Au revoir Pierre

Ce mardi 12 octobre, Mgr Jaeger célébrait les funérailles de Pierre Graillot

Pierre Graillot, prêtre ouvrier en retraite, résidant à Vitry-en-Artois depuis plus de 30 ans, est décédé à l'âge de 87 ans le 7 octobre 2010.

Ses funérailles ont eu lieu mardi 12 octobre après-midi, dans l'église Saint-Martin de Vitry-en-Artois. Il est inhumé dans le caveau familial, à Cambrai.

Outre ses amis, des anciens paroissiens de Brebières, des miliatnts de la Croix d'Or, deux de ses frères prêtres ouvriers, des frères prêtres (dont notre nouveau doyen, l'abbé Gérard Leprêtre), les paroissiens de Notre-Dame du Val de Scarpe ont tenu à lui dire un au-revoir mérité.

Mgr Jean-Paul Jaeger a présidé la célébration.

Une paroissienne de Brebières où il a été curé de nombreuse années, et une militante de la Croix d'Or dont il a été un animateur zélé, lui ont rendu l'hommage suivant:

 

"Bonjour à tous et bienvenue dans cette église Saint Martin de Vitry-en-Artois.

Nous sommes rassemblés cet après-midi, sous la présidence de notre Évêque, Monseigneur Jean-Paul Jaeger. Nous le remercions de s'être rendu disponible pour nous accompagner dans cette célébration des funérailles du Père Pierre Graillot.

 

Que dire de Pierre, chers amis ? Il était la discrétion même, jusqu'à parfois en paraître très secret. Pourtant, en glanant de part et d'autre les témoignages que son départ ramène à la surface, nous découvrons ensemble la profonde richesse de son itinéraire d'homme et de prêtre.

Pierre est né à Angers en 1923. Troisième d'une famille de 4 enfants, il a été l'oncle de 9 neveux et nièces, et le parrain de 2 d'entre eux. Toute sa vie, il restera très proche de sa grande sœur Ginette. Il aimait les emmener, ainsi que ses amis, à la mer ou à la montagne.

Pierre a été ordonné prêtre en 1949 à Montreuil-sur-Mer.

Il a commencé son ministère comme vicaire à Avion, puis à Berck-sur-Mer.

Il y a découvert la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et l'Action Catholique Ouvrière. Ce dernier mouvement l'a beaucoup marqué et il choisit la solidarité avec le combat des travailleurs. Il sera toujours présent aux manifestations, jusqu'à qu'à celle de mars dernier, qu'il a quand même suivi malgré sa faiblesse.

Quand il est arrivé comme curé de Brebières en 1963, il désirait que l'ACO s'implante sur le secteur.

Les chrétiens de Brebières gardent le souvenir de tout ce qu'il a permis dans la paroisse à ce moment-là.

Car Pierre avait des convictions pastorales fortes : il refusait la vie chrétienne comme une soumission aveugle à la parole du prêtre. Il ne voulait pas qu'on l'appelle « l'abbé ». Il croyait à la place des laïcs, à l'importance de leur prise de parole sur l'Évangile. Sur ce point, il a toujours été persévérant, même si ses interpellations se heurtaient parfois au silence. Toute sa vie, il suivra ce sillon dans la ténacité.

Il encourageait la prise de responsabilité des laïcs dans la catéchèse et la liturgie.

Mais ce n'était pas une démission de son rôle : il préparait toujours chaque rencontre, chaque célébration, avec beaucoup de soin, et ouvrait pour tous des pistes pour approfondir la parole de Dieu.

Il gardait la préoccupation de la jeunesse. On se souviendra de son club de ping-pong au presbytère. En même temps, il s'est toujours soucié du respect apporté aux anciens.

En 1971, Pierre choisit d'approfondir sa fibre pastorale pour le monde ouvrier.

Il suit donc une année de formation à l'EMACAS, soutenu par le Père Jérôme Régnier. Il y croise d'autres prêtres et religieuses qui font le même choix que lui, en particulier Sœur Jeanne avec qui il partagera une grande amitié.

Il continue par une formation d'électricien à l'AFPA de Quentin, avant d'entrer au travail dans l'entreprise Dartevert à Douai. C'est ainsi qu'il commence son ministère de prêtre ouvrier, au grand dam de sa maman qu'il va pourtant garder et soigner jusqu'à la fin.

Cette coupure radicale avec la vie paroissiale ne sera pas toujours bien comprise.

Mais ce qui interpelle Pierre désormais, c'est de croiser sur les chantiers beaucoup de misères humaines. Il constate en particulier les ravages de l'alcoolisme.

Il décide alors de s'engager auprès du mouvement de la Croix d'Or, dont il sera un animateur aussi discret qu'efficace sur le secteur.

Tous rappellent encore son dévouement. Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, il se dérangeait toujours pour quelqu'un qui avait besoin d'aide. Il était persévérant pour accompagner le combat de chacun contre l'alcool, mais toujours dans un grand respect pour celui qui chutait, ou ne voulait pas s'en sortir. S'il est sûr qu'il a contribué à sauver des personnes, il a aussi reçu dans ce mouvement le cadeau d'amitiés fidèles. Il y était sensible, même si c'était toujours exprimé dans la pudeur.

Que de souvenirs d'actions diverses, conviviales, joyeuses. Il n'en était pas moins exigeant pour que le mouvement n'abandonne personne sur la route.

Pierre a participé à d'autres associations de solidarité. Rappelons que pendant 6 ans, il a été actif au CCAS de Vitry.

Mais il n'aimait pas ce qui était spectaculaire. S'il fallait le comparer à un animal, on imaginerait volontiers la fourmi, faisant dans la plus grande discrétion son labeur quotidien.

Pour Pierre, le Royaume de Dieu commençait dès maintenant, sur cette terre, et pas seulement dans l'au-delà. Il interpellait chaque chrétien sur son attachement au Christ, le grand frère qui nous précède auprès du Père. Lui même approfondissait ce lien à l'occasion de sa retraite annuelle à la Croix-Valmer. Ce grand frère, il l'a suivi, jusqu'au bout... Prions maintenant pour que le Christ lui montre le but tant espéré."

Article publié par Notre Dame du val de Scarpe - Vincent B. • Publié • 2247 visites