Témoignage: funérailles ouverture de foi

101010-Les funérailles, un moment favorable, au coeur de l'épreuve

Funérailles de l'abbé Jean Funérailles de l'abbé Jean   La pastorale du deuil et l’accompagnement des familles touchées par la mort d’un proche est un aspect important de la mission de l’Eglise. Puisqu’il s’agit de participer au ministère de compassion du Christ.

 

Accompagner les hommeset des femmes dans le deuil et proposer un sens à leur vie face à la réalité de la mort, proposer avec tact et délicatesse l’Espérance chrétienne à des personnes en recherche de sens est une mission délicate.

 

La mort d’un proche suscite douleur, incompréhension, révolte ou doute.


La question du pourquoi de la souffrance, du pourquoi de la mort vient souvent troubler, perturber l’idée que les personnes se font de Dieu.
La catéchèse qu’elles ont reçue, souvent lointaine, leur éloignement de l’Eglise dans la plupart des cas, l’influence des médias, font qu’ils ont des images de Dieu et de l’Eglise qui ne sont pas la réalité de ce que nous essayons d’annoncer et d’offrir au monde. C’est pourquoi, la pastorale des funérailles est un lieu important de catéchèse.

 

La première manière d’annoncer la Bonne Nouvelle c’est d’abord d’écouter, d’accueillir, de recevoir avec le plus grand respect et de permettre a chacun d’exprimer avec ses mots, sa souffrance, son incompréhension , sa révolte , de les crier même ; Quand Elodie a perdu son fils suicidé à vingt ans, il a d’abord fallu l’écouter pendant plus de deux heures, sans rien dire, lui permettre de vider tout ce qu’elle avait sur le cœur. Se taire, écouter, accueillir savoir ne pas parler, ne pas esquisser de réponses ou de questions. Etre simplement là et permettre à la personne de se dire et de dire celui qu’elle a perdu, libérer une parole.

 

Mission d’écoute, d’accueil et de compassion d’une Eglise proche des gens, d’une Eglise soucieuse de la rencontre.


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  Mais notre mission ne s’arrête pas là. Nous avons, face à la détresse, face au doute ou à la révolte à proposer l’Espérance chrétienne avec respect et délicatesse mais aussi avec audace. Nous avons à être des proposants de la foi, à dire Dieu.
Dire le Dieu de Jésus Christ, c’est au travers des gestes et des signes que nous posons, au travers des paroles que nous prononçons avant, pendant et après la célébration que nous pouvons le faire.
Dire le Dieu de Jésus-Christ c’est se faire proche non seulement en parole mais aussi physiquement c’est un regard, une main qu’on pose sur une épaule ou une main que l’on tient. La personne qui a écouté Elodie lui a tenu la main pendant plus de deux heures en silence, pressant de temps en temps cette main pour l’encourager à parler.


C’est une relation qui se vit avec les tripes. Etre signe de la miséricorde du Dieu qui toujours se met en marche vers l’homme et dont le cœur s’émeut, devant la souffrance de l’homme, un Dieu qui souffre et qui pleure, ce n’est pas que du domaine de l’intelligence mais de celui de la disponibilité du cœur et de l’ouverture à l’Esprit d’amour.

 

Préparer et animer la célébration


funerailles funerailles  Pour la célébration nous avons accepté que ce soit en grande partie celle que le défunt lui-même avait préparée. Le cheminement d’Elodie se poursuit depuis plus de 10 ans. Elodie souvent a besoin de parler de dire, de comprendre, de trouver des réponses à un tas de pourquoi. Peu à peu, à force de discuter elle a commencé à se décentrer d’elle-même, elle a rejoint un temps un groupe de parents qui ont perdu leur enfant que nous lui avions conseillé, elle a rejoint pendant quelques temps Aide à toute détresse, pour aider comme elle disait, plus malheureux qu’elle. Puis elle a rejoint une Maison d’Evangile. Sa recherche continue mais la graine est semée.
Jacques, lorsqu’il a perdu son épouse s’est senti complètement désemparé. Depuis plus de cinquante ans c’était elle son guide, son soutien. « Pourquoi Dieu m’a-t-il fait ça ? » Qu’est-ce que je vais devenir ? Est-ce qu’il y a seulement un bon Dieu ?

 

Le visage d'un Dieu proche interrogé


Pour bon nombre de personnes confrontées à la souffrance et à la mort Dieu apparaît comme injuste, dispensateur de la souffrance et de la mort ou en tout cas, ne faisant rien pour les éviter à l’homme. Nous avons écouté la détresse de Jacques sans essayer de lui apporter une réponse immédiate. Au cours de la célébration nous avons essayé de lui faire découvrir le Christ attentif à la souffrance des hommes, bouleversé jusque dans ses entrailles par la souffrance de la veuve de Naïm, le Christ pleurant au tombeau de son ami Lazare, le Christ doutant sur la croix : « Père pourquoi m’as–tu abandonné ?


Ce Dieu proche de l’homme a bouleversé Jacques. » Si on m’avait parlé de Dieu comme ça quand j’étais petit j’irai peut-être encore à l’église » me confiait-il quelques jours plus tard. Puis j’ai retrouvé Jacques quinze jours plus tard à la messe dominicale célébrée en particulier pour son épouse. » J’ai repensé à tout ce que tu as dit aux funérailles de mon épouse. J’aime bien ce Dieu là. Et nous avons discuté un moment ; Peu a peu au cours de la conversation Jacques a découvert qu’à ce Dieu là il pouvait parler, lui confier sa peur, ses doutes.
Je l’ai retrouvé quelques temps plus tard lors d’une réunion commune. ; C’est lui qui a engagé la conversation sur le domaine de la foi. Jacques, avec l’aide de l’Esprit Saint, avait redécouvert, en regardant le lumignon qu’il avait reçu lors de la messe, La communion des Saints. Il s’était souvenu de ce qu’avait dit le prêtre : « Ces lumières qui brillent sur l’autel sont signe de la présence de vos défunts. Nous allons prier pour eux, nous allons prier avec eux. » Jacques avait redécouvert que la mort n’est pas la fin de tout, que dans la prière, il pouvait continuer à vivre une relation avec son épouse. Il y a quelques mois, il était touché par la maladie, comme je m’inquiétais de lui il me dit « tu sais je me sens moins seul, je sens qu’elle est près de moi, encore avec moi, je lui parle... je sais que je vais bientôt la rejoindre. »

 

Tout homme est important aux yeux de notre Dieu


Souvent, les personnes que nous rencontrons nous disent : « Vous avez, papa, maman c’était quelqu’un de tout à fait ordinaire, il n’y a rien à dire. »
Il me semble que notre mission alors est de faire prendre conscience à chacun de la valeur immense de toute vie aux yeux de Dieu.


Les gens ont un immense besoin, une immense attente qu’on leur dise : « Votre vie est grande, l’amour quotidien et discret pour aimer vos enfants, votre travail, vos engagements dans l’association, vos petits gestes d’amitié, d’amour de tendresse de chaque jour, cela atteint, touche Dieu et n’est pas oublié. »Quand le Père a accueilli votre défunt il lui a certainement dit « Je t’ai souvent admiré. »
Découvrir que dans sa vie toute ordinaire, leur défunt a dit quelque chose de Dieu au monde, qu’eux-mêmes dans leur vie quotidienne vivent la même chose lorsqu’ils essaient d’aimer, de tendre la main, de pardonner, d’aider les autres est pour eux une Bonne Nouvelle et l’Evangile est proclamé.

 

Vivre dans l’instant des funérailles et dans la durée d’une vie


Martine se disait incroyante. Lors du décès de sa maman elle a découvert au travers de l’accueil de l’équipe de funérailles, au travers de la célébration et de la liturgie combien la vie de sa maman était une histoire sacrée Quelques jours plus tard, elle est venue trouver un membre de l’équipe et lui a partagé comment elle s’était sentie écoutée, entourée accompagnée. Elle a pu partager ce qu’elle avait découvert. « Je n’aurai jamais cru que la vie de maman avait tant de valeur » Elle a annoncé : « Après ce que j’ai vécu avec vous, moi qui ne croyait pas, je suis forcée de croire. Je vais fleurir l’Eglise régulièrement dit-elle, les larmes aux yeux et je le ferai en disant : 'Je crois' ».


Bernadette a vingt-deux ans. Au décès de sa grand-mère qu’elle aimait particulièrement elle est révoltée, blessée aigrie. Elle demande à participer à la célébration en lisant un texte qui dit à sa grand-mère tout son amour mais aussi sa détresse. Bien sûr l’équipe accepte et partant de ce qu’a dit Bernadette montre la valeur inestimable de la vie de la défunte et permet à chacun et surtout à Bernadette de découvrir le regard d’amour que Dieu pose sur chacun de nous.
Quelques temps plus tard, Bernadette rencontre un membre de l’équipe et partage qu’elle n’est pas baptisée. Mes parents voulaient me laisser le choix, dit-elle, moi je n’y pensais plus trop, mais maintenant je veux être baptisée. Au cours de son cheminement elle a pu partager combien les funérailles de sa grand-mère avait été déterminantes. En vous écoutant j’ai compris Com bien Dieu aimait ma grand-mère et aussi combien il m’aimait.
 

Quelques temps après les funérailles de son époux, Odile demande à Bernadette de passer chez elle. Maintenant j’ai compris pourquoi mon mari était si bon, pourquoi il rendait tant de service, tant de coups de mains. J’ai retenu une phrase des lectures qui disait que celui qui vivait dans l’amour sera pour toujours avec le Seigneur. Maintenant, je sais qu’il est là-haut. Je me souviens qu’en travaillant il chantait souvent : « Sur le seuil de sa maison notre Père t’attend, ça me donne du courage.
J’avais peur quand maman est décédée, disait Laurence... Elle n’allait jamais à la messe et ne voulait même pas entendre parler d e religion. Mais elle a toujours fait l’impossible pour nous, tant elle nous aimait. Parfois même elle s’est sacrifiée pour qu’on soit bien.


quelques-uns des prêtres funérailles de JM Hubert  
quelques-uns des prêtres
quelques-uns des prêtres
Lors des funérailles j’ai entendu : « Nous devons aimer et en faisant cela nous appartenons à la vérité et nous avons le cœur en paix ». Maintenant je crois qu’elle est vivante et qu’elle est heureuse.


C’est Martine qui, à la sortie des funérailles d’un ami commun que j’avais célébrées, vient me trouver. J’ai bien écouté tout ce que tu as d it. Tu as de la chance d’avoir cette foi là. Moi j’aimerais bien croire mais je n’y arrive pas, je ne sais pas comment faire. Je l’ai remerciée de me partager son désir d’avoir la foi et je lui ai dit : “Nous venons de commencer une maison d’Evangile, je lui ai expliqué ce que c’est et lui ai donné la date de la réunion suivante. Viens et vois”. A la réunion suivante, elle était là avec Benoît, son mari. Au cours des partages, elle a pu nous dire sa foi en l’homme, mais aussi ses doutes sur l’existence de Dieu ; elle nous a dit aussi, en découvrant la vie du Christ, son désir de faire passer certaines valeurs dans sa vie. Croit-elle maintenant ? Elle est en chemin. Souvent je vais discuter avec eux... son cheminement est souvent l’un des sujets que nous abordons.

 

Découverte d’un autre visage de l’Eglise et du Dieu de Jésus-Christ


Annoncer un Dieu tout amour qui croit en l’homme et qui veut accueillir tous les hommes. Annoncer une Eglise qui accueille toute personne qui vient à elle. Une Eglise Corps du Christ qui s’intéresse à toutes les personnes qui ne juge pas, qui ne condamne pas mais qui essaie de poser sur chacun le Regard d’amour que Dieu pose sur tout homme. Une Eglise qui dit la valeur inestimable de toute vie humaine, une valeur si inestimable qu’elle se transforme en vie éternelle dans l’amour même de Dieu
Il faut noter, dans cette annonce, le rôle structurant de la liturgie des funérailles. La liturgie bien conduite amène peu à peu les personnes en souffrance à se décentrer d’elles-mêmes et à se désapproprier de la personne disparue pour la remettre à un autre, au tout autre. Et se décentrer de soi-même, c’est la condition première qui permet la rencontre de l’autre.


On mesure aussi combien cette liturgie doit être personnalisée. On ne peut pas faire de liturgie passe- partout où l’on changerait quelques mots pour l’adapter au cas par cas. C’est chaque fois une célébration nouvelle à construire, une célébration où chaque mot est pesé, adapté, où chaque prière est choisie en fonction de ce que nous a partagé la famille.


Voilà comment dans l’accompagnement des familles en deuil nous pouvons essayer d’être porteurs de la bonne nouvelle, passeur d’espérance ; sans oublier que l’Esprit Saint toujours nous précède et que c’est lui qui fait tout le reste.
 

C’est toujours une action ponctuelle, du cas par cas, sans oublier que notre objectif premier c’est d’abord d’aider de soutenir au nom de la communauté des personnes à vivre un moment douloureux ; L’objectif premier n’est pas la catéchèse , mais la Parole peut être entenduese faire si, par nos gestes et nos paroles nous parvenons à ce qu’une rencontre s’opère, qu’un regard sur Dieu ou sur l’Eglise change. Dieu a déjà semé a profusion dans le cœur de ces personnes, notre mission c’est d’être de bons jardiniers ou de bon fermiers de créer le climat, les conditions favorables à l’éclosion ou à la croissance de ce qui existe déjà.
René Selliez