxquels on prenait encore le peu qu'ils avaient : les quelques terres qu'ils possédaient et qu'ils cultivaient pour faire vivre pauvrement les leurs se trouvaient alors confisquées par la force, au bénéfice des grandes exploitations des puissants. Des problèmes de santé s'ajoutaient, la dignité humaine était bafouée, conduisant ces hommes et ces femmes au désespoir.

 

C'était en quelque sorte de façon permanente leur Samedi Saint. Ils étaient au tombeau. Michel a accepté d'épouser leur condition, d'être quelquefois leur voix, leur force ; de les soutenir mais aussi de s'engager, de créer quelques structures qui permettaient de dépasser des situations dramatiques, et en tous cas de donner confiance et courage pour que ces hommes et ces femmes abattus se redressent et se relèvent. Déjà, en ce Samedi Saint, il y avait l'amour, il y avait la vie.

Michel nous célébrons votre mort pour rappeler, pour dire, que le Seigneur est vivant. Que son tombeau ne s'est jamais refermé à tout jamais. Et qu'aujourd'hui en ce Samedi Saint nous partageons l'espérance, nous qui sommes dans la peine, dans la douleur et dans la souffrance. Qu'il y aura ce lendemain de Pâques qui chantera la victoire du Christ ressuscité, d'un Christ ressuscité parce qu'il est allé jusqu'au bout du don de lui-même : II s'est donné jusqu'à la mort, II a remporté la victoire que seul peut connaitre l'amour.

Sans doute, mais avec une conviction profonde, c'est ce passage de la mort à la vie que Michel a vécu. Il a annoncé, il a été cet homme en blanc qui rappelait qu'il ne fallait pas rester accablé, qu'il ne fallait pas se laisser abattre par la défaite, par l'oppression, mais qu'il fallait vivre, vivre de cet amour qu'un Dieu nous a donné lorsque son Fils Jésus est venu souffrir, mourir, et ressusciter au milieu de nous. Ce qu'a vécu Michel au Brésil est pour nous signe de cette résurrection que nous allons célébrer en cette nuit et en ce jour de Pâques si proche.

La mort nous pose toujours des questions. Elle nous déconcerte. Elle nous trouve incontestablement pauvres et démunis. Mais ce que nous avons déjà vécu d’espérance, de bonheur, de joie, d'humanité, constitue pour nous la certitude que cette création - encore inachevée et qui souffre dans les douleurs de son enfantement - marche vers son accomplissement grâce à des hommes, des femmes, qui ici chez nous ou au Brésil, acceptent de lutter pour que l'Homme soit plus beau, plus libre, plus fraternel et plus solidaire.

 

Michel, avec vous nous sommes plongés dans le silence, le doute, et la question de la mort. Avec vous nous croyons que cette journée du Samedi Saint n'est pas le terme du pèlerinage humain, et que les hommes abattus peuvent revivre à chaque fois qu'ils puisent dans l'amour la capacité d'orienter leur vie autrement, au prix quelquefois de rudes combats.

Cette certitude vous l'avez vous-même puisée dans votre Dieu, dans Celui au nom de qui un jour vous avez quitté le Pas-de-Calais pour traverser l'océan et aller rejoindre des frères vivants mais enfermés dans leur tombeau. Beaucoup d'entre eux ont dit que, grâce a vous et par vous, ils avaient retrouvé la vie.

Aussi nous voulons croire, et nous croyons de tout notre cœur, que demain, demain éternel mais demain des hommes, nous nous lèverons, ils se lèveront, pour vivre et pour voir triompher le règne de l'amour. Non pas simplement dans notre tête, mais dans la réalité quotidienne de la vie des hommes.

Nous sommes dans le silence. Mais avec vous, devant notre Dieu ressuscité en Jésus Christ, nous proclamerons la victoire de l’amour, la victoire de la vie.

Jean-Paul Jaeger Evêque d'Arras

 

 

C'est en marchant qu'on ouvre le chemin. C'est ce chemin que nous évoquerons tout au long de cette célébration.

C'est Michel Candas qui nous rassemble autour du père évêque, de sa famille, des prêtres, des membres du Comité Episcopal France Amérique Latine (CEFAL), de ses nombreux amis, mais aussi de cette foule immense de ses frères du Brésil qu'il portait en son cœur et qui était devenue sa nouvelle famille.

Depuis longtemps je suis ami de Michel, comme je l’étais de ses parents. Ordonné prêtre le 29 juin 1949, Michel fut nommé a Nœux-les-Mines. Premier dépaysement pour lui : les corons, les mineurs, la silicose, et la J.O.C., I'A.C.O. Puis ce fut Gavrelle et Fresnes-les-Montauban, à la découverte du monde rural et des ouvriers de la Scarpe. C'est en 1962 que Michel fut envoyé par monseigneur Huyghe, au nom de l'Église d'Arras, en réponse à l'appel Fide doum de Jean XXIII. Ce fut alors pour lui une vie nouvelle.

J'ai eu moi-même la chance de passer un mois au Brésil. Padre Miguel ! Padre Miguel ! J'ai entendu des centaines de fois ces mots prononcés par des voix chaleureuses d'enfants, de jeunes, d'hommes et de femmes de tout âge, à Sao Luis, à Pirapemas, et dans les communautés ecclésiales de base en plein essor. Je verrai toujours ces paysans, chassés de leur terre, me montrer leur ancien village dévasté et l'image du Christ resté sur le mur de la chapelle incendiée.

Michel a écrit : Le Brésil est entré dans mon cœur, les pauvres ont fait irruption dans ma vie: nous avons cheminé ensemble et nos yeux se sont éblouis. II eut également des moments difficiles, mais ce sont surtout ces merveilles qu'il nous communiquait à chacun de ses retours au pays: elles l'ont fait tenir jusqu'au terme.

II y a trois semaines il me chuchotait à l'oreille ces paroles de Jésus: Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous ayez en abondance.

•Abbe Charles Magnier

 

 

Michel était proche de nous tous, respectueux de chacun de nous, avec nos richesses, nos limites, nos différences. II ne faisait pas de sermons, prenait les gens tels qu'ils étaient, sans arrière pensée, sans essayer de convaincre…

Avec toi Michel nous avons vécu des choses merveilleuses. Nous te disons aDieu !

•Françoise Desurmont

 

 

Padre Miguel était au milieu des plus pauvres du Brésil le bon berger de l'Évangile. Tu l'as arraché, Seigneur, à ses brebis qui n'ont pas eu le temps de lui dire au revoir. Mais lui, jusqu'à son dernier souffle, a garde le souci de l'annonce de l'Évangile, le souci des communautés, sans oublier celle des Indiens.

Avec eux, en toute confiance, nous te confions Padre Miguel. Et nous te prions pour tous les pauvres du Brésil et de la terre. Ne les laisse pas orphelins.

Suscite beaucoup de Padre Miguel pour les réconforter et les guider sur leurs chemins épineux.

Christiane Peru

 

 

Le père Michel Candas était un passionné de Dieu et un passionné des hommes, avec une priorité pour les petits, les pauvres et les sans-droits.

À cause de son cœur tellement grand il a connu des jours exaltants, mais également des moments moins faciles.

Quelles qu'étaient les situations il rayonnait toujours d'une joie intense et communicative. II aimait dire : Je suis un prêtre heureux.

Michel, le Jeudi Saint, jour de ta fête, tu es entré dans la joie parfaite du Ressuscité, de Celui qui t'accompagnait tous les jours sur les chemins des pauvres.

Parle-lui de nous. Demande-lui pour chacun de tes frères prêtres cette même passion de l'Évangile, ce même souffle qui anima toute ta vie. Afin qu'ils demeurent ou deviennent des prêtres heureux.

Dans ta tendresse, souviens-toi de nous Seigneur.

•Abbe Raymond Hatte

 

 

Père nous te rendons grâce de nous avoir donné Padre Miguel,

II avait dépouillé son cœur de tout sentiment de supériorité, trouvant ainsi la voie qui mène au cœur des pauvres. II a vécu pauvre parmi les plus pauvres, par amour pour eux, en vrai disciple de Jésus-Christ.

Père nous te rendons grâce pour les merveilles que tu as accomplies par Padre Miguel.

II a servi les pauvres en mettant tout en œuvre pour leur apprendre à mener une vie humaine digne et pour qu'ils découvrent le sens ultime de l'aventure humaine. Vivant au milieu des exclus du monde socio-économique, il rendait vivante au Brésil cette parole de l'Évangile : Ce qui est sage aux yeux de Dieu est fou aux yeux du monde.

Ne nous communiquait-il pas encore, il y a deux mois, son émerveillement devant la foi des jeunes ? Une dernière fois ii nous interpellait a sa façon : puisque lui dans les communautés du Marahnão avait pu faire naître, grandir, rayonner, ce trésor dans le cœur des plus pauvres, pourquoi nous ici, ensemble, serions-nous incapables d'éveiller, de réveiller, de vivre cette foi indéfectible en Jésus-Christ ?

Père, nous te rendons grâce de nous avoir donné Padre Miguel.

Marie-Noëlle Sylvain

 

 

Mon cher Michel,

Par un mauvais hasard je ne suis pas près de toi pour ton départ.

Je sais qu'il y aura du monde, beaucoup de membres de notre association. Je sais aussi que de nombreux cœurs battront pour toi car pour nous tous tu es immortel. Ce que tu as fait pour les autres, personne de nous n'est capable de le faire. Volonté, abnégation, charité, amour, t'ont habité toute ta vie. Tu as laissé partout une trace d'humilité, de dévouement, et toujours d'amour.

Mais chez tes frères du Brésil, qui sont devenus les nôtres par ton exemple, tu laisses un souvenir impérissable. Tes réalisations matérielles subsistent bien sûr, mais ce que tu as apporté à tous nos frères lointains, par ta présence, par ton éternel sourire, ta voix a nulle autre pareille, aucun d'eux ne saura l'oublier.

Tu as su assurer la formation de séminaristes qui continueront ton œuvre auprès des pauvres, des sans-terre, dans la grande idée de Don Helder Camara.

II y a un an, pour Pâques 2000, tu nous écrivais : Quelle a été la mission de Jésus-Christ dans le monde de son temps ? Quelle est la nôtre aujourd'hui dans le monde où nous vivons ? Nous continuerons à méditer la question que tu nous poses, donne-nous la grâce de savoir la continuer.

Au nom de tous ceux qui nous ont suivis dans l'Association Pirapemas-Arras, je te dis au revoir, car les morts sont les invisibles, ils ne sont pas les absents.

Michel Accart

 

 

Michel doit être heureux de la manière dont se déroule cette cérémonie : simplicité des gestes qui parlent, élans du cœur, beauté de la spontanéité de la prise de parole. La sérénité, fruit de l'espérance et de la foi chrétienne, qui était une caractéristique de la vie de Michel, est ici contagieuse.

Permettez-moi de lire quelques lignes du texte que Michel avait rédigé, sur l'insistance de sa sœur Babeth il y a quelques années :

Avec Xavier nous sommes restés fidèles à notre premier amour… Le Brésil, le Maranhão, le Nordeste, sont entrés dans notre cœur pour toujours. Les pauvres ont fait irruption dans notre vie, nous avons cheminé ensemble et nous en avons encore les yeux tout éblouis. Si nous avions à recommencer, oui, mille fois oui nous recommencerions !

En regardant en arrière, en particulier ces 34 années vécues au Brésil, je remercie le Seigneur qui m'a toujours soutenu avec sa tendresse tandis qu'il m'appelait vers des horizons inconnus et mystérieux.

Merci Seigneur: je ne me suis jamais senti le fonctionnaire d'une boutique. À 71 ans l'enfant qui n'est jamais mort en moi chante encore comme au premier jour :

 

Pœ a semente na terra

Nào sera em vào

Nào te preocupe a colheita

Planta para o irmào

 

Lance la semence en terre

Cela ne sera pas en vain

Ne te preoccupe pas pour la moisson

Sème pour tes frères

 

Ce Jeudi Saint je participais à la Messe dans une paroisse à Paris. Lorsque le prêtre annonça la mort de Michel, après 36 années passées au Brésil, spontanément les personnes se mirent à applaudir, attitude bien rare dans une cérémonie religieuse en France.

En union avec tous ceux et celles qui aiment Michel, en particulier les pauvres et les exclus du Brésil, je vous invite aussi à applaudir la vie si belle de notre frère et ami.

Abbé Antoine Guérin

 

 

Michel, notre frère

Vous aimiez beaucoup cette phrase: L'homme ne meurt pas quand il arrête de vivre, mais quand il arrête d'aimer.

Oui, aujourd'hui, vous vivez pleinement l'Amour dans la splendeur de Dieu, et vous êtes présent aux vôtres, à vos frères du Brésil, et à nous tous.

Lorsque vous faisiez des séjours à Arras vous nous ouvriez les yeux sur notre richesse, pas seulement pécuniaire, mais aussi sur l'organisation et la vie de nos églises avec des prêtres. Chez vous, là-bas, un prêtre circulait sur un immense territoire et laissait à un laïc formé la charge des paroisses.

Seigneur, apprenez-nous comme Michel à aller jusqu'au bout de nos engagements, à nous de faire de nos habitudes, je nos façons de voir et de penser, à regarder la richesse matérielle non comme un trésor à garder mais comme un bien à partager.

Apprenez-nous à avoir un regard plein de tendresse pour tous comme l'avait Michel.

Nous te remercions, Seigneur, d'avoir mis sur notre route notre frère Michel. Avec lui nous te rendons grâces et te prions de nous ouvrir aux merveilles de ton Amour.

Abbé André Lafon

 

 

Nous sommes reconnaissants à Michel d'avoir été témoin et acteur au cours de son premier ministère à Nœux-les-Mines, pendant près de onze années, pour rendre l'Église locale attentive au milieu ouvrier qui en était éloigné.

Présence par des contacts humains avec les plus modestes, au sein des corons miniers qu'il visitait souvent et ou il aimait rencontrer des non-croyants avec lesquels il dialoguait longuement.

Présence par un ministère actif auprès des malades, et notamment auprès des ouvriers mineurs atteints de la terrible maladie de la silicose, maladie qui le bouleversait mais qui le révoltait également.

Merci pour son engagement continu et convaincu dans l'accompagnement spirituel des équipes de jeunes de la J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne), des militants de I'A.C.O. (Action Catholique Ouvrière) et des membres de I'A.C.I. (Action Catholique en milieu Indépendant).

Merci pour sa participation et son soutien aux actions de solidarité vers les plus pauvres, développées par le biais du Secours Catholique qu'il contribua à rénover en le dotant d'une structure plus collective.

Merci aussi pour les activités à caractère social et festif, organisées en direction du milieu populaire (Colonies de vacances, kermesses, etc.)

Enfin nous remercions surtout Michel de nous avoir convaincus qu'avec la pratique de la prière et des sacrements, indispensables à toute vie chrétienne, il était également important que les chrétiens s'engagent dans les diverses structures et organisations temporelles dans la société, afin d'y apporter plus de fraternité, plus de solidarité, plus de justice : valeurs incarnées dans les Évangiles, les textes des apôtres et prophètes, et auxquelles Michel accordait une très grande place dans son cœur.

Michel Riez

 

 

Michel mon frère, toi qui aimais la mer, les hommes, la terre, je te rends hommage devant ton corps gisant, définitivement libre.

Toi qui allais sur les chemins toujours à la rencontre de quelqu'un, combien de cœurs, combien de portes as-tu ouverts, combien de mains as-tu tenues et retenues?

Ce matin tu n'as pas pu choisir de mettre ta chemisette a fleurs, ni de cueillir le premier fruit du jardin. Maintenant, qui remontera l'eau du puits, qui parlera aux enfants, aux colibris ?

Perdu a tout jamais dans les bois, Michel donne-nous ta joie !

Elisabeth Crépin

 

 

Ouvrir les yeux, fermer les yeux, n'est-ce pas égal ? Châteaux intérieurs qu'une pensée incendie pour qu'une autre se lève plus pure encore rien que lueur et flamme semence de l'image qui croit et devient arbre et fait éclater le crane parole qui cherche des lèvres qui la disent :

II faut dormir les yeux ouverts, il faut rêver avec les mains rêver les rêves vivants d'une rivière qui cherche ses rives les rêves d'un soleil rêvant ses mondes

II faut rêver à haute voix il faut chanter jusqu'à ce que le chant s'enracine : tronc, branches, oiseaux, astres chanter jusqu'à ce que le chant engendre et que sourde de la côte du dormeur l’épi rouge de la résurrection

L'eau de la femme la source pour boire et se voir et se reconnaître et se reprendre la source pour se savoir homme l'eau qui se parle a elle-même dans la nuit et nous nomme de notre nom la source qui dise les beaux pronoms pour nous reconnaitre et être fidèles à notre nom

II faut rêver jusqu’au passé, jusqu'à la source remonter les siècles en ramant au-delà de l'enfance au-delà du commencement au-delà des eaux du baptême jeter à bas les murs entre l'homme et l'homme réunir à nouveau ce qui a été séparé.

 

La vie et la mort ne sont pas deux mondes contraires nous sommes une seule tige avec deux fleurs jumelles

II faut dés-enterrer la parole perdue, rêver vers l’intérieur, vers l’extérieur déchiffrer le tatouage de la nuit et regarder midi dans les yeux, lui arracher son masque se baigner dans la lumière du soleil et manger les fruits de la nuit épeler l’écriture de l’étoile et du fleuve écouter ce que disent le sang et la marée, la terre et le corps revenir au point de départ, à la croisée des chemins, ou commencent les chemins

La lumière chante avec une rumeur d'eau, l’eau chante avec une rumeur de feuillage l'aube est chargée de fruits, le jour et la nuit réconciliés glissent comme un seul fleuve paisible le jour et la nuit se caressent longuement comme une femme et un homme amoureux les saisons et les hommes coulent comme un fleuve interminable sous des arches de siècles vers le centre vivant de l'origine, au-delà de la fin et du commencement

Octavio Paz Uberte sur Parole (extrait)

 

 

 

Vous pouvez maintenir votre aide aux prêtres envoyés en mission en Amérique Latine en vous adressant au C.E.F.A.L. Comité Episcopal France Amérique Latine, 2, rue de l'Abbe Patureau 75.018 Paris

 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 2315 visites

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