La liturgie au souffle de Vatican II

Formation donnée par Philippe Barras

Formation Formation   Philippe Barras est titulaire d’une licence canonique en théologie. Directeur du Centre interdiocésain de pastorale catéchétique de Lille (Cipac), adjoint à l’institut supérieur de liturgie, il enseigne aussi au séminaire de Lille. A l’occasion du cinquantième anniversaire de Vatican II, il lui était demandé de présenter comment le texte sur la liturgie apportait du neuf, en continuité avec la Tradition et comment l’Eglise bénéficiait d’une liturgie “source et sommet” de la vie chrétienne. Encore faut-il s’en expliquer.

 

 Introduction

Formation Formation   Vatican II n’a pas tout résolu, il a même compliqué notre tâche, car il nous oblige à découvrir que la liturgie n’est pas d’abord l’observation de rubriques où tout est réglé. La Constitution sur la liturgie (Sacrosantum Concilium, ou SC) insiste sur d’autres aspects, elle invite à vivre la liturgie comme expérience de la foi de l’Eglise… et donc chacun va la vivre différemment. Ce qui est marquant dans l’approche du concile est de voir comment la liturgie est présentée “au cœur de la foi et de la vie ecclésiale”.


Le texte sur la liturgie est le premier des documents votés au concile. Sans doute le travail préparatoire était-il plus avancé ; peut-être aussi parce qu’il nous ramène au cœur de la foi (cf. La proposition des évêques “Aller au cœur de la foi”, lors de la réforme catéchétique qui nous invitait à revisiter liturgie de la veillée pascale).


 Vatican 2 3ème session Vatican 2 3ème session   Par un extrait de la vidéo du Jour du Seigneur, Philippe Barras remet en mémoire l’avant Vatican II ; il évoque aussi comment 2500 évêques, au début du concile, cherchaient un espace pour célébrer chacun dans son coin sa messe. Cela changera au cours du concile avec la prière communautaire des évêques. Les évêques latins ont aussi pu participer à une célébration en rite éthiopien, et se sont trouvé déconcertés devant (dans) une messe qui n’était ni dans leur langue ni selon leur rite ; etc. L’interview de Mgr Jenny (Cambrai) exprimait la recherche d’une liturgie plus simple, plus riche et plus vraie, dans la langue du peuple etc. Le père d’un évêque ne disait-il pas à son fils : “On ne parle pas à son père dans une langue étrangère…”. Cet emploi de la langue du pays avait pourtant été souhaité au concile de Trente (1545-1563)

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I-Sacrosanctum concilium au cœur d’un processus de renouveau

 

Une réforme attendue.

Sacrosanctum concilium nous plonge au cœur d’un processus de renouveau. Une réforme de la liturgie était attendue et préparée depuis longtemps, y compris dans les séminaires. Pie XII dès 1948 avait créé une commission de la Réforme de la liturgie, qui aboutira à une première réforme pour la veillée pascale en 1951.

Bénédiction du feu nouveau Pâques 2011  
Bénédiction du feu nouveau
Bénédiction du feu nouveau
Jusqu’alors on célébrait Pâque le samedi matin, et l’on pouvait disposer, de suite, de l’eau bénite. En 1955 il procédait à une réforme du triduum pascal. C’est donc que la réforme était commencée bien avant le concile, préparée en particulier par le mouvement liturgique dès la fin du XIXème siècle (cf. Dom Lambert Baudouin en Belgique, Dom Guéranger à Solesmes). L’intuition était de redonner à la liturgie sa pleine portée théologale, qu’elle ait des répercussions sur la vie chrétienne et non d’imposer une suite de cérémonies et rites à faire, pendant que les fidèles vaquaient à leurs prières.
 

Participation active. Pie X, dès 1903, avait souhaité que soit favorisée la participation active des fidèles par le chant. Pie XII en 1947 (Médiator Dei), puis en 1956, bénit et confirme le mouvement liturgique qu’il encourage, souhaitant qu’on ne se contente pas d’une pastorale pour que les gens viennent à la messe, mais une pastorale qui conduise au Dieu de Jésus-Christ. Le souhait est que la liturgie devienne le creuset de la vie chrétienne, de la vie spirituelle. Il revenait au magistère de décider des formes qui favorisent ce renouveau.

Quatre points d’insistance du mouvement :

  • Le caractère tout entier pastoral de la liturgie.
  • L’importance de la liturgie pour la mission (en France, pays de mission, et ailleurs).
  • La nécessité de la langue vivante : “si l’Evangile n’est pas proclamé dans la langue qu’on comprend, il n’y a pas de risque que Jésus-Christ soit annoncé” (Mgr Jenny). La participation des fidèles sera aussi souhaitée pour la célébration de l'’Office des heures et la communion au calice.
  • La concélébration. (Quand il y avait plusieurs prêtres dans une assemblée, il fallait leur proposer à chacun un autel pour qu’il y célèbre…

II-Fondements de la Constitution
Présenté au cours de la première session du concile, le schéma sur la liturgie sera retravaillé lors de discussions laborieuses et compliquées). Il sera voté et ensuite promulgué par Paul VI lors de la 2ème session, le 4 décembre 1963. Les principaux changements consistent en un renouveau, ou plus précisément, en l’instauration ou transformation de ce qui se faisait pour retrouver de la vigueur, du souffle.

 

Un renouveau fondé sur la tradition.
Les bases en sont la longue Tradition chrétienne, qui ne commence ni avec le Concile de Trente, ni avec la dogmatique thomiste, mais avec les Pères de l’Eglise et l’Ecriture. C’est de là que l’Eglise en son magistère (collégialité épiscopale) estime ce qui est nécessaire pour le bien de l’Eglise. Sacrosanctum concilium fait désormais partie de la Tradition vivante de l’Eglise.

 Le mot Tradition a été malheureusement confisqué par ceux qui préfèrent revenir à la situation immédiatement antérieure. Le renouveau demande du temps pour qu’il éveille les consciences et soit mis en œuvre. Nous avons sans doute été davantage sensibles à ce qui est visible dans les changements. Pourtant la constitution redéfinit la liturgie comme au cœur de nous-mêmes. La Constitution est en quelque sort une loi-cadre qui attend une explicitation postérieure. Mais elle donne l’esprit de la réforme liturgique.
Paul VI : “Nous nous réjouissons de ce résultat, nous y découvrons un hommage à l’échelle des valeurs et des devoirs : Dieu à la première place. La prière est notre premier devoir, la liturgie la source première de la vie divine qui nous est communiquée, la première école de notre vie spirituelle…”

 

Parmi les grands changements :
  Le changement le plus profond est la redéfinition de ce qu’est la liturgie, ce qui n’avait jamais été fait jusqu’alors, car on parlait du “comment” de la liturgie, pas du ”pourquoi” est-ce important de célébrer la liturgie ?”. (Invitation à lire SC ch.1, § 5 à 10). A partir du désir de Dieu de s’adresser aux hommes, après que le Christ mort et ressuscité ait quitté cette terre, l’Eglise continue dans la liturgie l’œuvre de salut du Christ. Le Christ est toujours présent dans l’action liturgique, dans les lectures, dans l’assemblée. La liturgie est le lieu où prennent sens toutes les activités de l’Eglise pour continuer l’œuvre du Christ et sauver tous les hommes. Il importe donc que tous les fidèles prennent part active à cette liturgie.

 

Quatre conséquences

  • Messe chrismale - Arras cathédrale Messe chrismale - Arras cathédrale  Le but : quand nous célébrons, nous contribuons à l’œuvre du Christ “pour la gloire de Dieu et le salut du monde”. C’est tout autre chose que de veiller au nombre de coups d’encensoir, ou à la disposition des oblats…
  • Le sens : dans la liturgie nous sommes associés au Christ dans son mystère pascal, dans son passage de la mort à la vie/résurrection, et l’envoi de l’Esprit-Saint.
  • Modalités : la liturgie est le lieu de l’expérience de la rencontre du Christ vivant et présent au milieu de nous : présent dans les Ecritures, dans les espèces eucharistiques, dans la personne du ministre, dans l’assemblé qui célèbre. Dans la liturgie le Christ se donne à rencontrer, comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs. De cette rencontre nait le reste de notre existence croyante.
  • Rôle de ceux qui servent la liturgie ? Le premier rôle est de favoriser la rencontre du Christ. C’est tout autre chMesse chrismale à Bapaume Messe chrismale à Bapaume  ose que de “ faire comme c’est prévu”, ou de “faire du beau”, c’est être au service de l’assemblée, pour qu’à travers les rites, l’Esprit Saint puisse agir en chacun, afin que l’Eglise grandisse dans l’unité. On ne peut donc pas imposer des choses pour la liturgie, qui qu’on soit. Si la liturgie peut être conflictuelle, en même temps, le rite possède une force pour rejoindre les gens, et dès lors, la liturgie peut devenir un lieu grisant pour les personnes en manque d’autorité. Dans la responsabilité confiée, on peut exercer un certain pouvoir… alors qu’il s’agit de favoriser, humblement la rencontre du Christ. L’exigence de qualité ne doit pas s’opposer au bien des personnes, telle est la dimension pastorale du service de la liturgie.

III-Les grands acquis de Sacrosanctum concilium.
La Chapelle, le lieu de la Parole Maison de la Conférence des évêques de France  
La Chapelle, le lieu de la Parole
La Chapelle, le lieu de la Parole
D’abord la place de la Parole retrouvée
. La liturgie est au service de cette parole où Dieu parle à son peuple ; au service du dialogue de Dieu avec son peuple (cf. Dei Verbum §2 : “un Dieu qui s’adresse aux hommes comme à des amis et entre en conversation avec eux”). C’est Session des jeunes organistes 2011 Session des jeunes organistes 2011    donc autre chose que de transmettre un message.

 

Second acquis : la participation pleine et active des fidèles à la liturgie (§11 et 14). Jean-Paul II précisait ce qu’est participer : “rien de ce que nous faisons dans la liturgie n’est plus important que ce que le Christ fait invisiblement mais réellement par son Esprit”. Participer pleinement et activement n’est pas d’abord faire quelque chose c’est avoir une présence soutenue par une intention. (Il est cependant évident qu’on ne peut avoir cette intense attention de présence participative dans toute la durée de la célébration !

 

Le déploiement des symboles et des rites (§ 21 et 34)
Paul VI Vatican Paul VI Vatican  La restauration de la liturgie et des rites consiste à ce que les rites “ expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu'ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu'il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire”. Le concile a donc dépoussiéré, tout comme l’avait fait le concile de Trente ou Pie X pour l’Office, pour que l’essentiel redevienne perceptible. De là moins de rites pour qu’on leur donne plus d’importance, par exemple moins de signes de croix pour qu’ils prennent plus de poids.

De même, le §34 précise : “Les rites manifesteront une noble simplicité, seront d'une brièveté remarquable et éviteront les répétitions inutiles ; Confirmations paroisse sainte Claire Confirmations paroisse sainte Claire  ils seront adaptés à la capacité des fidèles et, en général, il n'y aura pas besoin de nombreuses explications pour les comprendre”.(Comparer, sur la vidéo du Concile : l’entrée de Paul VI pour la 2ème session, et sa plus grande simplicité lors de la célébration de clôture. Symboles et rites ont pour but de nous faire sentir, avec notre corps, que nous sommes en train de rencontrer le Christ, d’où l’importance de “l’art de célébrer”. Jean-Paul II précise que cet art est d’abord une attitude intérieure et non une multiplication des gestes et solennités, c’est-à-dire une manière de vivre intérieurement ce que nous faisons. Ceci est vrai pour les prêtres comme pour les fidèles.Session 2012 organistes Session 2012 organistes  

 

La musique liturgique (§ 112-114). Elle est partie nécessaire et intégrante, non pour accroître l’esthétique de la cérémonie, mais pour favoriser la participation des fidèles. Ce n’est donc pas le lieu du concert d’un groupe spécialisé. Il est utile que la musique sacrée fasse droit à la culture du lieu où l’on célèbre.

 

L’aménagement des lieux 
Il a été traité au cours des discussions, mais pas suffisamment. Il en ressort un souhait : “faire en sorte que,  dans la Les poutres s'élèvent vers le ciel, comme les plis d'unte tente Eglise saint curé d'Ars - Arras  
Les poutres s'élèvent vers le ciel, comme les plis d'unte tente
Les poutres s'élèvent vers le ciel, comme les plis d'unte tente
construction des édifices sacrés, on veillera soigneusement à ce que ceux-ci se prêtent à l'accomplissement des actions liturgiques et favorisent la participation actives des fidèles”. L’autel, les chaises, leur disposition, le rapport du chœur à la nef disent quelque chose de la rencontre qui s’opère. Il arrive que des dispositions de lieu rendent impossible ce désir de favoriser la rencontre du Christ et de son peuple.

 

Conclusion.

La liturgie est aussi œuvre missionnaire. Mgr Jenny écrivait : “une liturgie est annonce de l’évangile et communication du mystère. Elle serait une liturgie tronquée et sans fruit authentique, si elle n’aboutissait pas à l’offrande spirituelle et à l’Evangile vécu au quotidien, à la charité entre les hommes et à la conversion du monde, bref, à la consécration du monde à Dieu.

Résumé de la conférence par l’abbé Emile Hennart
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Parmi les questions posées :
Qu’entendre par “sacré” ?
Toutes les religions font appel au sacré. Le sacré est alors perçu comme une distance inséparable entre Dieu et l’homme. L’homme se trouve devant une réalité qui le dépasse. Mais le sacré n’est pas évangélique en lui-même. Il a besoin d’être évangélisé. Notre foi est d’affirmer que Jésus en venant chez nous abolit la distance entre son Père et nous, de là vient la question : comment percevons-nous ce Dieu qui nous parle comme à un ami ? Dieu s’est rendu proche, il est présent au cœur de nous-mêmes. Comment allons-nous favoriser la rencontre entre Dieu et chacun de nous ? Si par sacré nous voulons rétablir la distance infranchissable dont parlent d’autres religions, ce n’est pas le sens chrétien du sacré.


Comment bien préparer une célébration ? Nous sommes tellement préoccupés par cette question que nous en oublions le premier aspect : se préparer à la rencontre du Seigneur qui vient. La rencontre, çà se prépare…

 

Les jeunes dans nos assemblées ? Peut-être sommes-nous invité à comprendre le monde dans lequel ils vivent, qui ne correspondent pas au nôtre. Quelle est la raison profonde qui nous faisait participer à la messe. Aujourd’hui comment peuvent-ils recevoir la motivation “Tu vas te nourrir à la messe” ? Quel sens pour eux d’être trois dans une assemblée tout autre. Cela explique en partie les rencontres des JMJ, ou de Taizé… mais ce n’est pas tous les dimanches et les moyens mis en œuvre sont importants. Le témoignage donné par certaines communautés proches des jeunes, communautés vivantes où l’on perçoit ce qui se vit dans la célébration…
 

Article publié par E.H. Communication Diocèse • Publié • 6507 visites