Coopération en Israël et Côte d'Ivoire,

Une expérience et une richesse inépuisables pour Gwen et Rémi

Deux ans et demi de coopération volontaire, en Israël et en Côte d’Ivoire
Une expérience et une richesse inépuisables

Rémi et Gwen Rémi et Gwen  Rémi Loppinet, 34 ans, et son épouse Gwenaële, dite Gwen, 33 ans, sont enseignants à Saint-Omer, elle en sciences économiques et sociales, lui en maths. Ils ont tous deux pris un congé sans solde de l’Education nationale de 2000 à 2003 et sont partis en coopération volontaire. Rien à voir avec le service militaire d’antan ou civil actuel. Son service civil, Rémi l’avait déjà fait dans sa région natale, à Toul, dans une association d’accompagnement scolaire. Leur statut de volontariat international était basé sur le principe du coopérant volontaire, logé et nourri, et « indemnisé » à valeur de 1000 F par mois, à l’époque.
Laisser une vie organisée et partir…

Au départ, la motivation était chez Rémi. Il avait l’impression d’avoir raté le coche au moment du service national en n’étant pas allé en coopération pour y rencontrer une autre culture, une autre façon de vivre. Il faut dire qu’il avait été échaudé par l’expérience de deux copains qui avaient été envoyés l’un à Bruxelles dans une école de fils de diplomates, l’autre dans un riche lycée soudanais.

L’idée ayant mûri, il découvre, en 1999, des organismes de coopération volontaire. Il avait fait la connaissance de Gwen juste auparavant et c’est ensemble qu’ils firent les démarches, remplirent les dossiers auprès de la DCC (délégation catholique pour la coopération) et du SCD (service de coopération et développement).

Geste d’offrande au cours d’une messe. Les ronds blancs du maquillage sur le visage sont réalisés avec du kaolin, matériau noble utilisé lors des fêtes Coopération  
Geste d’offrande au cours d’une messe. Les ronds blancs du maquillage sur le visage sont réalisés avec du kaolin, matériau noble utilisé lors des fêtes
Geste d’offrande au cours d’une messe. Les ronds blancs du maquillage sur le visage sont réalisés avec du kaolin, matériau noble utilisé lors des fêtes
Si Gwen n’avait pas, à l’origine, l’idée de partir en coopération, ce n’est pas en femme voulant suivre son mari qu’elle s’est accrochée à la démarche de Rémi. Elle dut définir sa motivation propre et préparer son projet personnel. Mais son cheminement remontait, pour elle aussi, à plusieurs années. Elle avait fait un séjour de cinq semaines au Liban, passées à travailler bénévolement, l’été, dans et pour une association. Elève, elle avait aussi fait partie, au lycée, d’un club « Agir pour le Tiers-monde ». Elle à la JOC et Rémi au MRJC, ils avaient été en lien avec le CCFD.

Suivirent des week-ends et des semaines complètes au cours de vacances scolaires pour se former auprès de ces organismes et s’auto-sélectionner.

Pas pour aider, encore moins pour évangéliser. 

Lorsque Gwen et Rémi expliquent qu’ils ne sont pas partis pour aider, encore moins pour évangéliser (du moins au sens non de témoigner, mais d’apporter la Bonne Parole), ils ne cultivent pas le paradoxe. Et de s’expliquer : « On ne part pas pour aider au sens de ‘moi j’apporte et toi tu reçois’. On part pour apporter quelque chose, oui, mais comme on apporte quelque chose ici à Saint-Omer. On part pour apporter notre petite pierre à l’édifice. On sait qu’on ne va pas changer le monde. On sait et on accepte l’idée qu’on part aussi pour soi, pour s’enrichir à travers l’échange ».

Enrichis, ils le furent, comme on peut l’être quand on doit se sortir de situations délicates, sinon difficiles, dès leur arrivée dans l’établissement scolaire (du jardin d’enfants aux terminales) des frères des Ecoles chrétiennes, à Jaffa, ville arabe en Israël. Le directeur venait de changer en raison de problèmes antérieurs ; Rémi, en plus de ses heures de prof de maths, se retrouvait à faire fonction de directeur adjoint, CPE, assistant social… Gwen enseignait le français en 5e et les sciences économiques en terminale...

Prendre des décisions rapidement, entrer en conflit, faire des mécontents, en raison notamment de changements d’orientations voulus par le nouveau directeur - par exemple, celui-ci abrogea la coutume de payer les enseignants de la main à la main, avec des différences de salaire à la tête du client -, tel fut le lot de nos jeunes enseignants en terre d’Israël. Suivront, quinze jours après leur arrivée, les débuts de l’Intifada.

De cette période qui fut suffisamment conflictuelle pour que l’on conseille à Rémi et Gwen, de se mettre en quête d’un autre lieu de coopération après la première année scolaire, ils ont retenu deux leçons qu’ils jugent importantes pour leur vie actuelle : « On part avec l’idée de découvrir autre chose et, en même temps, on se découvre soi-même. De plus, nous avons découvert le rapport entre violence et environnement. En Israël, les cours étaient en français mais les élèves ne maîtrisaient pas forcément le Français. Gérer l’autorité dans une langue qu’eux ne comprennent pas, c’est compliqué. Gérer les relations humaines avec des gens de notre âge ou plus âgés que nous, alors que, là, c’était nous qui ne maîtrisions pas leur langue, c’était aussi compliqué. Nous pensons maintenant aux immigrés, aux étrangers arrivant en France sans dominer langue et coutumes. Nous pensons aussi aux jeunes n’ayant pas le même niveau de langue. Les conflits naissent et durcissent du fait de la difficulté de se faire comprendre et de comprendre ».

Bonjour la Côte d’Ivoire
Korhogo classe de seconde Don Bosco Coopération  
Korhogo classe de seconde Don Bosco
Korhogo classe de seconde Don Bosco
Vaccinés mais pas pour autant dégoûtés, les deux enseignants envisagent de partir en Cisjordanie. Mais la répression et l’Intifada ont monté d’un cran en été 2001 et la France conseille de ne pas y aller. Le rêve premier de Rémi, l’Afrique, devient réalité. Ils font la rentrée 2001-2002 à Korhogo, au Nord de la Côte d’Ivoire dans un lycée de pères Salésiens. Ils y enseignent et Gwen s’attelle, par ailleurs, à un projet d’aide aux devoirs sur la paroisse, aide ouverte à tous les enfants du quartier, chrétiens et musulmans. Si témoignage ils ont pu donner cette année-là, c’est celui de leur vie de couple dans un pays où la culture polygame touche même les chrétiens : « Avoir une maîtresse, quasi-officielle, était courant. Ce qu’ils appellent là-bas, avoir ‘un deuxième bureau’ ».

Un fait les a choqués, en Côte d’Ivoire, mais les a aussi renseignés sur les rapports entre pays riches « aidant » et pays du Tiers monde. Ils y ont rencontré des coopérants français, envoyés en mission pour le compte du FMI (fonds monétaire international), et rémunérés par la France. Ceux-ci avaient en charge de dresser la liste des écoles de villages et de brousse qu’il fallait fermer parce que « en trop », pour des raisons de restriction budgétaire. Alors qu’à peine 30 % des enfants étaient scolarisés sur Korhogo et environs, le FMI cherchait donc comment restreindre la dette du pays, « sur le dos des enfants ».
Autre leçon que devait leur enseigner la vie : en raison du coup d’état, l’année scolaire suivante (ils avaient re-signé pour ce qui devait être leur troisième année scolaire de coopérants) à peine 10 jours après la rentrée, ils ont été évacués sur Abidjan. Là, ils ont attendu en vain deux mois et demi sans pouvoir retourner à leur lycée de Korhogo. « Ne pas savoir de quoi demain sera fait. Et, encore, nous avions à manger à notre faim. Etre dépendants de gens et d’événements extérieurs, ne pas voir l’avenir, ne rien pouvoir maîtriser, les gens du Tiers monde vivent ça toute leur vie ».
S’engager chez nous

En rentrant de leurs deux ans et demi de coopération, Gwen et Rémi ont prolongé leurs liens avec le Tiers monde par des engagements, essentiellement dans le CCFD, et par des contacts avec une association, Oxfam-France - Agir Ici. Celle-ci mène des actions en rapport avec l’aide aux pays du Tiers monde, le commerce international, la politique de coopération de la France, pour faire changer, dans les institutions, le fonctionnement des relations internationales : « Nous voyons bien que les pays riches spécialisent les régions du monde à des types de production dont ils ont besoin. En Côte d’Ivoire, par exemple, on peut produire plus de riz. Mais ils en importent énormément car le cacao, le coton, etc., exportés, sont prédominants. Le pays perd donc sa souveraineté alimentaire ».

Quant aux relations entre la France et l’Afrique, nos deux coopérants sont très critiques sur le rôle déstabilisant des grosses sociétés françaises, pétrolières ou autres, qui défendent leurs intérêts parfois au détriment de la démocratie du pays où elles sont installées.
« Vous avez aujourd’hui deux enfants en bas âge. Ca vous démangerait de repartir quand ils seront un peu plus grands ? », leur demandons-nous avant de les quitter : « Ca nous démange déjà maintenant », répondent-ils à l’unisson.

 

Article publié par Alicia Lieven - Gestionnaire technique du site internet du Diocèse • Publié • 9743 visites

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